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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

"La Théorie du Changement..." Par Karim Tedjani

 

Le Changement est un mot qui a le vent fort  en poupe en ce début de millénaire, dont on pourrait dire, comme  dans cette  célèbre réclame française des années quatre vingt ,  qu’il a la couleur et l’odeur  du  «  printemps »,  mais qu’il n’en a pas encore vraiment  le goût.  

Mais que penser de ce  Changement ? Ne doit-on pas parler plutôt des  changements, c’est-à-dire des diverses façons  qu’il existe de changer quelqu’un ou quelque chose ? Sont-ils  tous forcements pertinents et bénéfiques au développement humain ? Cette soif perpétuelle de changements dont semble « souffrir  » nos  sociétés de consommation  modernes, n’est-elle pas  aussi la meilleure nourriture pour cette obsolescence programmée qui impose son diktat « globalien » à nos quotidiens?

Tout change de nos jours, même le climat est en train de changer. Il  parait qu’il se réchauffe dangereusement, à cause   des émissions  massives de Co2 que rejettent  dans l’atmosphère nos sociétés modernes; depuis que  la première révolution industrielle a changé la face du monde . On pourrait dire, à ce propos, qu’une telle théorie, si elle est en grande partie fondée pour la communauté scientifique officielle, ne doit pas faire oublier notre tendance contemporaine à  ne plus avoir une correcte notion de la permanence. Rien n’a jamais duré éternellement en ce bas monde. Un début aura  toujours  une fin. La nature, les climats,  tout cela  n’a jamais vraiment duré sans évoluer; tout est une question de perception du temps.

Tout  semble, depuis cette révolution , devoir  changer subitement, surtout depuis que  les années deux mille ne sont  plus seulement  le théâtre favori de romans d'anticipation, mais bien celui de  notre réalité quotidienne, historique et  politique.

Même la Chine, cet empire  rural séculier de la Constance confucéenne, n’a pas échappé à cette industrialisation de la philosophie, au syndrome du  changement continu. Au point que, dans le grand échiquier des changements globaux , l’Empire du Milieu , aussi  léthargique et lent à la détente qu’un « Kung-fu Panda »,  s’avère être   un  des acteurs les plus virulent de la théorie du Changement. Ne serait-ce qu’au regard de l’extrême obsolescence des produits dont il  inonde le marché mondial, ainsi que  des grands bouleversements que peuvent provoquer, dans la plupart des secteurs industriels et financiers du monde,  le moindre changement dans ce pays.

Il faut dire que nous vivons à une ère  cybernétique dont le fil du temps transcende largement celui du rythme naturel de la vie. Ni les saisons, ni même les jours et les nuits, ne concernent le nouveau modèle d’espace temps virtuel que  tous les pays, un tant  soit peu développés,  se sont peu à peu approprié. Tout circule à la vitesse de l’information, c’est-à-dire  bien en dessous de la durée d'une  seconde. Les distances  n’échappent bien entendu pas à cette règle. Le monde est devenu une vaste toile d’araignée.  Un village,  même, pour  ces marchandises et ces  hommes d’affaires qui le parcourent  quotidiennement à vol d’avion.

C’est une époque dédiée de la vitesse, à l’instantané. Tout est consommable, jetable, et trop peu de choses  sont recyclées...

Comme on dit, ce qui est « vite fait », est-il vraiment  toujours « bien fait » ? Tout changement brusque  incombe des déchets plus ou moins immédiats. Plus on change souvent de choses, sans  s'appliquer à changer le système défaillant qui les produit,  plus on accumule également des déchets hautement persistants. Le Changement, c'est un peu un jeu de dominos empilés; un changement volontaire provoque souvent des changements insoupçonnés. Trop de changements consécutifs  tuent  le progrès et,  génèrent  le plus souvent une pollution des environnements globale.  Quand rien ne dure longtemps, celui qui pense à demain  est le plus  souvent  condamné à  mourir aujourd’hui ! Parfois  le changement perpétuel  est une arme de déstabilisation consciente ou inconsciente, selon les cas…

Le vrai  Changement,  ce n'est pas le Printemps, car il ne fait qu'annoncer un prochain automne, puis, un hiver suivant.Le sacre des   bourgeons n'est qu'une mise à jour de la même et perpétuelle révolution: celles des saisons qui font et défont la pluie et le beau temps depuis que le monde est monde.

Prenez l’exemple de l’écologie. Quand il s’agit d’agir sur un écosystème, il est impossible de tout changer, d'intervenir dans tous les sens,  sans provoquer d’énormes dégâts écologiques collatéraux. Tout n’est pas forcement  bon  à changer quand il s’agit de restaurer  un site naturel, même quand il est en état de dégradation avancée. Il faut le plus souvent changer le comportements néfastes   des locaux, plus que de modifier l'écologie de ce site et, laisser faire la nature... C’est ce que pensent de plus en plus d’écologistes du monde entier, entendons par cela  bien des chercheurs experts en la matière.

Le Changement est une opération qui doit respecter certaines règles naturelles  et, à vrai dire, il serait plus judicieux de  le concevoir  surtout comme le plus proche  synonyme du terme  Evolution, car ce mot suggère un changement progressif...

« Le Changement c’est maintenant », voilà un  célèbre slogan politique français  qui a  laissé, avec le recul, encore beaucoup de français dubitatifs quant à sa légitimité …Rarement, quand les effets d’un changement ont été instantanés, ils se sont avérés durables. J’aurais plutôt, pour ma part, tendance à penser, comme ces sages paysans de Kabylie, qu’il est bon de planter un arbre même si l’on n’est pas sûr de vivre assez longtemps pour en récolter les fruits.  

Souvent, à force d’espérer un changement soudain, on ne fait plus  rien au quotidien pour que  les choses s'améliorent petit à petit.  Le vrai changement, c'est à dire positif,  est rarement    de nature sensationnelle. Les grandes évolutions de ce monde,  la plupart du temps, se   sont produites aux cours de plusieurs générations.

Revenons en à l’écologie, de peur  d’en arriver à évoquer cette « changinite » ou maladie du changement  qui, dans l’espace politique de notre pays,  n’a eut de cesse de perturber l’efficience de notre politique environnementale en la privant d’une   indispensable vision et  d’une action  capable de transcender le cours des  aléas politiques.  De nombreux changements  « soudains » de gouvernance. Une symphonie dodécaphonique de chaises musicales dont seuls les compositeurs  sont capables d’en discerner le thème central, l’intrigue oseront même à penser certains. Tous ces changements ont été surtout pénalisants parce qu'aucun d'entre eux n'a pris en considération les éventuelles bonnes choses qui auraient pu être réalisées avant le changement ...Tout changer subitement , détruire  systèmatiquement, le travail de ses prédesseceurs sans chercher à identifier les mesures pertinentes qui ont déjà été mises en branle. Juste parce qu'il est politiquement correct  de changer...

Je préfère,  plutôt, Algérien de nature,  au lieu  de vous parler de politique, vous  raconter  une histoire qui devrait devenir une fable écologique  à enseigner  un peu partout en Algérie , tant elle est riche en enseignements pour nos sociétés modernes. 

Peu importe le nom de cette île où se déroule notre affaire;  disons qu’elle se situe dans le Pacifique, aux abords de l’Australie. Jadis, sur cette dernière on pouvait y  admirer une   fleur endémique, c’est-à-dire unique en son genre, et ce  dans  le monde entier. Cette espèce rare    régnait même  en reine absolue  sur toute  la surface de ce lopin de terre perdu dans l’immensité bleu  de l’Océan.

Puis, il y  a de cela bien longtemps, des colons européens vinrent s’installer sur cette île, jusque là déserte. Premier changement. Avec eux, les « farmers » ont amené des lapins qui se sont vite multiplié à travers tout ce petit  bout de territoire à présent australien. Ces charmantes petites bêtes,  mondialement connues pour leur fertilité débridée, trouvèrent cette fleur endémique fort à leur goût et, à mesure qu’ils proliféraient en ces lieux, cette pauvre créature végétale se mit à se faire de plus en plus rare sur l’île.

Si bien que, pour éviter la disparition de cette fleur si rare et emblématique de cette île, les colons décidèrent de réguler la population des lapins. Ce fut une véritable hécatombe, un écocide qui restera dans les annales mondiales de la population lapine ! Pas l’ombre d’une dent ou d’une patte de lapin à l’horizon après un tel carnage. Deuxième changement.

Que s’est-il passé ? Les fleurs ont-elles depuis repris du terrain sur l’île ? Eh bien non, au contraire cette espèce a totalement disparu depuis de la surface de cette île, donc de la Terre…

Pourquoi ? Eh bien parce que, tout simplement,  en amenant les lapins, les colons ont également apporté  avec eux des graines de marguerites sauvages. Tant que les lapins, en dévorant une grande partie de  leurs pousses, en régulaient la prolifération, cette marguerite se fit une hôte plus ou moins discrète. Mais, dès que son principal prédateur fut éradiqué, elle se lança dans une OPA biologique des plus mortifères pour notre charmante fleur locale.   

Pour moi, il existe bien des morales à une telle histoire. Je laisse à chaque lecteur  le soin d’en tirer ses propres déductions. Disons qu’une chose est simple à admettre. Le seul changement qui aurait pû être  durablement bénéfique à cette fleur rare, ce n’est pas un changement d’ordre écologique. Non, il aurait fallu que la politique expansionniste des Australiens  de cette époque change au point qu’ils décident de laisser vierge une cette île au regard de sa grande  rareté écologique. Ne rien changer, laisser faire la nature quand cela est plus approprié...

L’Algérie a certes  besoin de changements au présent, mais les meilleurs se feront  pour  construire surtout celle demain. Ce seront  des changements de fond, pas de  formes.  Toute action locale durable présente  est  potentiellement une source d’un   grand changement pour  le futur. Il  ne faudrait  jamais perdre à l’esprit  cette évidence.

En ce qui concerne l'environnement , agir par de petits gestes quotidiens, changer progressivement d’état d’esprit, respecter son environnement proche, consommer responsable, il y a tant de façons de changer son entourage pour le rendre plus agréable à vivre au quotidien   et, à force, un  jour son pays et, qui sait,   un autre même, changer  toute la planète. Autant qu’il  existe de gestes de tous les jours  qui nous aparraissent  si anodins et pourtant qui  détruisent à petit feu  l’environnement. Par exemple, changer systèmatiquement un ancien modèle d'un produit acheté hier   pour le  tout dernier sorti aujourd'hui,  juste parce qu'il faut rester à la mode...

 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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