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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

"Le retour du cheval ou l’éloge de la lenteur" par Pascale Pisani

Cantonné depuis près d’un siècle aux champs de courses ou aux clubs équestres, le cheval retrouve depuis peu droit de cité. Ici pour remplacer la machine, là pour seconder la police, ailleurs pour redonner confiance à de jeunes handicapés.

 

Gilles Marty est débardeur. Dans le pâle soleil, il transporte jusqu’à la route de lourdes charges de bois. Aucun bruit de moteur ne signale sa présence : dans son travail, le débardeur se fait aider par ses trois chevaux de trait. Silencieux, souples, le pied léger, la percheronne et les deux ardennais de Gilles Marty tractent avec habileté à travers les futaies troncs et bois coupé.
« Pour faire entrer un engin ici, il aurait fallu créer une tranchée assez large pour lui permettre de manœuvrer, et les chenilles auraient défoncé le sol sur au moins 20 centimètres », explique Gilles Marty. Le cheval lui, passe partout, s’arrête quand il sent qu’il accroche des branches, s’adapte au terrain. Désormais, dans les forêts de la vallée de Chevreuse ou de Rambouillet, la tranquillité des promeneurs et la préservation des infrastructures – pistes cyclables, parcours de santé... – passent par l’utilisation du cheval.
Débardage, halage des péniches le long des rivières, ramassage des déchets, surveillance des espaces verts et des parcs naturels... les domaines où on a recours au cheval sont nombreux. En quelques années, souci environnemental oblige, il est redevenu un acteur de la vie économique. Marginal encore, mais plus tout à fait anecdotique. Il y aurait aujourd’hui en France autant de chevaux qu’en 1939. Plus nombreux dans les centres équestres et les champs de courses qu’attelés à la charrue, certes. Mais le cheval de trait, qui depuis les années 1950 doit sa survie – paradoxe – à la boucherie, retrouve ses lettres de noblesse, entre défense de la nature et nostalgie d’une certaine douceur de vivre.
Toutefois, cette volonté de préserver l’environnement et de s’inscrire dans une démarche de développement durable a un prix : le travail d’un débardeur et de son cheval est deux fois plus coûteux à court terme que celui accompli grâce à un engin motorisé. « Nous sommes une quinzaine de professionnels dans toute la France, explique Gilles Marty, et notre existence dépend de la bonne volonté des services forestiers. » Or l’Office national des forêts peine déjà à poursuivre le débardage à cheval dans les forêts domaniales, propriété de l’Etat.
« Le cheval nous coûte plus cher qu’un système motorisé, admet Claude Prigent, président de la société Yprema, spécialisée dans le recyclage des matériaux. Mais nous attirons ainsi l’attention sur les nouveaux métiers de l’écologie industrielle, inscrits dans une démarche de développement durable. » Yprema transforme le mâchefer issu de l’incinération des ordures ménagères en matériau de remblai pour les routes. Sur son site de Neuilly-sur-Marne, l’entreprise a choisi la voie fluviale pour acheminer le mâchefer à partir de l’usine d’incinération. Et préféré faire haler la barge en aluminium recyclé par des chevaux de trait. L’entreprise a donc acheté, il y a deux ans, trois cobs bretons et embauché un cocher pour les former. En tractant l’embarcation de 100 tonnes sur les 500 mètres qui séparent les deux usines, les chevaux, avec deux voyages quotidiens, remplacent douze camions.

Le rythme de l’animal permet de se parler
Plus lent, plus long, le travail avec les chevaux induit des comportements différents. « Habitués aux engins, les agents sont déconcertés quand ils ont affaire aux bêtes. » Eric Nalepa, responsable des moyens techniques du parc de La Courneuve, y a introduit l’usage du cheval. « Nous les utilisons pour intervenir dans la zone humide du parc en respectant la flore et la faune. Le silence, le rythme de l’animal permettent aux hommes de se parler, de se poser. »
Les cinq chevaux sont utilisés également pour tracter la calèche de 35 places lors des promenades sur ce territoire de 400 hectares. Quand besoin est, ils sont aussi requis ailleurs, pour les tâches délicates. « Nous avons participé à l’aménagement du parc de la Haute-Ile, à Neuilly-sur-Marne, dans une zone qui recèle un potentiel archéologique à 20 centimètres en dessous du sol. »
« Le travail avec le cheval est plus agréable – sans parler du lien qui se noue avec cet animal intelligent –, mais il est aussi beaucoup plus dur. » L’an passé, Gilles Marty a manipulé quelque 340 tonnes de bois. A quarante-cinq ans, cet homme costaud n’envisage pourtant pas de passer la main avant une dizaine d’années. Car le plaisir à l’ouvrage est inestimable et, avec Java, Edmond et Bobo, Gilles Marty concilie emploi et passion. Le week-end, dès les beaux jours, Gilles et Nathalie, sa femme, embarquent leur attelage pour participer aux concours et fêtes. Démonstration de fauchage, fête des moissons, concours de labour ou d’attelage, un mariage à l’occasion, et, tous les deux ans, la grande Route du poisson : trois jours durant lesquels les amateurs de chevaux de trait se rassemblent sur la route des « chasse-marée », attelages qui, jusqu’à l’arrivée du chemin de fer, en 1848, relevaient le défi de relier Boulogne-sur-Mer et Vincennes en moins de vingt-quatre heures.
Si l’avenir du cheval de trait repose sur son ardeur au travail, le cheval de selle a aussi, en dehors de l’équitation, quelques cartes à jouer. 70 chevaux et 90 fonctionnaires de police sillonnent ainsi les zones forestières, les parcs et les bases de loisirs de la région parisienne. Et, là encore, si l’intervention à cheval modifie le rapport entre l’agent de police et la population, les unités équestres ne relèvent pas du folklore. « Nous assurons toutes les missions classiques de la police : prévention, sécurisation et répression, insiste le commandant Jean-Joël Schindler, responsable des brigades équestres de Seine-et-Marne. Et les fonctionnaires doivent être capables de gérer aussi bien l’approche des enfants, attirés par les chevaux, qu’un contrôle d’identité difficile. » Fouille, menottage et conduite au commissariat sont aussi du ressort de ces policiers qui agissent sans mettre pied à terre.
Mises en place il y a dix ans au parc de La Courneuve, les rondes à cheval y ont dissuadé les groupes agressifs. A Montreuil, deux agents patrouillent depuis deux ans dans les parcs de la ville et sur le trajet qui les relie. « L’efficacité de la police montée est bien plus grande, se félicite Gérard Zuleca, responsable de la sécurité. L’approche est plus silencieuse, les cavaliers voient plus loin que des cyclistes, ils peuvent être très rapides et passent partout. »
Une intervention parfaitement adaptée à la petite délinquance visée : fumeurs de haschich, exhibitionnistes, pyromanes... « Ils ont procédé aussi à cinq arrestations de conducteurs sans permis », s’amuse Gérard Zuleca. « La présence du cheval impose le respect avant même qu’on voie l’uniforme, souligne le commandant Schindler. Nos chevaux sont très hauts, et la plupart des gens ont perdu l’habitude d’approcher des animaux. »
Tout à la fois imposant et séduisant, rassurant et bon compagnon, le cheval fait ses preuves dans des situations encore atypiques et sans risque de remettre en cause l’utilisation des machines. Voir un cheval à l’ouvrage provoque encore la surprise des passants.
A Saint-Pierre-sur-Dives, dans le Calvados, une des premières villes à avoir eu recours à des chevaux pour la collecte des déchets, les vieux avaient hoché la tête avec réprobation sur le passage d’Uranie, percheronne débonnaire acquise par la ville en 1995 : pourquoi revenir à une époque révolue, où le travail était plus dur ? Pourtant, ceux qui ont fait le choix du cheval ne le regrettent pas, même s’ils demeurent sceptiques sur l’espace que les impératifs de rentabilité lui laisseront à l’avenir. « Dans l’industrie, on a tendance à se croire forcément en situation d’urgence, remarque Claude Prigent, mais ce n’est pas toujours nécessaire. Avec l’âge, j’ai compris qu’aller au pas donne le temps de réfléchir. »

 

[22.06.04]

- Pascale Pisani
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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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aec 31/03/2010 00:26



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