Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

Les 7 principales failles et donc priorités de l'Ecologie en Algérie... (7/7)

Tikjda-intro 4043

#7 Réconcilier l’Algérie avec sa nature

 

 

En se faisant  quelque peu l’avocat du diable, on pourrait considérer que l’exode rural massif qui s’est ébranlé au cours de la décennie noire a favorisé la régénération de nombreux sites naturels algériens.  À cause  notamment de leur défection par les populations locales  alors obligées de les abandonner pour des raisons évidentes de sécurité. A ce titre, l’exemple du Lac noir d’Akfadou, jadis si fréquenté par de nombreux touristes locaux et nationaux, est un cas d’école.  En effet, durant cette triste période d’obscurité pour l’Algérie, cette zone humide aura  presque  retrouvé son optimum écologique - climax-, tant elle fut réputée dangereuse et  devint ainsi « désert », au sens coupée du monde des humains.

Mais, cependant, adhérer à un tel postulat serait, il me semble, être coupable d’une vision à court terme. N’ayons pas peur de le dire : cette guerre fratricide provoqua des effets néfastes aux  multiples formes de nuisances dont la rémanence ne s’est pas encore éteinte.  Ni dans la psyché de la société algérienne, ni au sein de son environnement ;   encore moins  pour  la biosphère qu’elle environne elle-même.  Les dégâts collatéraux, surtout à moyen terme, furent ravageurs. C’est du moins ce qu’il  ressort des nombreux témoignages et constats que j’ai pu récolter ou apprécier sur le terrain.

Tout d’abord, les incendies provoqués pendant et après cette bataille contre l’invisible, à titre « préventif », parfois aussi à des fins criminelles, profitant d’un contexte si chaotique. Des centaines de milliers d’hectares brûlés, de forêts et de vergers ancestraux. Des paysages défigurés par la désolation, des cultures locales dénaturées de leur matrice environnementale. Si telle couverture végétale se met à s’étioler, alors c’est aussi la nature des sols, celle de la faune, de la flore, des réseaux hydriques sauvages qui se voient ainsi bouleversée ; systémie oblige où l’arbre joue à bien des égards un rôle pilier. Certains prédateurs ou espèces très fertiles se mirent à proliférer. Comme le sanglier car, faute d’avoir détruit leur habitat ou, en ce qui concerne les êtres humains, à cause d’un exil forcé, leurs principaux régulateurs ne furent plus au rendez-vous de l’Evolution pour en limiter équitablement la population. Déséquilibres.

Puis, en contrepartie cuisante de l’exode rural, il  y a cette urbanisation  plus qu’anarchique et  donc à haute valeur écocidaire. Des villes complétement saturées, au point de rendre leurs infrastructures collectives souvent caduques. Pollution et sur pompage de l’eau. Prolifération des décharges sauvages provoquant des bouleversements au sein de la faune et de la flore locales. Bidons villes surpeuplés, invasion de l’espace urbain par des ruraux ignorants les comportements citadins de rigueur pour vivre ensemble la ville en bon voisinage.  Les campagnes vidées de leurs ressources humaines, n’assurent plus leur rôle de zone tampon entre la cité et l’espace sauvage. Pire, nos villages se sont urbanisés, souffrent de tout ce qui pourrait leur donner un charme bucolique et maintenir ainsi une culture locale souvent la plus prolifique en préceptes  écologiques à respecter au quotidien.

Il faudrait, en fait, toute une étude  encyclopédique pour faire la triste chronique détaillée  de toutes les dégradations écologiques qui ont, en Algérie,  la décennie noire pour origine et conséquence. Ce n’est évidemment ni le format, ni la prétention  de rigueur pour un billet de blog amateur. Disons que j’ai voulu en évoquer les plus grandes lignes,  avant d’aborder le vif de cet exposé, point d’orgue de cette série d’article concernant « Les 7 failles et donc priorités de l’écologie en Algérie ». 

 La plus dommageable des conséquences de cette décennie de sauvagerie contre nature, est une déconnexion  entre un peuple et sa nature.

En effet, à l’heure où, en Europe, on redécouvre les vertus de l’écotourisme, la décennie noire  ainsi que toutes  ses rémanences, elles, semblent  avoir sonné le glas d’une nature humaine algérienne naturellement empathique avec la nature sauvage de son pays. Avant tout cela, je me souviens à quel point les Algériens aimaient se retrouver en famille, entre amis, ou solitaires dans un coin de nature sauvage, une campagne d’origine, un espace naturel nouveau à explorer. Nos campagnes, nos milieux sauvages, étaient sûrs, propres et merveilleusement conservés par une majorité de la population algérienne. C’est le petit luxe de toute une génération qui avait connu ou était né lors de la guerre d’Algérie. Evoluer sur sa terre en pleine quiétude et liberté. Presque tous les Algériens que je connaissais alors tenaient énormément à cette jouissance. D’autant que ce furent largement la maîtrise parfaite de leur environnement qui contribua  à la victoire finale des patriotes algériens engagés dans la guerre de libération contre le joug de la colonisation française.

A présent, c’est une toute autre histoire qui se dessine dans la psyché collective de mon peuple, j’entends par là celui auquel j’appartiens. La nature fait peur, la campagne révulse, les animaux n’ont plus qu’une valeur marchande, ludique  ou utilitaire. De nombreux jeunes ne connaissent pas la faune ni la flore de leur pays, tandis qu’ils en savent un rayon, via le net ou la télévision, sur celles de nombreux pays où ils ne se rendront peut-être jamais. L’espace sauvage, rural ou publique, sont toujours appréhendés avec méfiance et peur. L’Algérien ne se reconnait que dans son environnement intime, sorti de la, il se comporte en colon, même sur sa propre terre. Déconnexions.

C’est à vrai dire parce qu’elle fut le principal théâtre d’une terrible expérience collective, que la nature, en Algérie n’est considérée sauvage ; mais cela est peut-être encore légitime qu’au sens humain du terme. Car aucun  animal sauvage n’a participé  à , ou aurait pu commettre , ce qui a été fait au nom de son contraire…

Il faut donc réconcilier le peuple Algérie avec sa nature. Tous les moyens possibles à ce propos doivent être impérativement remis en marche pour atteindre cette condition incontournable pour instaurer une écologie saine et durable en Algérie ; après la décennie noire, pourquoi pas une décennie « verte » ?

Le tourisme doit être de nouveau  un média de pédagogie écologique en Algérie. Favoriser les séjours intimistes et éducatifs pour redonner l’envie aux Algériens de développer leur nature profonde au sein d’une Algérie qui l’est encore plus. Et non d’envahir en masses anarchiques beaucoup trop d’espaces naturels protégés ; à présent que le calme semblait retrouvé et que nos parcs nationaux ne sont plus que des camps de touristes sans âme. Encadrer le citoyen dès qu’il évolue en zone naturelle ; non pour le punir ou seulement le contrôler,  mais pour lui apprendre une autre façon d’aborder la vie et son respect. Multiplier les clubs de randonnées et de sports de nature ;  mieux encadrer et favoriser la chasse, la pêche. Développer   toutes les niches de tourisme vert à travers des structures à taille humaine.

Les médias algériens  doivent participer  encore plus activement à cet élan national de réconciliation à travers des programmes capables de rivaliser avec ceux des chaines étrangères qui font tant rêver nos compatriotes résidant en Algérie. A quand un Ushuaia algérien, des documentaires dignes de ce de TV5 ou  de la BBC ? Que savons-nous vraiment de la faune et de la flore de notre pays ; je veux dire vous et moi…les lambda ? Pour aimer il faut connaitre, pour s’attacher, découvrir. Voilà pourquoi des fonds privés et nationaux doivent être investis massivement dans ce sens…

Il ne  peut suffire durablement  de mobiliser la foule pour des opérations chroniques de nettoiement ou bien de reboisement. Il serait encore plus sage de gratifier financièrement  les quartiers ou les régions qui auront su prolonger quotidiennement de tels nobles ouvrages. L’heure n’est pas aux célébrations hypocrites, mais bien aux mobilisations sincères et durables…

L’artisanat, les produits issus des terroirs algériens, sont également de formidables vecteurs de respect et d’amour pour la nature algérienne. C’est  l’incarnation réelle d’une longue tradition de sobriété, de poésie et de générosité que nous devons apprendre à nous réapproprier. Ainsi, c’est aussi tout un environnement naturel qui reprend une valeur utile et matérielle tout en cultivant l’essentiel pour un peuple : une nature humaine naturelle, qui se suffit d’évoluer pour être prospère au-delà de toute forme de développement ou de croissance.

J’aimerais ainsi conclure par une formule qui m’est chère : la nature en Algérie souffre de la dénaturation des Algériens… Voilà, à vrai dire le nerf ultime de notre combat…

 

lire aussi:

Les 7 principales failles et donc priorités de l'Ecologie en Algérie... (6/7)

Les 7 principales failles et donc priorités de l'Ecologie en Algérie... (5/7)

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
Voir le profil de Karim Tedjani sur le portail Overblog

Commenter cet article