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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

« Les Algériens sont-ils sales et inciviques de nature ? »

 

L’Algérie est devenue un pays sale et pollué. Il est malheureusement impossible de démentir un si triste constat. Mais cela veut-il  forcement dire que c’est avant tout parce que les Algériens sont, de nature,  des gens sales et peu soucieux de « tout ce qui les entoure et les influence » ? 

Certes, beaucoup d’indices et  de comportements  récurrents  dans la société algérienne actuelle pourraient  nous laisser adhérer à un tel préjugé aussi hâtif que pernicieux. Mais, je ne peux accepter la fatalité saugrenue et dangereuse  que sous entend un tel postulat : celle  de l’existence d’un gène de la saleté et de l’incivisme.  Une telle supposition est à prendre comme la plus vile réminiscence de conceptions moyenâgeuses,  époque où, en occident pourtant rennaissant , on s’interrogeait alors  pendant de longues joutes académiques  sur l’existence ou non  d’une âme chez les « sauvages »…

Pour tenter de justifier ma position, j’aimerais vous inviter à réfléchir   à quel point  l’Environnement, au sens très large du terme,  influe sur l’identité d’une société et   même détermine la nature fondamentale  d’un peuple.

Pourquoi dissocier la nature de l’identité ? Eh bien tout simplement parce que nous n’avons pas qu’une seule échelle de rapport avec notre environnement. On peut imposer une, ou plusieurs identités à une population. Pour cela, il  suffit d’influer  sur son cadre d’existence, le temps d’à peine quelques décennies ou générations. Par contre,  il est bien plus ardu de  changer la nature fondamentale  d’un peuple car elle s’est construite au fil des siècles, résultat d’une émulation millénaire  entre une Nature et une Civilisation.

Il est certes  possible, par exemple, d’élever un étalon barbe n’importe où dans le monde. Son identité ainsi que celle de sa descendance  sera, au bout d’un long effort de dressage et de sélection génétique, celle d’un barbe avec des caractéristiques communes  aux espèces chevalines locales. Un pur sang Algérien né en Espagne, un autre  en Angleterre, ou  bien en Algérie,  ne peuvent se ressembler en tous points. Par contre, ils sont liés par un radical commun indélébile : ils sont de nature Algérienne. Leur souche matrice est le produit d’une longue évolution de leurs ancêtres communs au sein d’un  environnement, le territoire algérien.  Ils resteront quoiqu’il arrive, des chevaux robustes de part nature, au caractère farouche, toujours près à charger vers le danger…

Ainsi, pour simplifier,  je dirais que  l’identité est  la   conséquence de l’environnement auquel vous êtes confrontés au présent ou au passé proche. La nature, elle,  est une identité plus profonde, qui n’a pas toujours de rapport  séculier   et spatial avec l’environnement dans lequel vous évoluez. C’est une  identité  talon, une mémoire collective. Il est donc plus facile de fragmenter une identité qu’une nature. Pour cela, il faut obligatoirement changer la nature, au sens physique, de l’environnement des populations que l’on aspire  ainsi à dénaturer pour , le plus souvent,   mieux les dominer.

Où aimerais-je en venir ? Me direz-vous peut-être…

Eh bien que je suis résolu à penser que la nature des Algériens n’est pas  d’essence écocidaire. Bien au contraire, la part rurale de mon éducation, m’a toujours révélé une nature algérienne très sobre et responsable vis-à-vis de son environnement. Il ne s’agit bien entendu de vous faire ici un portrait d’Epinal d’une  nature profondément bienveillante pour « tout ce qui nous entoure et nous influence », mais plutôt de rappeler qu’un des fondements cette nature est un  deal « gagnant-gagnant » entre l'homme et la nature qui l'entoure et l'influence...

Les Algériens,  pendant des siècles, ont pensé qu’il fallait toujours rendre à son environnement  les bienfaits qu’il vous aura dispensé. « La part de l’oiseau » est un concept très ancré dans notre culture. De même, en observant pendant des années le comportement et les règles de vie des anciens de mon douar d’adoption (Guerbes, wilaya de Skikda), j’ai été très frappé par leur quête constante de sobriété et d’efficacité dans chacun de leurs gestes et rapports à la Nature  quotidiens. Je me souviendrais également toujours du soin que ces bergers apportaient à ne laisser aucune pollution sur le chemin de leur troupeau, pas même une pierre un peu trop tranchante…

Non, en ce qui concerne la dégradation de l’environnement algérien,  il n’est pas question de dénigrer une  nature, mais  plutôt  d’accuser  ces  identités préfabriquées qui parasitent le lien  sacré et affectif  qui relie un peuple et sa terre mère.  Cette identité n’a pas été forgée par un environnement  seulement naturel,  elle est l’incarnation d’un système de gouvernance qui ne favorise que très peu l’émergence d’une conscience environnementale parmi la population algérienne en ce début de millénaire.

Les Parisiens, ne sont pas beaucoup plus civiques que les Algérois, par exemple. Si Paris est plus propre et qu’il y fait mieux vivre que notre capitale, c’est avant tout parce que le traitement des déchets ainsi que la propreté publique y sont assurés de manière plus convaincante et  soutenue. A force de ramassage  et de réfections systématiques, de régularité dans les horaires, de pénalisations et de sensibilisations, de création d’espaces verts et culturels,  un environnement relativement propice à l’éco-civisme  s’est installé dans le quotidien des parisiens. D’ailleurs, dans cette ville, il est possible de constater que dans certains quartiers dits « populaires », là  où les autorités  ont  failli à leurs obligations de service, sûrement faute de moyens financiers  et qu’elles  se sont laissé déborder, la saleté s’est installée. Non que les pauvres soient plus sales que les riches ; ils sont le plus souvent  encadrés par des services de  propreté publique de bien moindre qualité.

Quand on évolue dans un air poussiéreux, que les fuites d’eau sur la voie publique sont routine, que les poubelles et l’entretien des rues est assuré de manière irrégulière et hasardeuse par un personnel peu qualifié, quand il n’y a pas de toilettes publiques salubres ou peu d’espaces verts, quand les poubelles se font rares, il ne faut pas s’étonner à la longue que les citoyens deviennent peu enclins au civisme.

Pour autre exemple, pourquoi le Jardin d’Essai et le Métro d’Alger  ne sont pas à l’image de beaucoup  trop d’espaces publiques algériens   dégradés par la saleté et l’anarchie ? Ces deux sites ne sont-ils pas des exemples  qu’il est possible, quand on s’en donne les moyens,  de faire  aussi  propre que le jardin du  Luxembourg et même plus salubre que la plupart des stations du  Métro parisien?

Quand un homme ne peut plus s’attacher à son environnement publique, alors il se retranche derrière le pas de sa porte. Il se  construit un environnement intime, hermétique à tous corps ou espace étranger, comme  pour ériger un rempart  entre lui et sa nation. Il ne s’identifie plus dans aucune forme d’entreprise ou d’espace collectif. Il ne se préoccupe plus que  de son entourage le plus proche et bienveillant.

Pour lutter efficacement contre cette pollution, il faut que ceux qui ont choisi la responsabilité de cette nation,  assument autant leurs devoirs qu’ils n’usent de leurs droits à gouverner ce jeune pays. Il est clair que 50 ans est une trop courte période pour prétendre à un art de gouverner exempt de dérives. Mais, quand  la proportion de ces dernières en arrivent à  menacer  même l’intégrité physique d’un territoire et donc la nature   d’une nation, alors il me parait important de réagir avec diligence et conviction.

Identité familiale, tribale, régionale, couleur  politique,  statut social, il y a tant d’identités fragmentées  à résumer en une seule  Nature fondatrice. Celle d’un peuple  marcheur et marchand,  curieux des autres,  explorateur  dans l’âme et l’esprit, impétueux hommes et femmes  libres que seule la force d’une épée ou d’un grand cœur pourra infléchir. Sobres  autant dans leurs  paroles  que   dans leurs actes, solidaires et tolérants de part leur profond attachement à leur Foi. Voilà le message que nous délivre l’exemple ainsi que les histoires que  nous racontent  nos anciens comme la Hadja Nouara. Celle  d’une Algérie non seulement passée, mais  dont on a détourné  son légitime avenir. 

Non, les Algériens ne sont pas sales et si peu éco-citoyens de nature. Bien au contraire, c’est leur environnement actuel, au sens cadre de vie,  qui est tellement pollué d’incohérences et  de malfaçons que, à la longue,   il a fait de cette saleté publique un élément d’identité collective. En continuant ainsi  le triste ouvrage colonial de transformation de leur environnement originel, la mondialisation et leurs complices sur cette terre s’appliquent à sonner  à présent le glas définitif d’une nature qui lie  les uns aux autres  tous les Algériens du monde, où qu’ils résident, où qu’ils soient nés…

Cette nature "éco-responsable" n’est d’ailleurs pas leur seul apanage. Elle est celle de tous les peuples du monde avant  que la révolution industrielle ne s’érige en rempart de pétrole et d’acier entre l’Humanité  et  la Nature « sauvage » de l’Homme. J’espère tout simplement que Nouara et ses pairs ne sont pas déjà  les derniers des Mohicans d’une Algérie qui se fait de plus en plus lointaine dans le cœur et la mémoire des gens…

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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azulus 13/03/2015 19:11

bonjour,
merci pour ceux qui œuvrent dans la sauvegarde du peu qui reste de notre féerique nature jadis, mais permettez moi de signaler un phénomène que j'ai observer, je site le site de Tigjeda au Djurdjura, à l'époque des années 80, c'a été un site propre, mais avec l'arrivée des hordes de barbues et l'ouverture du site au visiteurs des wilaya limitrophes , surtout Alger et Boumerdes, dans les gens par leur cupidité ont transformer ce lieu en poubelle a ciel ouvert, alors svp , il y'a lieu de protéger les sites de la Kabylie du tourisme de masse, on n'a pas un peuple civique qui aime la nature, c'est juste des passant en partant laissent derrière eux des sachets, des bouteilles, des mégots, et autre détritus,
je suppose que les connaisseurs des sites de la kabylie doivent faire intervenir des associations spécialisées dans la sauvgarde de la nature, pas de vulgariser ses site, ce qui les exposera a des rsiques majeurs de destruction,
j'aime ma kabylie, j'ai grandi face au Djurdjura si majestueux , j'ai connu d'autres région, mais hélas , j'ai vu les gens les plus pollueurs et les plus dangereux pour notre nature , il s'agit des Algérois , pas tous , mais en grande partie, ils ne laissent aucun endroit propres, désolés mes amis , il faut dire la vérité et oser pointer du doigt les dangers de notre nature.
Azulus

boudraa sarah 12/11/2014 20:49


svp mr djoudi karim j'ai un exposè sur le principe pollueur en algerie ask tu peut mes aide et merci