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Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

Les pesticides, des produits hautement toxiques par Par Dr. Mustapha Bouziani

Les pesticides, des produits hautement toxiques

Il est d’abord utile de rappeler que tous les produits phytosanitaires peuvent être aisément absorbés par les voies orale, cutanée et respiratoire. L’exposition par voie respiratoire (par les poumons) est la plus rapide au cours des pulvérisations. L’exposition à travers la peau est fréquente et souvent insoupçonnée chez les manipulateurs. La plupart des pesticides peuvent en effet être absorbés par la peau en quantité suffisante pour que se produisent des intoxications systémiques, en plus des effets dermatologiques. L’absorption par voie orale (volontaire ou par mégarde) provoque une intoxication aiguë qui se manifeste généralement peu de temps après l’absorption d’une dose élevée. L’intoxication chronique (ou la toxicité à long terme) survient par suite de l’absorption répétée de faibles doses de pesticides (dans l’eau ou dans les aliments par exemple). Plusieurs enquêtes à travers le monde ont montré qu’une grande partie de la population mondiale est fortement contaminée par des pesticides ou par leurs résidus qui se concentrent plus particulièrement dans les graisses, à des teneurs de plus en plus importantes, au fur et à mesure qu’ils remontent la chaîne alimentaire. Selon la célèbre revue Chemical Trespass (juillet 1999), depuis 1980, plus de 150 études sur la concentration des pesticides dans le corps humain, en population générale, réalisées dans 61 pays et régions du monde, ont trouvé de nombreux pesticides dans les tissus adipeux, dans le cerveau, dans le sang, dans le lait maternel, dans le foie, dans le placenta, dans le sperme et dans le sang du cordon ombilical.

Les pesticides et les cancers

A ce jour, plusieurs pesticides ont été identifiés comme des cancérigènes connus, probables ou possibles pour l’homme, cela par différents organismes internationaux (IARC, 1999). Le potentiel cancérigène de ces pesticides a été déterminé à partir d’études expérimentales ou épidémiologiques. La relation des métabolites de DDT et le cancer du sein a été confirmée.

Les pesticides et l’infertilité masculine

Les pesticides semblent avoir des effets sur la reproduction et sur le développement humain via la toxicité testiculaire. Bien qu’une telle démonstration ne puisse être facilement faite chez l’humain, plusieurs études sur des expositions professionnelles indiquent que certains pesticides (le DBCP, le chlordécone, le carbaryl, le dibromoéthylène et le 2,4-D) ont des effets délétères sur la fertilité masculine. Cette forme de toxicité se traduit par une baisse de la concentration des spermatozoïdes dans le sperme et par conséquent une diminution de la fertilité (Niesink, 1996; Hermansky, 1993).

Les pesticides et les troubles immunitaires

Les études concernant les effets des pesticides ont montré également leur implication éventuelle dans les dysfonctionnements du système immunitaire et donc une plus grande sensibilité aux maladies infectieuses. En mer du Nord, où s’est produit un déversement accidentel de substances chimiques en 1987, plus de 18.000 phoques sont morts d’infections liées à une dépression immunitaire grave à la suite d’une contamination aux pesticides (une forte concentration de pesticides a été retrouvée dans leurs tissus adipeux).

Les pesticides et les troubles endocriniens

Des perturbations dans le système hormonal ou endocrinien, particulièrement au stade foetal, ont été rapportées par certaines études épidémiologiques (Colborn, 1993; CPEDD, 2000) réalisées sur des animaux recevant de faibles doses de pesticides à long terme (le Malathion). Une augmentation de certaines catégories de malformations congénitales, comme les anomalies du système nerveux central ou les fentes labio-palatines, a été observée en association avec une exposition parentale aux pesticides. Certains pesticides, en particulier le DDT, agissent comme des «perturbateurs endocriniens».

Les pesticides et leur écotoxicité

Comparée à la toxicité humaine, la toxicité pour les espèces environnementales passe souvent au second plan. Mais l’impact des pesticides sur les espèces pollinisatrices, la microflore et la microfaune des sols, peut être sévère aussi. Les conséquences à long terme de l’utilisation accumulée de pesticides se traduisent par une dégradation lente et progressive de la biodiversité des sols. Les déversements de pesticides à proximité des oueds et des rivages entraîne aussi une destruction de la vie biologique aquatique (poissons).

Vers une utilisation sécuritaire nationale des pesticides

Toutes les données toxicologiques disponibles concernant ces produits et leurs impacts sur l’environnement et la santé publique militent en faveur d’une grande prudence dans l’utilisation de ces substances chimiques et surtout un plus grand contrôle de ces produits, aussi bien dans le milieu agricole qu’au niveau des services techniques utilisateurs (communes chargées de la lutte antivectorielle), et également dans l’utilisation des produits insecticides et détergents dans les ménages. L’utilisation sécuritaire doit d’abord être orientée vers les services agricoles, auxquels on doit renouveler sans cesse des recommandations sur l’usage adéquat de ces produits dans l’agriculture et les risques qui en découlent, des suites d’un usage sans précaution et des surdosages. Les risques de toxicité à long terme peuvent être sévères, aussi bien pour les agriculteurs que pour leurs enfants et tout leur entourage familier. On recommande d’ailleurs à ce titre d’éloigner les enfants et les animaux de toute surface agricole traitée aux pesticides pendant au moins 24 heures. L’utilisation sécuritaire doit être envisagée également envers les techniciens chargés des programmes de lutte antivectorielle dans les différents services techniques (commune...). En milieu urbain, les opérations de démoustication et de pulvérisation d’insecticides doivent être réalisées avec un maximum de précautions (application nocturne, absence de vent, température inférieure à 25 degrés Celsius...).

La protection des manipulateurs est vitale pendant l’utilisation des pesticides. Les règles élémentaires (il ne faut pas fumer, ni boire, ni manger, ne pas se frotter les yeux ni porter les mains à la bouche...) doivent être rappelées sans cesse. Le lavage abondant des mains est indispensable après chaque utilisation de pesticides. L’utilisation sécuritaire doit être envisagée également dans les ménages. Tous les moyens doivent être utilisés (média, apprentissage scolaire...) pour souligner les gestes utiles vis-à-vis des produits ménagers (ne pas entreposer de produits de ménage, lessive, détergents, insecticides près des aliments ou des boissons, ne jamais transvider ces produits dans d’autres contenants, bouteille d’eau par exemple, mettre les produits de ménage hors de la portée des enfants...).

L’urgence d’un plan phytosanitaire national

Je ne voudrais pas terminer cet article de sensibilisation et d’information sur ces «poisons nécessaires» que sont les pesticides, sans rappeler qu’il devient urgent d’introduire au plus haut niveau de la décision une réflexion autour d’un plan national de contrôle des produits phytosanitaires, qui permettra, d’une part, de faire appliquer tout le dispositif réglementaire national concernant ces produits, mais également d’élaborer un dispositif de protection de l’environnement et de la santé publique vis-à-vis de ces produits toxiques.

Ce plan phytosanitaire national devra être chargé :

Pour répondre à cette question, la commission suggère quelques pistes :

  • 1) de renforcer les contrôles de l’importation, de la commercialisation et de l’utilisation des produits phytosanitaires,
  • 2) de mettre en place une filière de récupération des emballages vides et des produits phytosanitaires non utilisés ou périmés,
  • 3) de mettre en place un dispositif de contrôle technique obligatoire des pulvérisations d’insecticides en milieu urbain et en milieu agricole,
  • 4) d’introduire une règlementation concernant les teneurs minimales de la concentration de pesticides dans les laits commercialisés, dans l’eau potable et dans certains aliments de base (la pomme de terre), et enfin
  • 5) d’instaurer un système de déclaration obligatoire de tous les cas d’intoxications par les produits chimiques.

 

Par Dr. Mustapha Bouziani - Le 26 juin 2007

 

Dr. Mustapha Bouziani - Epidémiologiste, Faculté De Médecine d’Oran

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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