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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

« Les zones humides ne doivent pas rester des zones de non droit en Algérie » Par Karim Tedjani

 

           Oued Zhor lui-même 

         La zone humide de Oued-Zhor (Collo) / Photo: Jalel Hadj-Moussa- 2013)

 

 

On ne connaît leurs avantages  que depuis peu de temps

Les zones humides ont été longtemps considérées, avec beaucoup d’injustice d’ailleurs,  comme de vulgaires agrégats de marais, d’étangs et de marécages  sans la moindre utilité pour l’Homme. Pire, un grand nombre d’entre elles ont été transformées au fil des âges  en terres cultivables. La mauvaise réputation des zones humides est largement présente dans l’imaginaire collectif des humains du monde entier qui voyaient en ces lieux un sanctuaire pour les mauvais esprits et les monstres ainsi qu’un nid d’incubation idéal pour  une  pléthore de maladies létales et contagieuses. Mais, à vrai dire, à ce propos, on sait à présent que c'est surtout  leur mauvaise gestion qui peut les rendre  nocives pour la santé publique. 

C’est dire à quel point elles ont fait l’objet des pires interventions, des plus injustes bouleversements d’origines  anthropiques, c’est-à-dire que l’ont doit attribuer à nous, les humains.  

Fort heureusement, on sait depuis le crépuscule du siècle dernier  que ces sites naturels jouent de nombreux rôles bénéfiques pour l’environnement mais également pour le développement  des êtres humains.  En 1971, suite à de nombreuses recherches faites sur le sujet, il fut signé par la communauté mondiale une convention « relative aux zones humides d’importance internationale particulièrement comme habitats des oiseaux d’eau ». Comme cela se produisit à Ramsar, en Iran, il fut décidé de nommer le traité de l’ONU numéro 14583 « Convention de Ramsar ». Un grand pas pour donner à ces zones humides une dimension de  pôles particulièrement bien adaptés au développement  de projets socioculturels durables  intégrant la préservation d’un site naturel de renommée internationale.

 

 

    zone humide de guerbes par Tedjani K.

    Le complexe de zone humide de Guerbes Sanhadja (Skikda), bien qu'en bon état, elle subit beaucoup de dégradations.

 

 

 

L’Algérie  est   « Partie contractante à la convention de Ramsar »*

Elle est, à ce titre, une fois de plus un territoire gâté par la Nature, mais aussi, et ce malheureusement dans un tout autre sens, gâté  par les négligences des hommes vis-à-vis de trésors  qu’on devrait considérer comme source de richesses et de bienfait collectifs et non sacrifiées  à la satisfaction de simples intérêts  bassement monétaire. Il faut dire qu’il y a de quoi faire  quand on n’hésite pas à gagner malhonnêtement son argent dans ce genre de lieux souvent isolés des regards de la Loi algérienne. Et comme la nature y est célébrée par une créativité extraordinaire, elle y est extrêmement  généreuse.  Il suffit de se servir sans faire trop d’effort …Du sable, des terres fertiles à proximité de points d’eau, des sites  sauvages de déversements d’huile de moteur et autres produits très toxiques, des essences rares à  exploiter sous le manteau  pour le marché local, national et parfois même international quand elles sont vraiment précieuses. Pourtant ce sont des sites également très fragile et dont la restauration peut s’avérer très coûteuse.  

Si vous visitez le site du Ministère de l’Agriculture et du Développement rural* consacré aux zones humides , vous apprendrez notamment que, en ce qui concerne ces dernières , « l’Autorité de la Convention de Ramsar en Algérie, la Direction Générale des Forêts, a classé 47 sites sur la Liste de la Convention […] avec une superficie de plus de près de 3 millions d’hectares, soit 50%  de la superficie totale estimée des zones humides en Algérie ». Ailleurs il est même indiqué que notre pays « cherche à […] connaître [les] aspects  socio-économiques » de leur sauvegarde ainsi que de leur gestion rationnelle. Sur ce même espace web, une liste exhaustive des bienfaits des zones humides est indiquée en dessous de la phrase suivante : «  Toutes les zones humides ont des valeurs importantes ; toutes apportent des avantages qui se mesurent à la qualité des écosystèmes et dont les être humains en dépendent ».

 

Un engagement à confirmer

Pourtant sur les 1451 zones humides dénombrée (2006) en Algérie, un grand nombre ont été victimes des plus abjects crimes contre la nature et, ce, dans la plus étrange des impunités comparé aux engagements de notre gouvernement à ce propos. Leur liste est trop longue pour que j’en fasse ici l’énumération. Certains sites comme celui de Oued Zhor, dans la wilaya de Jijel est encore à la merci du pillage illicite de son sable alors qu’elle a toute les caractéristiques d’être classifiée et protégée. Dans la wilaya d’Oran, qui abrite pas moins de 8 zones humides dont 4 d’importance mondiale, on pourrait citer le cas de Dhaya Morsli, le cas dans l’Ouest de la Macta est très malheureusement également très parlant. Dans l’Est, encore,  alors qu’un programme très pertinent de gestion intégré du complexe de zones humides de Guerbes Sanhadja (Skikda), un des plus important d’Algérie,  a été décidé par le gouvernement algérien ainsi que  le PNUD, la Sonatrach envisage pourtant  de construire un mégaprojet de raffinerie dans la région. Je le répète, la liste est malheureusement trop longue et beaucoup de cas ne sont pas encore identifiés par la presse.

Cependant, dans le centre du pays, le Lac de Réghaïa, après une longue période de dégradation industrielle est  apparemment devenu, après restauration,  un site  naturel qui reçoit jusqu’à 900 visiteurs par jour et a permis donc la création d’emplois. Plus d’un millier de programme de développement intégré de zones rurales incluant des zones humides ont été définis ; la moitié est déjà en cours de réalisation. Il n’y donc pas que des choses négatives à dire sur le sujet…

Cependant, trop de délits contre ces zones humides sont encore à déplorer et, comme pour le cas de Oued Zhor dans le massif de Collo, les jeunes habitants locaux se sentent impuissants face aux vas et viens incessants des camions qui viennent même de très loin pour en piller le sable. Aucune mesure légale ne semble avoir été prise pour remédier à cela et on parle même de certaines complicités au sein des autorités locales.


                    sablière de Oued Zhor

                La zone humide de Oued-Zhor (Collo) dévastée par une sablière /                                           Photo: Jalel Hadj-Moussa- 2013)

 

 

Créer des emplois durables pour intégrer la protection de ces sites dans le développement humain. 

Pour conclure cet exposé, j’aimerais insister sur le fait que l’écotourisme et de nombreuses expériences économiques qui se sont avérées être des succès dans d’autres pays comme aux U.S.A  et même chez nos voisins maghébins , peuvent permettre de rentabiliser la préservation de ces zones naturelles dont la présence ne doit surtout pas être perçue comme un frein au développement local  et encore moins un prétexte venu d’ailleurs pour ralentir celui de notre jeune  nation. La seule véritable arme dont disposent les amoureux de la nature algérienne est la création d’emploi durables et d’activités économiques intégrés soutenus par une expertise scientifique ainsi quedes actions du monde associatif local et national. 

Les zones humides, en Algérie doivent devenir des pôles de développement durable, non des zones de non droit. 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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