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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

"Tous les produits naturels algériens sont-ils forcement Bio"? Par Karim Tedjani

 

 

 

Il n’est pas rare d’entendre qu’en Algérie, puisque les produits phytosanitaires ne sont pas  "facilement" accessibles aux  agriculteurs et éleveurs, on peut considérer que la plupart des fruits, légumes et viandes locaux  sont « bios ».   Est-il vraiment possible de laisser une telle rumeur persister  sans véhiculer une confusion qui, à  plus ou moins long terme, ne  peut s’avérer  que très  dommageable, autant pour les consommateurs algériens,  que pour  les producteurs algériens qui aspirent à cette labelisation? 


Mes réserves quant à cette  malencontreuse image d’Epinal  résident, tout d’abord, essentiellement dans le fait que « Bio » n’est, pas juste une appellation cosmétique, mais  une certification bien précise, encadrée par  une  réglementation très rigoureuse. Or, hormis certaines dattes, huiles d’olives, ou rares produits destinés à l’exportation, la certification « Bio » n’a été attribuée qu’à très faible échelle sur le territoire algérien. 

 En Algérie, on a, à vrai dire, vite fait de confondre produits  « fait maison », « naturels », voire «  du terroir », avec ce que le label « bio »  implique vraiment.  Pour produire, vendre ou consommer  « Bio », il y a tout un processus à respecter. Il s’inscrit à la fois  dans une systèmie locale, nationale       et  parfois même globale.  

 Mes nombreux voyages à travers le pays,  ainsi que ma propre expérience de consommateur, m’ont amené d’ailleurs  à penser que la place  dans le système alimentaire algérien des intrants chimiques et des mauvais comportements écologiques est largement sous évaluée par l'opinion publique en Algérie . 

 Que penser, par exemple,  d’une huile d’olive extra vierge algérienne qui, si elle  aurait pu être digne d’être  labélisée "bio," sera  néanmoins vendue en vrac dans des bouteilles en plastiques. Ces dernières,   seront exposées au soleil  durant leur stockage, transport et  même sur les étales de fortune où elles seront proposées aux clients...Ainsi, de nombreuses particules toxiques émanant du plastique de ces bouteilles  seront adjuvées à ces huiles , sous les effets des rayons cuisants  du  soleil ! Peut-on encore la considérer comme exempte d'additifs chimiques?

 Nos  bétails , certes , ne sont pas   systématiquement gavés d’antibiotiques  et  ont tout le loisir de paître en liberté dans la nature. Mais, leurs  estomacs sont  de plus en plus gorgés de déchets (parfois toxiques),  car ces animaux domestiques  peuvent facilement  les ingurgiter   dans les myriades de décharges sauvages qui pullulent encore à travers le territoire …

L’eau  consommée par ces animaux, ainsi que celle utilisée pour les cultures, n’est pas toujours  exempte de pollutions. D’autant qu’elle se fait  de plus en plus rare en Algérie que la faiblesse du réseau national d’épuration et de traitements des eaux n’est pas encore à la mesure de ces dernières. Dans certains cas, par dépit, les eaux usées sont parfois même utilisées pour irriguer les cultures…

L’utilisation de semences exotiques,  à l’extrême limite d’être identifiées comme  OGM, si elle se fait discrète,  n'en n’est pas moins  courante en Algérie.  Souvent leur culture nécessite un apport d’eau, ainsi qu’en intrants chimiques, à des lieux de la réalité hydrique du pays, ainsi que des critères du "Bio". Les  pastèques « hybrides »  sont un bon exemple à ce propos : partout, comme à Guerbes (Skikda), où elles sont  cultivées,  on  pompe  abusivement et pollue les ressources hydriques locales, on  défriche au mépris des équilibres écologiques, on tue les sols à force de les étouffer sous des tonnes de produits à l'origine plus que douteuse. Le pire dans tout cela, c'est qu'en Algérie, à ce rythme, plus aucun sol ne sera  bientôt capable de  répondre au cahier des charges de la nomre "Bio". Ni même, tout simplement,  assez riches pour être cultivés...

La viande blanche, chez nous,   est dors et déjà  100% chimique. D’autant que pour les volailles,  les délais sanitaires d’injection des produits vétérinaires ne sont que rarement respectés. Les odeurs nauséabondes qui émanent à des centaines de mètre à la ronde  de la plupart des batteries d’élevage  algériennes ne peuvent nous rassurer quant au respect, de la part de leurs exploitants,  des simples normes d’hygiène vétérinaire  en rigueur  dans notre pays…

Le cliché du fellah « écolo » cultivant « bio »  par défaut n’est pas en corrélation avec la réalité de bien des zones rurales en Algérie. Non seulement, beaucoup d’entre eux ont pris la fâcheuse habitude d’utiliser systématiquement des produits biochimiques pour « booster » leurs cultures, mais de plus,  la plupart d’entre eux n’ont reçu aucune formation  pour les utiliser correctement. Pour couronner le tout, notre pays est un des hots spots africains du trafic de pesticides et engrais de contrefaçon, des  produits interdits par la législation internationale notamment à cause de leurs impacts nocifs pour l'environnement. Ainsi, souvent sans le savoir, ils mettent en péril, non seulement  leur santé, mais aussi celle des consommateurs. Pire, ils contaminent leurs sols au point de les appauvrir dangereusement.

Ce ne sont malheureusement  que quelques  exemples parmi ceux qui doivent alerter les consommateurs algériens que, bien loin d’être "Bio", beaucoup des produits qu’ils consomment sont devenus dangereux pour leur santé et contribuent à dégrader l’environnement de notre pays.

Une fois un tel voile d’hypocrisie écarté de notre champ de réflexion , il nous apparaitra  d’autant plus évident qu’une agro écologie algérienne doit être impérativement mise en place dans notre pays. Non pas par effet de mode, ou bien par mimétisme, mais bien parce qu'une telle option ne pourra être que bénéfique pour l’avenir de l’Algérie. L'agriculture algérienne ne peut être une agriculture intensive et surchimisée.Car notre territoire est trop fragile écologiquement pour supporter cela. L'augmentation alarmantes des maladies digestives et des cancers liés à une mauvaise alimentaion doivent aussi être perçues  comme une alerte pour tout le secteur agro alimentaire en Algérie. L'agriculture peu  développée chez nous, a les moyens, justement,  de le faire  autrement . Les pays qui ne jurent plus maintenant  que par le "Bio" se sont appliqués longtemps  à défigurer une grande partie de leurs terroirs au service d'une agriculture intensive, très hydrovore, énergivore, et donc  très polluante. Il ne serait pas mauvais d'épargner cette étape désastreuse  à notre agriculture naissante...

Si le Bio n’existe pas vraiment  en Algérie, cela ne veut pas dire qu’il n’y a  pas des Algeriens et des Algériennes  capables,  dès à présent, de remédier à cela. Bien au contraire, j’en ai rencontré plus d’un et, parmi eux, le plus investi  dans cette noble mission est sans aucun doute Karim Rahal,   qui  a d’ailleurs récemment organisé à Mostaganem  un très bel événement consacré au «  Manger Bio » ainsi qu’à l’agro écologie en Algérie.  Ainsi,  lors de cette manifestation, qui s’est déroulée dans le cadre paradisiaque de la Fondation Djanatu Al Arif, de nombreux acteurs locaux, nationaux et internationaux  se sont réunis pour poser les bases d’un réseau national   dédié à  la promotion du Bio et des produits du terroir  dans notre pays.

Déjà , lors  d’un séminaire sur la valorisation des produits agricoles algériens  organisé en juin dernier   par l’I.N.R.A.A  dans ses locaux d’El Harrach,  où j’ai été d’ailleurs sollicité pour exposer  mes idées sur le sujet, la grande partie des intervenants et participant ont été d’accord sur une chose : avant de parler de bio en Algérie, il faudrait déjà penser  à remettre au goût du jour de nombreux produits naturels issus de nos terroirs. Puis, produit par produit, selon les cas les plus urgents, poser les jalons d'une labélisation "Bio" effective et sincère en Algérie. 

Les comportements alimentaires du consommateur algérien sont également à remettre en cause, tant la mal bouffe est devenue un mode de vie pour des millions d'Algériens, et donc un  marché fort porteur dans notre pays. Face à une clientèle  plus regardante sur la quantité, le prix  que sur la qualité des produits consommés, comment inciter de nouveaux producteurs à investir dans l’agro écologie ou le  bien encore dans le « Bio » ? Il faudrait  également veiller à revaloriser la  gastronomie traditionnelle  auprès des jeunes générations, mettre en place des mesures  fiscales et foncières  encourageant la production de produits  naturels locaux  ou bien encore issus de l’agriculture bio . 

La  réalité du marché des denrées alimentaires en Algérie,  très perméable  aux conflits d’intérêts,  la fraude, ainsi que  le manque de contrôles sincères,   perturbe sensiblement  la mise en place d’un  label « Bio »  algérien .  Pour exemple, toutes les contrefaçons d’emballages qui polluent le marché de la datte bio de Tolga (Biskra)  qui, de plus, est regulièrement  victime de la main mise du marché informel sur les cours de la datte.  Ainsi des dattes de second choix sont annoncées aux consommateurs sous l’appellation « datte bio de Tolga » et les cours imposés à tout le secteur remettent en question tous les efforts des cultivateurs bio face aux  producteurs  conventionnels. Tout le secteur   des produits naturels souffre d'ailleurs d'une crise de confiance de la part des consommateurs; car beaucoup trop de produits de qualité  sont trafiqués par des intremédiares peu consciencieux. 

Malgré  un tel contexte si peu encourageant, certaines petites entreprises ou, de  grandes enseignes, comme  la marque Bionoor,  ont pris à bras le corps ce marché et misent  dors et déjà sur un  futur durable pour l’Algérie. D’autant que les Algériens qui vivent en dehors du pays sont, eux, beaucoup plus  friands et demandeurs  de produits algériens naturels et, pourquoi pas, "bio".  C’est un marché très prometteur. Imaginez que 5 millions d’Algériens résident, ne serait-ce qu’en France et, que nos compatriotes sont présents dans le monde entier. C’est, dans leurs pays d’accueil, autant d’ambassadeurs potentiels pour  nos produits naturels  ou "bio" algériens. 

Les produits des terroirs Algériens ne sont pas forcement dignes du label « Bio », mais leur qualité gustative, leurs  propriétés médicinales, ainsi leur fabrication naturelle, quand elle respecte les procédés ancestraux,  en font  des denrées de grande valeur. Prisés par les connaisseurs du monde entier, ils sont souvent ignorés du grand public national et international. 

 

Pourquoi les Algériens se gavent-ils  massivement d'une mauvaise nourriture  d'origine importée alors qu'ils délaissent tant de  produits locaux ?   Ils ne sont certes  pas labélisés "bio", mais  n'en sont pas moins délicieux et  forts bons pour la  santé. Voilà, à vrai dire la  bonne question qu'il faut  avant tout se poser.  La  première énigme à resoudre avant de se préocupper  de savoir si le  Bio  existe ou peut exister en  Algérie. 

 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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