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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

"Miliana, la perle du zaccar Images et senteurs du passé" par Chérifa Belabbas-Nabi (El Watan.com)

Ah Miliana! Reverrais-je un jour ton beau visage ? Cette beauté qui hante mes souvenirs ? Quelqu’un pourra-t-i1 te redonner ton aspect, ton cachet ?  Petite ville de mon enfance, je souffre pour toi ! Ah ! si je pouvais faire quelque chose, je le ferai, mais...

Et oui ! Pour le berceau de ma jeunesse, celui de mes parents de mes ancêtres que ne ferais-je pas ? Mais je n’ai aucun moyen, aucun pouvoir hélas ! Je me réfugie dans le passé en me remémorant les souvenirs d’antan. Et les images défilent devant mes yeux. Ta beauté et ta nature si clémente qui faisaient ta renommée : dans le pays même et hors de nos frontières. Tous ceux qui te visitaient tombaient sous ton charme. Ton climat, ta verdure, tes sources aux eaux cristallines ont permis la réalisation de trois piscines dont les «Belles sources». Qui ne connaissait pas et ne parlait pas de tes jardins luxuriants ? Tes vergers, tes vignobles aux cépages variés de raisin de table : malaga, ferrana, muscat… tes cerisiers au fruit incomparable, tes figuiers, oliviers, amandiers, pommiers, poiriers, cognassiers... Tous ces arbres qui fleurissaient au printemps et offraient un immense tableau de couleurs, dont les parfums enivrants embaumaient et transformaient ta campagne en paradis terrestre.  Et la ville, qu’en dirai-je ?

Pour te présenter à ceux qui ne te connaissent pas, les mots se bousculent dans ma tête. Ce sont des pages que je noircirai. Nichée à mi-hauteur du majestueux Zaccar, à plus de 700 mètres d’altitude, tu narguais les assaillants qui s’obstinaient à te conquérir, reine du Zaccar !  Comme toutes les villes anciennes, Miliana était protégée par des murailles. Quatre portes y permettaient l’accès : au nord Bab El Blad (Portes du Zaccar, qui étaient doubles : une pour l’entrée, l’autre pour la sortie), c’était l’entrée principale de la ville ; au nord-ouest Bab El Djemaâ, à l’ouest Bab El Gharbi et au sud Bab Yadmer. Celle-ci menait vers Yadmer, Aïn El Barqouq et Zougala, quartiers de la campagne. 

De Bab El Blad, on accède directement à la ville par une belle artère : rue Emir Abdelkader, autrefois rue Saint Paul. Magnifique avenue aux larges trottoirs d’où s’élèvent, jusqu’à nos jours, de majestueux platanes dont les cimes se joignent pour former un dais. Quel ombrage et quelle fraîcheur en été ! A gauche de l’entrée se dresse le marché couvert (qui attend sa réhabilitation afin que les marchands de légumes et autres puissent réintégrer ce lieu qui leur revient de droit et de ce fait dégager trottoirs et chaussées qui permettront la circulation aisée des véhicules et des piétons.  De part et d’autre s’élèvent les constructions constituées d’un rez-de-chaussée réservé aux magasins ou édifices publics (mairie) et d’un étage à habitation. Murs blancs et toits de tuiles rouges. Style de montagne. Cette architecture s’alliait bien à l’environnement.

Petite ville coquette et agréable. De là, on débouche sur la place de l’Horloge qui n’est autre que le minaret d’une mosquée, Djamaâ El Batha, détruite, comme toutes celles qui existaient à l’époque, lors de la prise de Miliana. La seule mosquée épargnée est celle de Sidi Ahmed Ben Youcef, peut-être grâce à une légende. Face à l’horloge, côté sud, on emprunte un passage couvert Essabat, raccourci qui permet d’accéder à un autre quartier. A mi-chemin de cette ruelle, on aperçoit deux portes qui se font face : celle de gauche mène au musée du Moudjahid et celle de droite au musée de l’Emir Abdelkader : belle demeure de style mauresque, récemment restaurée et destinée au musée. L’Emir Abdelkader en fit sa résidence lorsqu’il avait sa garnison à Miliana.

En quittant Essabat, on continue tout droit pour, enfin, déboucher sur une vaste esplanade la Pointe aux blagueurs, baptisée actuellement place Ali Ammar, nom du chahid Ali la Pointe. C’est une grande place plantée d’arbres. Des bancs étaient disposés tout au long de cet espace limité par les remparts. De ce «balcon» ou «terrasse», notre regard plonge sur un paysage qui s’étend à l’infini. Une vue imprenable, d’abord sur les jardins des quartiers sud : Yadmer, Aïn El Barqouq, Zougala et au-delà, sur toute la plaine du Chelif. Une beauté, un calme, une sérénité chassent tout le stress de la journée. Il faudrait réhabiliter ce lieu et lui redonner sa fonction initiale : lieu de détente pour tous ceux qui aspirent à un moment de repos dans un lieu sain où ne domine que la nature : paysage, calme, air pur, fraîcheur. Pas de consommations quelles qu’elles soient dans ces espaces pour éviter toute pollution et dégradation.

Le jardin public, qui était en réalité un jardin botanique, était un parc de toute beauté. C’était une annexe du jardin d’Essai d’Alger. Des arbres centenaires, d’essences rares, dont il ne reste presque rien, diffusaient une ombre et une fraîcheur douce, très appréciées par les promeneurs en été. Des parterres aux fleurs et aux plantes aussi rares que les arbres égayaient le paysage de leurs couleurs harmonieuses. Un ravissement pour les yeux. Au centre de ce parc, un bassin, aux eaux limpides, abritait des poissons exotiques qui se faufilaient gracieusement entre les nénuphars et autres plantes exotiques. Ils faisaient le bonheur des enfants qui suivaient leur manège d’un regard très intéressé... et ravi.

Au centre de la ville traîne le mausolée de Sidi Ahmed Ben Youcef, «patron de Miliana». Ce saint, connu autrefois dans tout le pays, est vénéré par la population de la ville et des environs. De nombreux pèlerins venaient tous les ans lui rendre hommage. Ces manifestations se sont raréfiées suite à de nombreux événements douloureux. Les Beni Farh, fidèles, continuent à honorer le saint de leur visite. Ainsi, le «rkeb», à chaque fin de printemps, fait son entrée triomphale dans la ville avec «baroud et ghaïta», sous les youyous stridents des femmes et les pétales de roses. C’est une fête très attendue et appréciée de tous.  Miliana a toujours été une ville touristique prisée notamment par les étrangers, aussi bien en été, pour sa fraîcheur, qu’en hiver, pour ses neiges, autrefois abondantes. On y pratiquait le ski amateur. Il y avait plusieurs hôtels, de grande et moyenne importances, car les visiteurs étaient assez nombreux. Deux hôtels seulement ont échappé à la destruction : le Grand hôtel et l’hôtel de la Poste (qui a été utilisé comme résidence personnelle). Ces deux hôtels sont dans un état de délabrement avancé et ont besoin d’une rapide et sérieuse restauration. Leur remise en service est attendue avec impatience par les amoureux de Miliana.

Ville défigurée

De l’ancienne ville, il ne reste que quelques pans, témoins de ce que fut la ville autrefois : ruelles et maisons de style mauresque. Certaines en mauvais état demandent une intervention rapide afin de les sauver de la destruction. La ville a déjà été suffisamment défigurée : habitations rasées et hautes bâtisses érigées, sans aucun style, sans tenir compte de l’étroitesse des rues et trottoirs, ainsi que de l’architecture propre à la ville. Ne détruisons pas ! Restaurons ! Gardons, comme partout ailleurs, le cachet de nos villes; c’est notre patrimoine, notre culture. Protégeons nos vestiges, témoins de notre passé riche d’histoire. Bien entendu, la ville étouffe. Il faut penser à l’agrandir sans toucher à ce qu’il y a. Prévoir de nouveaux quartiers, par exemple, vers Oued Errihane où il n’y a pratiquement pas de terres agricoles. Nous avons de très bons urbanistes et architectes qui pourraient faire des miracles : quartiers aérés aux larges artères avec toutes les commodités modernes.

De grâce, qu’on ne touche pas à la ville ni aux jardins et forêts. Il y a déjà eu beaucoup de dégâts, hélas, irréparables : sur la route d’Alger, la route de Arioua, la route de Khemis, Boutektoun, Louz Beni M’zab, le flanc du Zaccar... un massacre ! Constructions anarchiques. De hautes bâtisses débordant sur les routes étroites avec des balcons qui donnent directement sur la route. On est tout content d’acheter un véhicule, mais où et comment circuler ? Comment remédier à tout cela ? Allons-nous détruire ? Personne n’y pense. Chacun se croit maître à bord, libre de faire ce qu’il veut. Pour Miliana, la situation est dramatique. Qui va mettre de l’ordre dans tout cela et comment ?

Miliana me fait penser à un navire piraté puis abandonné en pleine mer. Miliana ! que Dieu te vienne en aide et te sauve du naufrage.  On rapporte un dicton de Sidi Ahmed Ben Youcef qui dit : «Quand le malheur arrivera aux gens jusqu’au cou, il ne dépassera pas la cheville pour les Milianais.»  Espérons que cela se réalise, et que Miliana retrouve son aura.
Voici un poème sur Miliana, par Moufdi Zakaria, traduit de l’arabe par le professeur Tahar Bouchouchi, extrait de L’Iliade algérienne, tome 1, page 58, composé spécialement à l’occasion du 6e séminaire pour la Connaissance de la pensée islamique à Alger, du 24 juillet au 10 août 1972, lors du millénaire de la fondation de la capitale El Djazaïr, Miliana et Médéa, par Bologhine Ibn Ziri.

Eclair de la majesté du droit divin, don de la nature,  Ibn Youcef(1) a propagé en toi la vertu mais la beauté a orné tes collines ravissantes  Le Nid d’aigle(2) est-ce toi ou le Djebel Zaccar ?  Le fils de l’aigle t ‘a-t-il emprunté ses côtes ?  L’amoureux passionné a-t-il donc fait couler ses larmes aux sources des anassers ?
La passion a-t-elle eu pitié du fou de Leïla au point que pour lui rendre la raison, elle l’ait aspergé d’eau d’Aïn N’ Sour ?(3)  Est-ce l’Empereur Pompée qui t’a construite ou Bologhine qui fut ton maître d’œuvre ?(4)
Nombreux furent ceux qui te convoitèrent mais pour eux tu ne fus  pas une proie facile.(5)
Les Banou Hendel(6) ne trouvèrent aucune quiétude en toi, tandis que Ibn Aïcha connu une fin tragique(7)  Tes assemblées comme ton fleuve firent couler les flots de la science et donnèrent la primauté à Ahmed(8)
C’est pourquoi Yakoub lui offrit le domaine d’Aghmat  Certes la générosité est une nature chez les Béni Mérine.

 

Note :
(1)Sidi Ahmed Ben Youcef, saint patron de Miliana
(2)Le Nid d’Aigle est le surnom de Miliana, comme l’a écrit le docteur Belhamici dans la revue El Açala : Zaccar est la montagne qui domine Miliana.
(3)Le voyageur Abdari compare l’eau de Miliana à des larmes, (tant elle est limpide) et ses cailloux à des parcelles d’or. «Si, dit-il, on en aspergeait un homme qui a perdu ses facultés, il les retrouverait aussitôt»  
(4)Les historiens sont d’accord pour dire que Miliana est une ville romaine, fondée depuis une époque immémoriale, sur les vestiges d’une ancienne cité grecque. Le général romain Pompée y serait enterré, au côté de son neveu, d’après certaines inscriptions.  
(5)Les Almohades, les Banou Ghania, les Zianides, les Sanhadjites, les Mérinides, les Banou Handal, les Almoravides et les Hafcides se sont longtemps disputé la possession de Miliana.
(6)Les gens de Miliana seraient originaires des Banou Handal (qui se sont ensuite installés à Warlennes)
(7)Baqr Ibn Aïcha était le gouverneur de Miliana, nommé par Ali ibn Ishaq. compagnon de Abou Youcef. Mais les gens de Miliana, hostiles à Ipn Aïcha, le combattirent et le firent prisonnier. A la suite de son évasion, ils le tuèrent.  
(8)Abou Abas Ahmed Ibn Ali fut une gloire de Miliana. Savant, juriste, grand poète, il fut honoré par le sultan Yacoub le Mérinide qui lui fit don de la province d’Aghmat au Maroc.

Chérifa Belabbas-Nabi : professeur de français à la retraite
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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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