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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

"“Oui, nous rêvons toujours de forêts au Sahara” par El Moujahid ( quotidien)

“Oui, nous rêvons toujours de forêts au Sahara”

C’est dans le Djurdjura que Abdallah a appris à connaître et aimer la forêt, sa végétation riche et diversifié et aussi sa fragilité face à une exploitation intense et irréfléchie de ses pâturages et à un abattage intensif de ses arbres auxquels il faut ajouter les incendies cycliques qui ravagent la forêt réduisant inexorablement sa surface. Abdallah était instruit et guidé par l’infatigable Mustapha Müller, un authentique forestier, qui après avoir participé à la libération de l’Algérie s’est engagé, après l’indépendance, dans une grande lutte de sauvegarde et de conservation de son riche patrimoine naturel et de la réhabilitation de ses forêts ravagées durant de longues années de guerre de Libération.

C’est aussi lui qui l’a entraîné au Sahara central, dans l’Ahaggar et le Tassili pour étudier à travers quelques reliques du passé humide les causes de la désertification qui sévit dans ces régions depuis quelques millénaires à trouver peut-être les conditions pour la conservation de ces ressources.
Les préoccupations de ces hommes (M. Müller et A.Sahki) allait rejoindre l’intérêt porté par le Parc national du Tassili au Tarout (en tamahaq) ou cyprès du Tassili, témoin végétal des périodes humides de cette région il y a quelques millénaires.
Ces arbres considérés comme appartenant à un climat plutôt méditerranéen continuent à survivre, contre toute logique, dans un désert aride, lançant un véritable défi aux écologistes et au botanistes.

Rêves de conservateurs
Inventoriés juste après l’indépendance de l’Algérie en 1971 par un jeune forestier Grine, quelque trois cents exemplaires sont disséminés sur le plateau des Meddak au Tassili Adjjer dans une zone située dans un rectangle de 50 km sur 7 km environ en bordure des falaises ouest du Tassili entre les sites de Tamrit et de Djabaren, haut lieu des célèbres peintures pariétales. Il les marquait d’un signe rouge pour les spécimens morts ou en voie de disparition (environ une centaine) et en vert pour les arbres vivant, parmi lesquelles quelques-uns produisaient encore des cônes dont les graines sont devenues stériles. Une cueillette systématique de ces graines étaient envoyée à l’INRF à Baïnem (Alger) ou des semis en pépinière ont été effectués. Ces arbres qui avaient été élevés en pépinière n’ont jamais donné de graines. Des jeunes plants qui ont fait partie de l’aventure du " barrage vert ", merveilleux projet en Algérie.
Le deuxième rêve avait commencé avec l’arrivée de botanistes allemands et tchèques. Partant de l’idée qu’une espèce qui n’existe qu’à travers deux cents exemplaires est menacée de disparition, il fallait faire quelque chose. Survinrent des propositions qui semblaient faciles pour les conservateurs, le rêve pouvait devenir réalité.
L’aventure avait commencé en 1972 : ramassage de cônes, coupe de boutures sur des branches vivantes et même études de dendrochronologie pour connaître l’âge de ces arbres à travers les cernes de croissance.
Une partie des graines minutieusement extraite des cônes a été ensemencée dans des pots de fortune à Djanet. Deux à trois semaines plus tard, quelques graines ont germé donnant naissance (environ 3% du total ensemencé) à de petites pousses. Tout ce que contenait le film «Tarout, arbre millénaire». Le reste des graines et boutures est allé en Tchécoslovaquie. Quinze ans plus tard, une vingtaine d’arbres sont revenus des jardins botaniques tchèques. Ces arbres poussifs avaient le tiers de la hauteur de ceux semés dans un petit jardin improvisé à même la maison que j’occupais à Djanet, qui atteignaient 6 à 7 mètres de hauteur. Mais aucun de tous ces arbres n’avait produit des cônes jusque-là… D’ailleurs, tous les arbres plantés à Djanet, à l’Administration des Douanes, à la Commune (Mairie), à l’hôtel des Zeriba, au siège du Darak (Gendarmerie) n’avaient fourni de graines.
Ainsi les rêves de reproduction s’évanouirent…

Passion de forestier
Personne ne prêta attention à Abdallah qui suivait de près cette expérience avec Mustapha Müller. « Ces arbres doivent être replantés dans leurs habitat d’origine. Cette exigence ne pouvait se réaliser sur place, la nature du terrain, son accessibilité rendait difficile un suivi permanent sur place…
Abdallah avait une autre idée. Replanter dans l’Ahaggar, là où les sites en hauteur, à partir de 1400 mètres d’altitude étaient occupés et cultivés. D’ailleurs un gros exemplaire de tarout est connu dans un vallon de l’Ahaggar, ce qui prouve que l’extension de cet arbre a dû être autrefois très large.
A partir de 1989, Abdallah a ramené quelques 700 plants de la pépinière de l’Institut National des Recherches Forestières (INRF) à Baïnem (Alger).
- Il a commencé en accord avec le directeur du Parc National de l’Ahaggar K. Bendimered à planter les cyprès systématiquement dans les différents postes du PNA environ 6 à 10 arbres tenant compte de la nature du terrain de chacun des postes, de leur entretien et surtout de la possibilité de leur arrosage.
- Environ 120 plants ont été réservés au Centre de Recherche de Tamanrasset (Centre créé grâce à la persévérance de ses mêmes personnes, et d’autres forestiers convaincus qu’il existait au Sahara une forêt aussi importante que celle du nord si ce n’est plus.)
- D’autres plants sont allés dans des écoles, des centres administratifs, des centres de loisirs, auberges ou campements de tourisme.
- La dernière partie des plants (une centaine environ) a été réservée à des sites occupés sur des hauteurs ; Tagmart, Terhannanet et Illamene, ces deux derniers sont situés entre 1800 et 2000 mètres d’altitude. Abdallah avait pensé replanter les jeunes tarout sur des sites similaires à ceux de Djabbaren, mais il s’assurait d’un suivi en les plantant chez les cultivateurs comme brise-vent.
Le site de Terhannanet visité après un appel d’Abdallah qui annonçait tout heureux une fructification, était au-delà de toute espérance. Les arbres étaient majestueux, magnifiques. Ils avaient l’air d’avoir repris l’allure et la forme conique pyramidal caractéristique du cyprès.
Quelques exemplaires avaient atteint entre 14 et 20 mètres de haut. Nombre d’entre eux portaient des fruits en quantité. Un tapis de cônes jonchait le sol... Le rêve se réalisait enfin…
L’expérience de ces trente années nous a démontré qu’il est possible de reconstituer une partie de cette forêt d’antan avec l’aide de l’homme… tout au moins conserver des spécimens (cultivars) dans des sites surveillés, idéalement dans des pépinières pour la production de plants destinés aux clôtures ou brise-vent chez des cultivateurs ou à créer des « coins d’ombre » dans les bivouacs des itinéraires touristiques…
Abdallah a mis à notre disposition 1ha de son jardin pour garder quelques spécimens.
S. A. Kerzabi, R. Dekhli et H. Guesmi
(Association des Amis du Tassili)

Source: http://www.elmoudjahid.com

 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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