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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

""Penser global, agir local"? Et si c'était au fond une belle foutaise...?" Par Karim Tedjani

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  Vous en pensez quoi les enfants, du dévelopement durable algérien? Du bas de votre misère rurale  au quotidien!

 

 

« Penser global, agir local », voilà un adage qui aura fait le tour de la planète durant ces deux dernières décennies.  Tout d’abord, c’est dans les coulisses de l’ONU,   ce grand « laboratoire » de la mondialisation,  puis  cette rumeur se mit à être murmurée avec de plus en plus d’insistance jusqu’à s’échapper  de ses couloirs  pour se répendre dans l’air du temps.

La devise onusienne du développement durable  nous aura été servie  à toutes les sauces médiatiques et politiques.  Comment ne pas y voir  La Révélation de la fin du 20ème siècle, un nouveau canevas de pensée? Une  façon   soit disant inédite de procéder, enfin  à l’échelle d’une société globale tant espérée par la plupart des élites politiquement correctes du monde entier.

Penser global, cela veut dire quoi ?

Dans sa définition la plus courante, cette expression suggère qu'il faut concevoir la gestion de manière globale, c'est à dire systèmique, mais que l'on se doit d'appliquer cette pensée en tenant toujours compte des particularités locales. 

Certes, le message est pertinent. Mais,  non seulement il ne peut être considéré comme une loi absolue, autant que cette expression peut cacher un sens moins louable, une face cachée du dévéloppement durable.

Dans un premier effort de définition, essentiel à toute réflexion un tant  soit peu rigoureuse, penchons nous tout simplement sur celle du mot « penser », puis nous tenterons d’appréhender le sens qu’il prendra  assorti à l’adjectif  global ; dont il serait également pertinent  d’en définir le sens. La finalité d’une telle entreprise ne doit pas être juste un exercice de style. Je pense que la plus grande défaillance de notre démocratie moderne est la méconnaissance que nous avons du véritable sens des mots que nous utilisons  quotidienement pour communiquer. Du moins, cette maîtrise, comme tend à l’être de plus en plus la richesse parmi les hommes, n’est pas équitablement répartie entre le citoyen et les « faiseurs de mots » en tout genre qui ont le plus souvent la responsabilité de nos vie entre leurs  formules magiques  , plus qu’entre leur mains.

Prenons pour référence le dernier Larousse en ligne. Penser signifie  en premier lieu « considérer quelque  chose comme vrai (ou  non), comme probable ». Global, est un adjectif  dont la définition, dans ce même dictionnaire, est  tout d’abord : « Qui est considéré dans sa totalité, qui est pris en bloc ou qui considère quelque chose dans son ensemble ». Puis, le verbe dont nous analysons succinctement la signification  peut également signifier : « Considérer quelqu’un, quelque chose comme tel ». De même, ce qui est global se dit d’une propriété mathématique qui n’est pas locale ou bien,  encore, désigne une activité économique « exercée à l’échelle planétaire » (dixit Larousse). Quand on pense arriver à ses fins, ou faillir, on projette une conviction. Penser de quelqu’un quelque chose, c’est donner son opinion sur cette personne, ou même de quelque chose comme, par exemple, une action, un objet ou tout se qui peut vous faire penser … Enfin, c’est aussi régler les choses dans les moindres détails, sans rien laisser au hasard, par systèmie éclairée ou mal intentionnée. Enfin, global, est un adjectif traduisant un terme anglais beaucoup moins équivoque sur son caractère mondial. On parle beaucoup de « globalisation » des mœurs et de l’économie de nos sociétés  post révolutions industrielles.  Est-il besoin de rappeler que l’anglais est la langue onusienne ?

Ainsi, à la lecture de toutes ces définitions, on peut dégager deux visions d’un même concept et, déplorer la linéarité d’une telle  conception  du monde, quelque en soit la polarité. Un globe unifié    autour d’une Pensée Unique, seule loi  applicable  à  l’ensemble du monde. De plus, en bon élève d’Edgar Allan Poe et de certains bergers de l’Est algérien, je ne peux m’empêcher de penser que, le plus souvent,  il faut  bien agir local pour  bien penser global. Que la solution  à de grands problèmes se trouve le plus souvent  en préférant l’observation de   la dimension du micro à celle de l’échelle macro.

Penser global c’est penser le monde comme un Tout où toute chose est assujettie à  des règles  uniques . Dans un monde globalisé, Tokyo et Paris se ressemblent comme deux gouttes de vodka balinaise !  Les mêmes aéroports, les mêmes boutiques, les mêmes produits  «uniformatés » pour des consommateurs aux tendances savamment  stéréotypées. Cela revient à tout réduire à des généralités, à une uniformité.

Pourtant, la vie semble nous montrer tout le contraire, que la véritable richesse, celle qui dure, est diverse, variée. Le mot Biodiversité, lui aussi très à la mode dans la sémantique des penseurs d’un monde global, est fort à propos pour en témoigner. Stéréotypes, certes, mais en mode mono, s’il vous plaît.  On  consomme mono culture, on croit monothéiste, on aime monogame, on construit des monopoles, nos hommes politiques sont de vrais monolithes ! Des mono maniaques menacent  l'ordre publique de plus en plus souvent . Mono, mono monnaie? Qui sait? 

Voiloir d'un monde "global" , c'est  penser l’économie comme forcement planétaire, et cela  dans ses moindres détails.

« Agir local », avec un tel état d’esprit ? Quest-ce que cela peut bien signifier?  « Enter ou être en action », « se comporter de telle ou telle manière »,  exercer  […] une influence sur quelqu’un ou quelque chose », « être efficace, jouer son rôle ». Ne dit-on pas « Laissez agir la nature ? ». Voilà pour le verbe agir. Quand à  l’adjectif local, le Larousse nous révèle toute la subtilité d’un tel mot… En effet, local défini certes généralement  quelque chose de particulier à un lieu, une région, un pays. Mais il est aussi question de désigner ainsi un groupe social, ou bien un milieu «  bien  circonscrits » (délimités). Toujours selon ce formidable outil sémantique, local se dit également d’une propriété matérielle ou immatérielle  « définie dans un voisinage"      d’un point réel ou virtuel  bien particulier. La formule est assez complexe à saisir, elle est de ce fait la porte ouverte à toutes les interprétations subjectives.

Penser le monde unique et l’imposer dans toutes les localités ? Non, à une seule, car « local » ici devient presque un nom commun. Global et local ne font qu’un, pour qui sait à peu près lire entre les lignes…Le "bien penser" doit être global, l’action au service d’un seul et même groupe social appartenant à un pays invisible à l’œil nu ( d’objectivité), de nos médias officiels  : « The World.Inc », le Monde des marchands, ceux dont les fortunes se sont faites d’ailleurs dans des petits locaux devenus,   au fil de leurs  affaires réussies,  des usines, puis des consortiums multinationaux. Multinational ne veut pas dire qui  a plusieurs pays, de nos jours, mais qui n’en a pas vraiment. Si ce n’est peut-être le monde dans sa totalité, sa globalité.

Pardonnez moi cette parenthèse qui ne doit pas vous faire penser  que je suis un adepte de la « théorie du complot », ou bien, pire, un "conspirationniste".  Sans être marxiste, ni communiste, j'évoquerais volontiers plutôt   "la théorie de la lutte des classes", une bien belle découverte qui influencera  notre économie moderne, au sens large du terme, bien au-delà des limites de l’idéologie de son instigateur. On pourrait aussi citer le pertinent manifeste de Hervé Kempf qui nous explique très vulgairement "Comment les riches détruisent la planète". Je suis ni pour le noir, ni pour le blanc, je suis pour qu'ils existent séparement et ensemble pour créer toutes les nuances du gris. Je n'aime pas le monde que nous subissons, mais je ne le renie pas totalement. Je me dit que lutter contre un système, c'est le changer plus que le détruire , lui opposer de nouvelles régles plus en adéquation avec notre Ere de grands changements économiques, sociaux  et  environnementaux.

 

La parenthèse est fermée. Il est temps de laisser la passion de côté pour proposer une autre formule qui a fait ses preuves depuis des millénaires. Non que je sois réactionnaire, mais plutôt, à l’ère de la mémoire saturée, j’ai l’impression que la nature des  bonnes choses  a été oubliée par nos jeunes sociétés. Il est  juste temps de faire  du  nouveau  en s’inspirant de l’ancien…

Penser global, agir local, certes, cela est parfois de rigueur. Mais il ne faut pas s'interdire d'autres "combinaisons" pour autant. C'est le côté récurant de cette formule que j'aimerais surtout remettre en cause.

Prenez Nouara, ma grande tante, c’est une femme rurale d’un autre temps. Elle ne connait pas internet, même si son médecin et de nombreuses personnes lui ont dit qu’elle était « connue » sur le  net. On a entendu parler d’elle à la télé, à la radio et son nom est cité  par de nombreux amoureux de la nature algérienne .  Par contre, elle peut vous dire quel temps il fait à Alger alors qu’elle se trouve à Guerbes, à des centaines de kilomètres de là.  Et cela sans I phone! Comment ? Elle observe en détail le ciel, elle hume l’air et décortique la forme des nuages, quand ils apparaissent dans l’azur qui pèse sous sa tête, comme un toit céleste. Elle ne bouge pas souvent de la maison. Pourtant, vous pourrez l’interroger sur n’importe quel endroit de sa région, en jetant un œil sur son environnement proche, elle en déduira à quoi il ressemble ce coin de son pays, dont elle vous décrira alors tous les détails naturels. Même ceux qui vous auront échappé. Nouara conçoit certes le monde comme un tout; mais elle est également convaincue de sa grande variété et, surtout de l'équilibre qui se rétabli toujours entre chaque éléménts de cette planète. Si il fait ce temps à Guerbes, alors, c'est qu'à Alger il va sûrement neiger...Voilà le pari des gens comme Nouara.

Les bergers doivent toujours avoir un coup d’avance sur leur troupeau et, encore plus, sur les périls qui pourraient, en cours de pâture les menacer. Pour cela ils font ce que Nouara a appris de ses aînés, qui l’ont appris également de leurs ancêtres : la nature est une, mais diversifiée, on peut comprendre son fonctionnement  global, en identifiant des événements naturels locaux. Ainsi, en observant le vol d’un oiseau,  le gardien d'un troupeau  devine ce qui se passe autour de ce dernier. Une empreinte d’un chacal datant de quelques minutes. Une source  éphémère annoncée par la présence  d’une plante hydrophile. Le vol bas d’un insecte qui annonce un changement de pression atmosphérique…

Dans la même veine de philosophie  naturelle, certains agriculteurs considèrent que les mauvaises herbes ne sont pas forcement nocives. Ils les nomment   « adventices », elles   font office d’indicateurs   de la nature des sols. Si telles plantes poussent ici, c’est que le sol est calcaire, car elles  sont  connues pour se développer dans ce type de terreau.  Ainsi, en observant  de minuscules  parcelles de terrain qu’ils cèdent à ces plantes sauvages, ils en déduisent leur politique globale de culture. La conclusion est souvent que la mono culture appauvri les sols, que toutes les matières organiques qui constituent  « l’épiderme » de nos sols sont nécessaires au maintien de leur fertilité. Ils en viennent à associer les cultures, à jouer sur les propriétés chimiques de chacune. Une chimie naturelle favorisée par les lombrics, les fumiers et les décompositions en tous genre. 

Longue serait la liste des exemples qui donnent à l’analyse locale, du détail, une suprématie sur le  penser  « global ». La formule en vigueur  va presque à rebours du bien fondé ! Il aurait fallu  militer   pour une pensée locale au service d’une même finalité globale. Penser chacun de son côté à améliorer au quotidien la vie de toute la communauté.  Ne pas attendre des  directives globales pour agir localement.  Agir parce que c’est utile à tout le monde, donc à nous également. La pensée « global » déresponsabilise  au fond le citoyen, le prive insidieusement d’une approche empirique et passionnelle de   son environnement.

Parlons, pour conclure, des origines de l’écologie occidentale ; non pour étaler ma science, mais pour confirmer une évidence : le penser global, agir local est justement le système qui a poussé les chercheurs à concevoir l’environnement comme quelque chose de très sensible à « l’agir » de l’homme moderne.

 Cet homme n’est pas né seulement des Lumières de la Connaissance, mais a été fécondé aussi  dans le ventre d’un monde assoiffé  d’esclavagisme et le colonialisme. Voilà  toute l’ambivalence  de notre monde moderne  résumée. Une capacité à produire le meilleur, comme le pire avec une formidable efficacité mécanique, industrielle, cybernétique. 

Ainsi, quand l’Economie des marchés mondiaux émergea grâce à une main d’œuvre bon marché ainsi que des ressources naturelles, « vierges » de propriété, les colons de tous les grands empires du 19eme siècle se mirent à tout capitaliser autour d’eux. La procédure était pensée de manière globale.  Dans le contexte de l’histoire du colonialisme, un vice qui perdure depuis la nuit des temps chez les « grandes civilisations », du moins par la force. On pille, on tue, on occupe, on exploite tout, jusqu’à la moindre goute de sève et de sang.

Mais, ce qui marchait très bien dans de vastes territoires, se mit à  dérégler des espaces locaux plus restreints , comme les îles, notamment. Sur une île, tout est à l'échelle du petit, même la capacité à supporter les dérèglements. C’est ainsi que des chercheurs français, anglais, hollandais (essentiellement) se mirent à redécouvrir l’influence de la déforestation sur le réchauffement climatique et la santé de toute la biomasse.

Les forêts transpirent  l’eau de l’air et l’infiltrent dans les sous sols. Ils aèrent la Terre. Une île est un condensé d’environnement ; les îles colonisées furent les premiers laboratoires d’une conscience écologique scientifique moderne. De Théophraste aux naturalistes du 17éme, l’idée avait fait déjà son chemin pour ressurgir bien après. Les premières politiques de préservation du naturel, à des fins mercantiles, tout de même, se mirent en branle. Les succès furent rares, et depuis  il semble que la science continue à tâtonner quand il s’agit de comprendre les miracles de la vie sur Terre...

Dans son très bon ouvrage, « Les Iles du Paradis »,  Richard  Grove, l’auteur,  nous signale même que le mythe du Paradis retrouvé, de la nature sauvage initiatique,  est apparut à une époque où l’on découvrait  déjà les limites de l’exploitation irresponsables des ressources naturelles  mondiales. L’époque de,  par exemple,  Robinson Crusoé, un hollandais perdu  sur une île sauvage et  qui  y retrouve ses essentiels en vivant l'expérience d'une "sobriété heureuse" au contact de la nature sauvage… Très moderne comme thématique, vous ne trouvez pas? 

Penser et agir avec des adjectifs, cela est forcement faires des raccourcis, installer une certaine confusion. Penser globalement, agir localement devient alors un sens, comme  en ombre de chine, très insidieux qui ne peut que parasiter la définition la plus noble de cette devise.

Planter  un arbre ne veut pas dire ériger  à coup sûr une forêt.   Surtout  pour qui sèmerait  des millions de  bananiers en pleine steppe sibérienne, juste parce que la banane  deviendrait  Le fruit le plus consommé  en Russie ! Le « Global. Inc System » ne peut gérer notre planète comme un super marché, sinon, c’est le début de la fin des haricots,  de la soupe au « Soleil vert »* au menu  pour tout le monde. 

International, puis Mondial,   prions pour que notre monde ne devienne pas un jour totalement Global. Il serait bien fade et indigeste.

Profitons des expériences de chacun, dans son bout de planète, pour en déduire de bonnes recettes pour notre cuisine écologique mondiale . Je dis "cuisine" en connaissance de cause, car l’écologie est loin d’être une science exacte, de ce que j’ai pu lire ou constater en écoutant ceux qui ont étudié la nature avec rigueur et méthode.  Pensons local, mais avec pour seul restriction de respecter la globalité de ce qui nous entoure. « Les droits des uns s’arrêtent  là où ceux des autres commencent », ce n’est pas  seulement un droit d digne de  l’Homme,  à mon sens, c’est le droit de  toute la vie sur Terre.

 

"Penser Algérien, agir humain", ne serait-ce pas la meilleure formule pour développer de manière soutenable  notre  Algérie? Penser national, mais pas nationaliste. Concevoir la diversité des localités comme  les complémentaires d'une mozaïque une et indivisible: la planète Terre. 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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