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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

Dar Dounia Annaba: « Prendre un enfant par la main… » Par Karim Tedjani

Rencontre avec l’équipe pédagogique de la Maison de l’Environnement d’Annaba.

 

Photo de couv' 

Introduction :

« La forme sans le fond n’est que cosmétique… »

On a coutume de dire qu’il vaut mieux apprendre à un homme comment cultiver plutôt que de lui donner un sac de riz. Il en va de même, à mon humble avis, pour le respect de l’environnement. En effet, sans la mise en place d’une véritable culture environnementale au sein de la société algérienne, il me paraît difficile de faire vraiment évoluer les choses en Algérie dans ce domaine. On pourra mettre à la disposition des citoyens des milliers de poubelles, construire des centaines d’usines de recyclages, installer autant d’espaces verts ou bien encore créer des parcs naturels ( pour ne citer que ces initiatives), si on apprend pas au algériens comment se comporter de façon responsable et civique vis-à-vis du formidable patrimoine naturel dont dispose leur pays, j’ai bien peur que tous ces efforts ne pourront jamais s’inscrire dans une démarche efficiente et durable. L’Algérie, si elle produit peu, consomme de plus en plus. Ce pays est devenu en à peine plus d’une décennie, une des sociétés de consommation parmi les plus « gourmande » d’Afrique. Par exemple, cette jeune nation figure en première place des importations de véhicules sur le continent africain, de même qu’elle est, dans bien des secteurs, un très bon client pour de nombreux pays dont la France, l’Espagne , la Chine , la Corée du Sud ou bien encore l’Italie qui ne sauraient se passer de « cette manne algérienne » s’ils veulent continuer à assurer la pérennité de leur propre développement économique. Que dire de la fulgurante et anarchique urbanisation de ce pays où, à l’instar de la « Nouvelle ville » de Constantine, des agglomérations urbaines se développent à vitesse grand V sans que l’offre en logements ne soient encore à la mesure de la demande de tous ces jeunes couples qui n’ont plus envie de suivre le modèle traditionnel où la famille se construit autour du foyer patriarcal. Le territoire algérien est devenu un vaste chantier à ciel ouvert et gare aux espaces naturels qui se trouvent sur la route du « progrès » de cette jeune et impatiente nation. Tout va très vite, beaucoup trop vite d’ailleurs pour que les mentalités aient le temps de suivre cette cadence frénétique et que l’environnement de l’Algérie ne soient pas mis sérieusement en péril. Cette mutation « économique » du pays doit forcement s’accompagner de nouveaux comportements à assimiler pour les algériens d’aujourd’hui et surtout pour ceux de demain. S’il faut absolument panser les plaies dans l’immédiat, il est encore plus important d’éviter qu’elles ne s’agrandissent à l’avenir. La meilleure façon de soigner, c’est d’éviter la maladie au quotidien. Ce n’est qu’en instaurant une vraie culture environnementale dans la mentalité des algériens et des algériennes, en leur apprenant à revivre en harmonie avec la nature dans un contexte socio-économique qui n’est pas celui de leur grands parents, que l’Algérie moderne fera vraiment quelque chose de vraiment durable pour son environnement. L’écologie ne doit être une simple cosmétique, un concept à la mode pour nos élites, un sujet à développer seulement lors de luxueuses conférences ou bien encore en ratifiant à tout va des conventions internationales sans mettre en place de véritables suivi sur le terrain. Le respect de l’environnement sans les efforts de tout le tissu social algérien ne saurait être qu’une posture de la part de nos dirigeants, pire parler d’écologie sans veiller à installer dans ce pays une culture environnementale solide et durable est à considérer comme une imposture, une somme d’effets de styles sans réels fonds…

La Maison de l’environnement « Dar Dounia » de Annaba

« Dar Dounia » Annaba a pour mission d’enrichir et de diffuser les connaissances utiles à l’éducation environnementale, afin de susciter au sein de la société l’émergence d’une culture environnementale et de développement du concept « d’éco citoyen ». Cet organisme contribue à la mise en œuvre d’une politique environnementale qui ne saurait se passer de la communication et de l’éducation. Son programme d’activité s’articule autour de trois axes principaux : -La formation des formateurs pour le lancement des Maisons de l’Environnement. -L’installation des « Clubs verts ». -Le suivi et l’évaluation. Avant de décliner ce concept à travers tout le territoire algérien, le Ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement en collaboration avec le Conservatoire National des Formations à l’Environnement a mis en place des sites pilotes dans plusieurs wilayas dont Annaba qui ambitionne d’être une des grandes villes de l’Environnement en Algérie. Les objectifs du programme pédagogique sont : -Prise de conscience

-Connaissances

-Attitudes

-Compétences

-Capacité d’évaluation

Les valeurs qui portent ce projet sont :

-Responsabilité

-Equité

-Solidarité

-Partage

-Existence

-Coexistence

-Tolérance

Rencontre avec l’équipe pédagogique de « Dar Dounia » Annaba.

Cela fait plus d’un an que je suis en contact via facebook avec Souad Narsis, une des animatrices des Clubs Verts instauré dans cette wilaya par cet établissement. Elle m’avait proposé de venir à la « Dar Dounia » d’Annaba afin de me rendre compte du travail qui est mis en place par son équipe pour installer une véritable culture environnementale au sein du tissu social de cette ville et de ses environs. Mon agenda ne m’avait malheureusement pas permis de m’y rendre l’année dernière. Cette fois-ci, j’avais décidé de ne pas rater cette occasion. Je dois dire, dès à présent, que je ne regrette pas d’avoir fait le déplacement. Nous fixons donc un rendez-vous le 8 mai en début de matinée. Cette charmante jeune femme m’accueille dans les locaux de cette maison de l’environnement et me propose de rencontrer la chef de projet. Comme cette dernière est occupée, Mlle Narsis m’invite à patienter dans le bureau de sa supérieure en compagnie de deux de ses collègues. Je fais ainsi la connaissance de Labidi Zineb (assistante de direction) et de Beggari Nassim (animateur). Je leur demande de se présenter et de me parler brièvement de leur parcours. Ils ont la trentaine et chacun d’entre eux ont effectué des études supérieures dans des domaines de recherches en corrélation avec le secteur l’environnement. Je suis dès le début impressionné par leur grande maturité ainsi que le sérieux qui se dégage de leurs discours. En les écoutants, je sens une réelle implication de leur part dans ce programme et, surtout ils me donnent l’impression de s’épanouir dans leur travail. Souad et Nassim font partie de l’équipe qui anime les Clubs Verts de la Maison de l’environnement d’Annaba. Ces clubs verts sont des espaces attractifs et pédagogiques dont la principale finalité est de susciter la curiosité de l’enfant en matière d’environnement. A travers divers activités, comme des ateliers de jardinage, des ateliers de chant, de théâtre, de travaux manuels et de dessins, des sorties pédagogiques, ces animateurs tentent d’aider les enfants à mieux connaître leur environnement et, surtout, à être de véritables ambassadeurs de la nature. Ces ateliers sont destinés autant à de jeunes enfants qu’à des adolescents. Les activités ont débuté en Mars 2011 .La Maison de l’Environnement d’Annaba organise et participe également à divers événements telles que des campagnes de nettoiement, la journée mondiale de l’arbre, la journée du savoir ect… J’en profite que leur chef de projet soit absente pour sonder leur capacité à évaluer la pertinence de leurs projets pédagogiques. Tous sont unanimes : pour eux, c’est le fait que les enfants soient demandeurs, qu’ils prennent l’initiative de venir à la Maison de l’environnement pour poser des questions ou bien encore proposer des activités qui est la preuve de la réussite de ce programme d’éducation et de sensibilisation environnementale. D’autant que, en sensibilisant bien les enfants, ont a beaucoup de gens d’intéresser leurs parents. Nassim me confie que certains enfants ont « imposés » à leurs parents certains éco gestes qu’ils ont appris lors des ateliers des Clubs Verts. C’est à mon humble avis un bon moyen de distiller la culture environnementale au sein des foyers algériens. Puis, Mlle Allaoua Souheila nous rejoint dans son bureau. Elle arrive alors que nous sommes encore en train de discuter. Nous nous saluons et, elle m’avoue d’entré de jeux qu’elle ne sait pas exactement qui je suis, que Souad lui a vaguement parlé de ma visite. Je prends le temps, donc, de me présenter, je lui parle du portail que j’ai crée ainsi que des nombreux déplacements que j’effectue à travers la région côtière afin de rencontre des acteurs de l’écologie en Algérie. Je lui explique que je suis venu visiter la Maison de l’Environnement de Annaba. Elle me souhaite la bienvenue avec beaucoup de courtoisie et un brin de curiosité justifiée. Je l’interroge à mon tour sur son parcours . Elle me répond sans la moindre réserve et, en l’écoutant me parler je suis d’emblée séduit par la prestance ainsi que la grâce qui émane de sa gestuelle. Je sens tout de suite que j’ai affaire à une personne de qualité d’autant plus que le ton de son discours laisse deviner que cette chef de projet est une femme déterminée dotée d’une grande intégrité. Quitte à paraitre complaisant, je dois vous avouer que j’ai rarement vu un responsable algérien avoir une telle étincelle dans le regard quand il est question de me parler de son travail. Elle me raconte qu’en 1992, à l’époque où elle a décidé de se lancer dans des études pour être ingénieur dans l’environnement alors qu’elle était major de promotion, personne n’arrivait à comprendre son choix. "C'est mon oncle, qui habitait à Paris qui m'a toujours encouragé à aller dans ce sens", confie-t-elle. Puis elle occupera divers poste dans le secteur environnemental, mais aussi dans le privé avant d'obtenir ce poste qui lui va comme un gant. Elle m'explique que durant tout ce temps , elle a apprit à monter des projets, gérer une équipe, à communiquer avec les autres et surtout à avoir à la fois une vision écologique et économie de l'environnement.

J’ai, il me semble, toujours affirmé dans nombres de mes écrits sur l’écologie en Algérie, qu’il était important de concilier à ce sujet la volonté de préserver l’environnement et l’incontournable réalisme économique. L’écologie ne peut plus être seulement l’affaire d’utopistes où d’écologistes purs et durs.

Dans un pays qui doit se développer pour garantir son avenir, la gestion de l’environnement dans ce pays doit prendre en compte le fait la majeure partie de la société est préoccupée par des contingences matérielles. L’écologiste du 21ème siècle se doit d’être professionnel et de maitriser autant son domaine de prédilection que les rouages de l’économie moderne. La maîtrise de l’environnement physique passe aussi par une vision pragmatique de la situation économique et politique de notre pays. Parce que l’économie est un écosystème à part en tiers, l’écologie de nos jours consiste à trouver une alternative « soutenable » afin d’harmoniser la préservation de la biodiversité avec le développement de nos sociétés moderne. Ainsi, parce qu’elle est à la fois un brillant ingénieur environnemental et une chef d’entreprise avertie, Mlle Allouaou me parait être la bonne personne au bon moment.

Elle me confie avec modestie, mais aussi beaucoup de lucidité, qu’elle a la chance de diriger une équipe vierge d’expérience, ce qui lui donne l’occasion de former ses animateurs avec la volonté d’assurer une base solide pour les générations à venir. Elle m’explique que, bien qu’elle aurait besoin de plus de personnel et que ses supérieurs sont dors et déjà près à lui envoyer d’autres animateurs, elle préfère continuer à consolider son équipe actuelle. Sa vision du management est pyramidale. Elle œuvre afin que ces jeunes soient capables d’encadrer les animateurs qui viendront renforcer plus tard les effectifs de la « Dar Dounia de Annaba ». Souheila est une femme exigeante et, si elle donne beaucoup à ses employés, elle n’en attend pas moins de leur investissement. Quand on travaille au sein de son équipe, il faut être près à venir le week-end et à mettre la main à toutes les tâches qui incombent au bon fonctionnement de cet établissement, même si cela signifie parfois faire le ménage quand les femmes de services sont absentes. En échange, ses animateurs profitent d’une formation solide, de tous les outils d’évaluations et de process nécessaires pour atteindre leurs objectifs. Chaque semaine, elle organise des briefings et débriefings afin de les amener vers l’excellence qu’elle s’est imposée elle-même… A voir le sourire sincère et plein d’admiration dans le regard de ces derniers pendant qu’elle m’expose sa vision du travail, on ne peut que comprendre que c’est un échange gagnant-gagnant entre un leader et son équipe. J’aimerais aussi souligner le fait que chaque animateur suit régulièrement des formations complémentaire et qu’on leur remet à leur arrivée un manuel pédagogique très bien conçu. Nous poursuivons notre entretien avec ses jeunes partenaires en nous échangeant de nombreux avis et informations, nous évoquons aussi le thème des fermes pédagogiques qui m’est si cher et je suis ravi de constater que nous avons beaucoup de point de concordances dans nos visions. Nous parlons aussi des spécificités de la société algérienne qui est beaucoup plus pragmatique que celles venues d’Europe et donc de la nécessité d’adapter les concepts écologiques à ces particularités. J’insiste sur le fait que notre tradition ne doit pas être oubliée et que nombres d’éco gestes dont on fait la promotion aujourd’hui étaient déjà pratiqués par nos grands parents.

Puis, avant de quitter mes interlocuteurs, je fais une rapide visite des lieux et constate avec plaisir que, pour une fois, on n’a pas lésiné sur les moyens pour offrir des conditions de travail idéales à cette équipe de dix animateurs dont je fais la connaissance le temps d’une photo de groupe. En effet, le bâtiment qui abrite cet organisme est une structure R +2 composée d’une bibliothèque, d’une salle de formations, d’un Amphithéâtre, d’un hall d’exposition, des plusieurs ateliers ainsi que des bureaux. Le seul regret que j’ai, avant de rentrer chez moi, c’est de ne pas avoir pu rencontrer des enfants pour récolter leurs impressions et leurs témoignages. Mais, il est prévu que je revienne le 7 juin et je pourrais ainsi remédier à cela. « Prendre un enfant par la main… » Dit la célèbre chanson, ici à Annaba, dans cette Maison de l’environnement, c’est le guider afin qu’il soit l’éco citoyen de demain….

Karim Tedjani pour « Nouara-algerie.com ».

 

Pour consulter des photos cliquez sur ce lien: "Dar Dounia Annaba"

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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