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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

«Quand les jeunes du quartier « Hamdi Slimane » (Boudouaou) prennent les choses en main…». Par Karim Tedjani.

Les jeunes de Tribo

Voici quelques uns des jeunes qui se sont investis dans l'embellissement de leur quartier. (Photo: Tedjani K.)

 

 


Le quartier de la cité   Hamdi Slimane, qui s’appelait jadis « Tribo », surplombe Boudouaou (wilaya de Boumerdes) du haut de la petite colline où elle se situe.  L’endroit est calme,  sans problème. Ici, tout le monde se connait depuis  plusieurs générations. Quand on empreinte les rues souvent accidentées de cet ensemble de petites villas ornées de fleurs, avec son château d’eau, sa poly- clinique , son hammam et son école privée, on a vraiment l’impression de pénétrer dans un village hors de la ville.

Des allées d’arbres  plantés le long de tous les trottoirs  de cette cité pavillonnaire, des places fleuries, des poubelles publiques en nombre important,  la propreté des lieux,  tout  laisse à croire que  la "cité Slimane" a fait l’objet d’une attention toute particulière de la part les autorités locales. « Tribo »  est-il un quartier pilote faisant partie d’un programme national ? Hormis l’état calamiteux de la chaussée, aucun détail ne semble avoir été négligé pour rendre l’endroit plus attrayant qu’il ne l’était auparavant. Il n’y a pas de cela si longtemps, ce quartier était vraiment  loin de ressembler à  cette agglomération  propre et fleurie…

J’ai voulu en savoir plus. J’ai donc demandé à un habitant du coin s’il pouvait me dire qui avait été l’investigateur d’une initiative si louable.

« Eh bien, ce sont nos jeunes… » . Me répond ce dernier.

« Vos jeunes ? Mais avec quel argent ? Ils ont  crée une association et ont été subventionnés par l’APC ? ».  Demandais-je.

« Non. A part les poubelles qui leur ont été fournies, tout vient de leurs poches. Ils se  sont organisé verbalement, ont cotisés et puis  fait tous les travaux ensembles…. ». Me répond avec un brin de fierté  justifiée mon interlocuteur.

Je décide donc, logiquement,  d’entrer en contact avec ces jeunes  gens pour les féliciter, mais aussi pour leur poser quelques questions. Le rendez vous est fixé en fin de matinée devant l’entrée de l’hôpital  qu’ils ont totalement réaménagée et ornée  de fleurs.

« Nous, on est tous nés dans ce quartier. On se connait depuis la toute petite enfance et pour nos grands frères, c’est pareil ! Cela fait un bout de temps que l’envie de rendre notre environnement plus propre et surtout plus beau nous titille. On est fier de « Tribo », on veut qu’il soit le plus beau coin de Boudouaou. Non  pas  le quartier un peu  trop délabré, à notre goût,  dans lequel on vivait auparavant. » Ajoute  l’un d’entre eux. 

La plupart de ces jeunes sont loin d’avoir la trentaine. Derrière leur look, leur turbulence face à mon micro ainsi que la simplicité de leurs discours, je perçois une grande maturité; des âmes d’une sincère  noblesse.  Je trouve, au fond, qu’ils ressemblent beaucoup à ces jeunes « de quartiers » avec qui j’ai déjà eu l’occasion de travailler en France.

La différence la plus flagrante, à mes yeux,  est qu’ils sont tous, sans exceptions, d’une éducation et d’un respect pour leurs aînés irréprochables. Malgré les difficultés qu’ils rencontrent au quotidien, beaucoup de jeunes algériens  gardent  un  esprit « bon enfant », une profonde croyance en des valeurs qui peuvent paraître un peu désuètes à ceux que j’ai rencontré en France.

Il n’est pas question de faire un tableau idyllique de cette jeunesse algérienne qui se cherche un avenir. J’aurais tant à dire et redire à ce propos. Disons que la solidarité et la générosité sont des valeurs indélébiles dans la tradition de notre  grand pays du Maghreb.

« On a été encadrés par des grands frères et des anciens qui nous ont conseillé pour le choix des arbres et des fleurs à planter. On a fait les choses petit à petit, en fonction de ce que chacun pouvait donner en argent et en énergie. On a commencé par 200 dinars par tête, parfois cela est même monté à 1000 ; pourtant, personne n’a jamais rechigné à mettre la main à la patte ni à la poche d’ailleurs ! »

Ainsi ils ont planté des arbres et des fleurs, mais aussi construit une petite fontaine publique, aménagé des escaliers, refait la peinture… Un point très appréciable dans leur démarche, c’est qu’ils assurent aussi un entretien régulier de leurs ouvrages dont ils assurent le suivi.  Ils se relaient entre eux pour arroser les fleurs et les arbres, rajouter un coup de peinture ça et là, balayer la chaussée quand elle est trop sale et tant d’autres petites corvées utiles pour tout le quartier.

« On en avait assez de voir que notre coin se délabrer  au fil du temps et surtout que  personne ne semblait s’en préoccuper. On n’allait pas attendre le bon vouloir de certains…On a pris les choses en main ! » Déclare un autre jeune homme.

« Nous avons pleins d’autres projets pour le futur, dont la création d’un espace vert afin  que nos petits frères ne jouent plus sur la route.  Mais, pour l’instant, les finances sont un peu réduites, on va devoir patienter un peu. On aimerait  aussi être plus aidés dans notre entreprise, notamment que les routes de notre quartier ne soient plus dans un état aussi dégradé. On pourrait vraiment travailler dans de meilleures conditions et avoir vraiment l’impression d’être pris en considération par la localité.  Car là, on ne peut rien faire pour la chaussée, c’est  aux autorités de prendre en compte nos doléances et de nous suivre dans notre démarche citoyenne… ».  Ajoute encore  le jeune Lyes.

Puis, avec beaucoup de  simplicité et,  il  en va de soi,  un peu de fierté, les jeunes de « Tribo » me font une visite guidée de leur actions pour améliorer leur cadre de vie collectif.  (Voir l’album photo).

J’ai  été très touché par autant de courage et de solidarité de la part de ces jeunes qui, par leurs actes,  offrent un bel exemple à suivre pour  toute la société algérienne. Celle d’une initiative collective, solidaire et  constructive  portée par des efforts réguliers et durables. Malgré la mauvaise foi de certains, la léthargie d’autres,  ces jeunes hommes ne se sont pas laissé aller au défaitisme stérile ou bien à la colère destructrice. Ils ont décidé, plutôt, de lancer un défi pacifique  à ceux qui auraient dû faire  ce travail. Bien entendu, ils auraient pu mieux faire.  Mais ils  disposaient  de peu de moyens. Alors, quand on sait cela, l’on ne peut qu’applaudir ce qu’ils ont déjà réalisé par leurs propres moyens.

Des allées d'arbres longent toutes les rue de ce quartier.Grâce aux jeunes, il y a des allées d'arbres dans chaque rue...

 

Qui, en parcourant à présent ce quartier,  pourra se cacher derrière la fausse excuse que  la jeunesse algérienne ne sait  que réclamer de l’aide? Est-il possible de laisser ces jeunes dépenser leur argent et donner de leur temps sans les  encourager ? Il faudrait, certes, qu’ils créent leur propre association afin d’avoir un statut leur permettant de récolter des fonds et de s’adresser aux élus locaux avec plus de légitimité. Mais, ce qui a été  déjà fait sans tout cela est une belle victoire en soi  ainsi qu’un pied de nez à tous ceux qui ne croient plus en rien. Souhaitons, enfin, que   l’effort de ces jeunes sera soutenu avec plus d’insistance par l’APC  de Boudouaou…

Pour avoir été témoin de nombreux actes de bravoure écologiques à travers près d’une vingtaine de wilayas, je suis persuadé qu’il existe à travers tout le territoire  bien d’autres exemples comme celui-ci. L’Algérie regorge tellement  de talents inexploités, de héros anonymes. Cette fois-ci, je n’ai pas eu à parcourir des centaines de kilomètres pour en témoigner : cela c’est passé   juste devant la maison de vacances de mes parents…

 

Pour voir plus de photos:  Quand-les-jeunes-de--Tribo--prennent-les-choses-en-Main- Quand-les-jeunes-de--Tribo--prennent-les-choses-en-Main-

Karim Tedjani  « Nouara, le portail de la Nature et de l’Ecologie en Algérie ».

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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Karaali Abdelouahab 13/06/2012 00:50


Nos encouragements à ces jeunes pour l"amélioration de leur cadre de vie et surtout pour l'esprit d'organisation et de sacrifice pour un monde meilleur dans leur beau quartier de Tribo. Bien à
toi Karim pour cet article qui enrichit ton blog et qui fait découvrir la vraie richesse de l'Algérie que l'on doit préserver et aider à s'épanouir pleinement.