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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

« Quel environnement pour les Algérien(ne)s d’aujourd’hui ? (Pourquoi il faut d’abord mieux vivre la nature en Algérie) Par Karim Tedjani.

 

            Ayachi Benyacine                        Ayachi Belyacine est le leader de la contestation dans la région de Guerbes Sanhadja  contre les abus des agriculteurs locaux qui provoquent de grands dégâts dans les maquis ...                                                                                                                                                                                                                                     

                  Troisième partie : Le syndrome de Guerbes 

 

Reprenons, si vous le voulez bien,  le cas d’une région d’Algérie que je connais plus particulièrement, afin de finir d’illustrer cette modeste réflexion d’un simple citoyen algérien qui, bien que n’étant pas expert, ne s’interdit pas de se poser les questions qui lui ont parues essentielles à propos d’une  écologie possible dans son pays d’origine.

Guerbes est un  de ces villages qui fut  livré  « clé en main »  aux  douars  qui s’étaient  érigés  depuis plus ou moins longtemps dans la région. Un pur produit de la révolution agraire voulue par H.Boumedienne  dans les années soixante dix. C’est une quaria agricole, sans  âme, ni vraie  histoire  et encore moins de  charme  architectural particulier. Sans véritable attrait,  si  ce n’est la grande affabilité de ses habitants facilitée par la présence de milliers de touristes estivaux venus de toutes les parts du Constantinois, dont la première plage de Guerbes est un rendez-vous annuel depuis plusieures  générations déjà.

Les rares familles qui ont décidé de rester dans leurs douars vivent dans la plus totale précarité. Aucun confort domestique (eau, électricité et gaz courant) .Pas de transports pour emmener les enfants à l’école du village, à sept kilomètre environ.  Pas de travail, rien de bien légal pour vivre. Pour cette raison, j’ai vu, la ferme de Nouara , en  l’espace d’une génération,  se vider de ses 13 enfants qui, n’ont  eut guère d’autre choix que d’aller se « parquer » dans la quaria.

Pas de culture locale à proprement parler. Certains Guerbesis sont d’origine  Chaoui  comme Nouara et son mari, la plupart viennent de la région  du Collo ou de Jijel. Il ya aussi des originaires de Skikda, et également de Azzaba ou du Sebt. Depuis peu, de riches agriculteurs venus de Constantine ou d’Azzaba ont fait leur apparition. Il y a les « tribus », les familles  emblématiques de la région et, puis les  « nouveaux venus » comme celle des  Latreche , arrivés  dans le coin  juste après l’indépendance.  Nouara, par exemple, descend, à ses dires et celui de ses enfants, d’un  certain Rahmoun, ancêtre fondateur  de sa tribu qui a du s’exiler de Timgad, en terre Chaouia,  pour ne pas faire de l’ombre à son propre père tant sa baraka était devenue célèbre  dans sa région. Il se serait un jour installé dans l’Est du pays.  Voilà pourquoi, son mari, El Hadi Latreche  est appelé le « Chaoui » par ses voisins alors qu’il est né à Oued Zenati dans la wilaya de Guelma. La proximité avec la région de Sanhadja, avec qui elle se confond souvent à cause de son complexe de zones humides, « Guerbes Sanhadja »,  laisse aussi à penser une influence ainsi qu’une  affiliation  à cette tribu légendaire. L’îlot de Guerbes fut, jadis, un port romain d’une importance stratégique et économique non négligeable.

Guerbes est un véritable casse tête administratif  pris en otage par une découpe qui la titraille entre Djendel et Filfila  deux communes rivales.  La commune de Ben Azzouz  occupe également une place très importante dans l’économie et la politique  de ce petit village abandonné, il faut le dire à la désolation depuis toujours. La Marsa n’est pas non plus très loin,  elle, dépend de la wilaya de Annaba.

Cette mixité, elle se retrouve  d’ailleurs dans la géomorphologie même  des lieux. Guerbes est un petit enfer rural perdu en plein paradis naturel où la mer, la montagne et le désert se mélangent très subtilement, ainsi qu’un complexe de zones humides qui se décline au gré de la générosité des pluies saisonnières.  Les gens du coin sont d’ailleurs à la fois pêcheurs, ouvriers, agriculteurs, éleveurs et beaucoup d’entre eux vivent du tourisme « sauvage » l’été, tout cela en fonction des opportunités saisonnières.

Rien ne dure ici, et pourtant tout continue. Guerbes a quatre visages, quatre saisons bien distinctes. Un Hiver froid, très venteux, où des  trombes de m3 d’eau de pluie   déferlent sur la terre  qui se gorge alors d’eau. La vie devient très rude et les vaches se font maigres pour beaucoup d’habitants qui ne doivent leur subsistance, souvent qu’à leur gain de l’été.

Puis vient le printemps, vert, luxuriant, prolifique en biodiversité, haut en couleur et en senteurs. C’est le temps des cultures faciles, de la semence des ruches et des premiers petits boulots saisonniers comme la main d'oeuvre dans la construction locale.

Mais il est de courte durée ! Vient l’été, humide, chaud, presque suffocant quand on s’éloigne des côtes et des forêts. Les paysages deviennent jaunis par l’aridité. A cette période, c’est la récolte des eaux de pluie qui permettra de subsister La pastèque et le tourisme deviennent alors les principales activités économiques de l’année, le rendez-vous à ne pas manquer pour la majeure partie des habitants. Aussi tout devient légitime, permis...

L’automne est doux et reposant après la frénésie  de l'été; du tourisme estival et du travail harassant que demande la culture  de la pastèque. C'est l'heure des compte de la recette annuelle, des plaisirs de la vie et du repos bien mérité.

Tout  est donc fragmenté à Guerbes, donc tout est possible...

La culture  de la pastèque, avec ses gains rapides en quelques mois supposés assurés  et sa renommée dans la région, s’est vite avérée comme « la » solution la plus pragmatique à leur désolation. Une culture de semence hybride et exotique, à l’image de la population et de l’environnement de ce « lieu-dit ». Inadaptée  à l’écologie locale, parce que trop hydrophage  et  pétrochimique,  elle n’en reste pas moins fort lucrative pour certains.

Le problème c’est que, de Sanhadja à Guerbes,  cette culture a fait d’énormes ravages, provoqués nombre d’incendies volontaires et  tué beaucoup de sols. L’activité pastorale qui était intégrée dans un système de complémentarité avec l’agriculture et d’autres activités comme l’apiculture, ne trouve plus sa place dans l’environnement de Guerbes. Des tensions même commencent à apparaître entre  locaux et, c’est un de mes amis M. Belyacine Ayachi qui a décidé, à Sanhadja, de mettre un terme à cette mauvaise  gestion.

D’autant que, pendant très longtemps, pour vivre, certains  locaux ont du se faire complices également du pillage du sable. Les dunes, meilleur rempart contre la salinisation éolienne, l’avancée du sable marin grâce au vent, et donc meilleur allié des sols et, de ce fait, aussi des éleveurs et des agriculteurs. Car cela est bien connu, si plus rien ne poussait après le passage des  Vandales, c’est qu’ils punissaient ceux qui leur résistaient trop farouchement en  épandant du sel sur leur champs…           

Résultat des courses : une aulnaie (rare) saccagée, la subraie dévastée, l’eau des zones humides ooutrageusement pompée( pourtant classée mondialement)  et partout le désert prend ses marques.

La  culture de la  pastèque hybride  ne s’avère pas une solution durable. Les gains ne sont plus aussi assurés qu’aux premières heures. A  présent, seuls ceux qui ont de gros moyens peuvent espérer de bonnes récoltes car, à présent, il faut  « décaper » la végétation dans des zones très fragiles  écologiquement et, donc, pour cela se gagner la sympathie de certains fonctionnaires locaux. Des engins sont nécessaires pour cela, et beaucoup d’engrais. De plus, les graines sont hors de prix et ils faut en acheter à chaque saison…

Les locaux s'endettent, ne peuvent pas toujours se rembourser et les prix de la pastèque ne dépendent pas d'eux mais de la "corporation" des souks qui est très bien organisée. Mais, beaucoup vous diront qu'ils ne savent pas faire autre chose pour nourrir leur famille. Alors, tels des orpailleurs d'un or vert dehors et rouge dedans, ils tentent chaque année leur chance en défrichant de nouvelles parcelles. Car il faut plusieurs années avant de pouvoir recultiver un sol qui a donné de la pastèque. 

D’un autre côté, il ne faudrait  pas tomber dans la simplification du problème, même quand on l’expose, ici, brièvement. La plupart des Guerbesis aiment  la nature et ne cautionnent  pas tous ces saccages.  Beaucoup d’entre eux me soutiennent dans ma lutte de longue haleine avec les « tueurs » d’arbres qui sévissent dans la région.

A vrai dire le « bizness » ne rapporte plus qu’à de riches agriculteurs venus de  grandes villes. Pour la population locale, à part quelques  familles, ce marché ne leur assure que des petits boulots précaires. C’est une petite mafia qui gère tout cela, les nombreuses menaces  à demi-mots de  reçues de la part de ceux qui craignent de s’attaquer à moi directement  me l’ont confirmé. De nombreux témoignages de corruptions à petite échelle aussi. Mais je suis non seulement un enfant de la région et aussi membre d’une « tribu » de plus de cent membres dans ce petit village…Et je m’en remets également à la divine providence et les bénédictions des anciens  pour me protéger et, surtout  m’aider à faire avancer les choses ici, comme partout ailleurs en Algérie. Avec les  modestes moyens dont je dispose, mais aussi une foi inébranlable  dans la mission que je me suis donné depuis déjà presque cinq ans : éviter à la nature de mon pays d’origine  de subir ce que les campagnes de mon pays de naissance ont dû supporter et supportent encore…

Survivre dans le douar de Guerbes est devenu un enfer, vivre dans la quaria juste un purgatoire. Voilà la source du problème : plus personne ne sait faire autre chose que dévaster son environnement pour  gagner sa vie. Non par prédation, mais justement parce qu’ils sont victimes d’une prédation bien plus insidieuse que les mauvais impacts provoqués par leur présence : la misère sociale, économique et culturelle. Les gens comme Nouara sont tristes de voir que tout a changé si vite et qu’il n’existe plus de communauté solidaire entre ce paradis naturel et ses habitants.

Seule, à présent, dans son gourbi en parpaing nu, elle vit comme un fantôme d’un autre temps. Sans aucune commodité domestique, plus  de moyens pour cultiver leur terre,  toute sa famille est partie au village et aspire à vivre dans une grande ville. Chaque fois que je le peux, je viens lui rendre visite et  je viens l’écouter avec amour et attention. Je sais que, le jour où elle partira, comme tous ses paires, elle laissera un terrible vide dans mon cœur et la mémoire de mon pays.

Pour conclure. Si les ruraux pouvaient bien vivre leur environnement, nos villes ne seraient pas autant saturées, nous mangerions plus sainement et nous pourrions également profiter d’une campagne plus charmante, rassurante, le tourisme rural pourrait se développer, l’artisanat renaitre de ses cendres  et la médecine traditionnelle éviter une sur-médication des citoyennes et citoyens algériens d’aujourd’hui. Nos campagnes sont des temples gardiens de cette nature algérienne qui doit reprendre le pas , même dans nos villes , sur les tendance  auto-colonialistes de la société algérienne  de cette fin de l’ère moderne.  

Une utopie ? Peut-être tant il y a à redire des résultats du Plan destiné au renouveau du monde rural en Algérie. Mais c’est un jeune projet, il se cherche également. En ce qui concerne Guerbes, j’ai pû personnellement m’entretenir avec une haut responsable de la Direction Générale des Forêts  à propos du programme de gestion intégrée qui va se mettre en branle  à partie de ce mois-ci (inchallah) dans la région de Sanhadja pour tenter l'aventure d'une gestion  plus écologique  de l'économie de la  région. 

Si les ruraux pouvaient bien vivre leur environnement, nos villes ne seraient pas autant saturées, nous mangerions plus sainement et nous pourrions également profiter d’une campagne plus charmante, rassurante, le tourisme rural pourrait se développer, l’artisanat renaître de ses cendre  et la médecine traditionnelle éviter une sur-médication des citoyennes et citoyens algériens d’aujourd’hui. Nos campagnes sont des temples gardiens de cette nature algérienne qui doit reprendre le pas , même dans nos villes , sur les tendance  auto-colonialistes de la société algérienne  de cette fin de l’ère moderne.  

Une utopie ? Peut-être tant il y a à redire des résultats du Plan destiné au renouveau du monde rural en Algérie. Mais c’est un jeune projet, il se cherche également. En ce qui concerne Guerbes, j’ai pû personnellement m’entretenir avec une haut responsable de la Direction Générale des Forêt à propos du programme de gestion intégré qui va se mettre en branle  à partir  de ce mois-ci (inchallah) dans la région de Sanhadja pour tenter d’harmoniser la présence  des agriculteurs, des éleveurs et du reste de la biodiversité. Il sera également question de développer  l’écotourisme et d’autres activités telles que l’arboriculture fruitière et l’exploitation de la figue de barbarie pour la fabrication d’huiles essentielles très prisées par les laboratoires cosmétiques du monde entier.  Le Pnud et le gouvernement algérien sont associés dans ce projet ainsi que, je crois, la WWF.

Souhaitons leur bonne chance  et toute la réussite du monde.  Je serais toujours là pour aider les instigateurs de ce projet , mais aussi "veiller au grain"...

J'aimerais dédier cet article au grand-père de quelqu'un qui m'est particulièrement chère, car il est à présent, à presque 100 ans ,  entre la vie et la mort... Souvent, elle me raconte des épisodes de son enfance passée avec son "papy adoré", un homme qui lui  a toujours appris la curiosité, l'ouverture d"esprit,  la solidarité avec les plus démunis et surtout  l'honnêté;  donc les vraies valeurs de notre nature algérienne, celles que l'on tend à oublier en tournant le dos à nos fellahs...

Fin?


 

 

 

 

 

 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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