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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

Quelle agriculture pour l’Algérie de demain ? (Pour une sécurité alimentaire sans dangers écologiques et sanitaires)

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                 Manger, produire, vendre "local"

 

Souveraineté alimentaire…

Dans un pays qui importe quasiment tout ce qu’il consomme, et qui ne développe donc aucun autre savoir-faire que celui  du  gaspillage et  de l’exploitation à court terme de toutes ses ressources naturelles, la question de la sécurité alimentaire ne peut qu’être corollaire à celle de la souveraineté nationale ; au sens patriotique du terme, entendons-nous bien,  et non pour donner dans un nationalisme chauvin que  je ne serais d’ailleurs pas crédible d’afficher, tandis que je suis né et réside encore en région parisienne.

La sécurité alimentaire de l’Algérie ne doit cependant pas être perçue  par  notre  jeune nation uniquement  d’un point de vue quantitatif et reposer sur des   objectifs de production et de rentabilité. Il me parait essentiel de souligner une autre dimension tout aussi importante et malheureusement trop négligée, pas seulement dans ce pays, d’ailleurs. Il s’agit bien entendu  du critère de qualité. Qualité gustative et sanitaire des produits cultivés, mais aussi qualité écologique des processus de cultures et, enfin,  qualité énergétique et  hydrique des fonctionnements de l’agriculture ainsi que l’ensemble de l’écosystème Agronomie.

Il ne suffira sûrement  pas, comme semble le préconiser la dernière annonce de M. le  Ministre de l’Agriculture algérien, de penser en terme de millions d’hectares de terres irriguées. Car irriguer à outrance  n’est pas forcement la meilleur solution, autant d’un point de vue climatique, écologique qu’énergétique.

 

Irriguer  maintenant, c’est cultiver le désert de demain…

En effet, dans un climat qui tend à  l’aridité de manière incrémente, certes, mais continue, la question du stress hydrique et de la gestion de nos ressources hydriques  doit-être au centre de toutes les préoccupations de l’économie algérienne. Si tant il fallait donner une couleur à l’économie, sous-entendu à  l’argent, faute de lui refuser une odeur, il faudrait plutôt parler d’économie bleue pour nos pays du Maghreb dont le vert s’étiole à mesure que le climat se réchauffe. Il est convenu d’admettre que dans de tels climats, l’irrigation est peu effective, beaucoup d’eau par en vapeur sous l’effet de la chaleur, avant d’atteindre les cultures.

Associez cela à une déforestation outrancière de notre territoire, et donc un affaiblissement de nos remparts contre l’érosion éolienne, beaucoup d’eau également est emportée par le vent, sans avoir vraiment irrigué efficacement les récoltes. Il ne peut en fait y avoir d’irrigation aussi massive, annoncée pour 2020 par l’Etat algérien,  sans une politique très drastique d’économie d’eau, ce qui n’est pas la tendance  de rigueur parmi les « professionnels » de l’agriculture et de l’agronomie, ni en Algérie, et si peu ailleurs…

Soulignons au passage que cette date correspond avec la mise en branle finale du projet « Gaz de schiste », cette date  ne me parait pas innocente.  N’a telle pas également pour fonction de rassurer l’opinion publique algérienne en disant à demi-mots : « vous voyez, si on pensait manquer d’eau, on ne ferait pas de tels projets ! »

Cette petite parenthèse fermée, revenons à notre sujet initial, à savoir que je suis persuadé qu’il existe d’autres solutions plus systémiques que celle de l’irrigation et le développement d’une agriculture industrielle. Si je n’évoque pas tout de suite, à propos de l’eau, le thème  de l’apport hydrique possible des usines de dessalement de l’eau de mer, à ce propos, c’est parce que j’aimerais l’aborder plutôt sous l’angle de son inefficacité énergétique. Celui de la pollution de l’eau est aussi corollaire à ce sujet, puisque qu’il faudra épurer en amonts, mais aussi en aval, toutes ces quantités d’eau adjuvée, de manière très amatrice, à des produits phytosanitaires qui ne sont pas toujours aux normes écologique  mondiales. Epurer, coûte également beaucoup d’énergie et, dans ce domaine, les dangers écologiques et sanitaires d’éventuels  vices de process sont peut-être encore plus lourds que ceux envisagés pour la fracturation hydraulique horizontale…

Irriguer à outrance, c’est laver les sols de leurs substances minérales et bactériennes qui favorisent naturellement leur fertilité. Quand on a besoin d’irriguer, c’est déjà quelque part que l’on plante la mauvaise chose au mauvais endroit. Une culture développée dans un environnement qui lui correspond, n’a pas besoin ou peu d’être irriguée…De plus, comme pour les méga barrages, une forte concentration d’humidité peut modifier le climat local et favoriser la prolifération d’espèces et de maladies parasites. Quand on sollicite pour cela les nappes phréatiques, il y a également un grand risque de salinisation des sols environnants. D’un point de vue écologique, irriguer n’est que très rarement pertinent, encore plus au sein d’un climat aride comme le nôtre.

Epurer, pomper l’eau de mer, labourer en profondeur, tout cela a un prix énergétique très couteux. N’oublions pas que l’eau des stations de dessalement est largement subventionnée et que son prix n’est que  virtuellement rentable. Il est d’usage de d’affirmer que l’agriculture industrielle est une des plus grandes sources de consommation d’énergie et de pollution dans le monde. Une des principales causes des émissions à effet de serre. Pour atténuer tous ces dégâts collatéraux, il faudra dépenser beaucoup d’argent et d’énergie. Or, un litre d’essence, c’est deux litres et demi, au moins, d’eau consommée… Quels gains durables pourrait-on émarger de tout cela dans le contexte une économie forcement bleue ?

Penser, produire,  manger local, varier les plaisirs…

Quel intérêt à acheter des semences hybrides, à la limite d’être OGM ? Plus d’eau consommée, plus d’intrants chimiques, plus d’énergie consommée, plus de pétrole gaspillé, plus de pollution, moins de sols en bonne santé… Pour les industriels, quelle aubaine ! Mais pour nous ? ¨Produits aseptisés, empoisonnés, peu nourrissants, mono-régime alimentaire source de nombreuses pathologies pour les consommateurs !

Manger local,   produire et consommer des produits du terroir, s’alimenter et cultiver  au possible en respectant le cycle des saisons, est la meilleure façon de se prémunir contre la maladie et la famine. Varier, associer  les  cultures,  diversifier les activités rurales, c’est éviter l’appauvrissement des sols ainsi que la prolifération des « nuisibles » qui  ne  prolifèrent qu’à cause des perturbations  environnementales propres à  l’agriculture de masse.

Labourer profond, c’est tuer  beaucoup trop de lombrics, meilleurs agents pour assurer une aération homogène des terres arables, faire remonter à la surface tout un tas de mauvaises bactéries que les sols et la microfaune avaient assimilés et enfouis en profondeur. Composter, nourrir cette faune,  c’est produire un engrais naturel peu coûteux et capable de répondre à nos besoins de recyclage en matière de déchets.

Beaucoup de nos semences endémiques ont disparu ou sont en cours d’extinction. Souvent, on a justifié cet abandon par une faible productivité, au regard de celle  de leurs « cousines » hybrides. Certes, il y a un fondement à ce raisonnement, mais nos paysans, eux, ceux qui le sont resté, et ils sont peu, pourraient nous rappeler que ces graines, étaient renouvelables  pendant  plusieurs saisons et qu’elles n’avaient besoin que de très peu de chimie pour se développer sainement. Moins de production, certes, mais aussi moins de chimie, de labour, d’essence, d’eau, donc moins de frais ; et, au fond presque la même rentabilité sur cinq ans…

L’Algérie  ne doit pas développer une agriculture obsolète et écocidaire, mais, en tant que jeune nation, elle a le devoir d’être avant-gardiste à ce sujet… Seuls les peuples qui innovent  et pensent sur le long terme sont souverains de leur destin ; en matière d’alimentation, en ces temps de bouleversements  écologiques profonds,  c’est encore plus vrai…

 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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