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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

"Quelles sont les bases potentielles de l'écologie algérienne?" Par Karim Tedjani.

 

Il est toujours délicat de donner son avis   sur un sujet aussi complexe et sensible  que l’écologie. Encore plus quand ce dernier  n’est pas accrédité par la possession de  diplômes universitaires dans ce domaine.  Cela pourrait paraitre  encore plus difficile de  faire admettre à certains la légitimité de cette prise de parole,  lorsque, comme moi, l'on n’est  "même pas"  né sur le sol algérien. Pourtant, bien conscient de certains fondements  de  telles considérations, je vais me permettre de vous faire part de mes réflexions sur un thème qui,  vous ne devriez pas en douter,  doit et va prendre une part de plus en plus importante dans les débats publiques de l'Algérie. Tant elle est  menacée et déjà victime  de  dégradations écologiques en tous genres. 

"Au début, il  y [a] le Verbe..."

Cela fait  déjà presque 5 ans que j'ai entamé une serie de longs voyages à travers mon pays d'origine, afin de répondre à certaines questions qui me taraudaient l’esprit concernant l'écologie en Algérie. Depuis, à vrai dire,  mon  premier et  triste constat d’une Algérie devenue  une véritable poubelle à ciel ouvert. C’est parce que ces réponses, je ne l’ai pas trouvées,  ni dans les livres, ni sur le net que j'ai pris le pas de me déplacer partout où les réalités du terrain, ainsi que ces acteurs locaux, auraient pu me renseigner, voire m'initier, à cette écologie endémique. 

Comme, je le répète, et de vrais experts le confirment chaque jours, le temps presse, je me suis dit qu’il fallait stimuler quelques vocations d’auteurs sommeillant chez nos vrais ingénieurs environnementaux, tant leur savoir fait défaut à l’émergence d’une vraie mouvance écologique dans la société algérienne. Ces racines, qui ne sont pas les seules, mais parmi les  plus essentielles, ont un rayonnement , une influence sur la pensée collective  qui ne doit pas être mésestimée, même par le plus simple militant investi dans la protection ou la préservation de son environnement. 

N'oublions pas que, à travers le monde, ce sont des livres et des documenetaires  qui ont été, depuis la fin du 18eme siècle,  largement à la base de prises de conscience collectives des périls environnementaux qui menacent nos sociétés dites "post-modernes".  Beaucoup d'auteurs talentueux ont (rés)sucité des vocations buccoliques dans le coeur de nombreux consommateurs de masse. Comme on dit, "Au début, il y  [a] le Verbe...", la semence de l'action réfléchie.

A ce propos, il est important de féliciter le travail des journalistes algériens  dans ce domaine, car ce sont eux qui ont posés les jalons théoriques de ce qui pourrait être l’écologie algérienne d’aujourd’hui. C’est d’abord en compilant leurs articles sur un seul et même média-web, « NOUARA », que j’ai pu apprendre. Certes, certains  que j’ai pu lire, avec le recul, et un brin d’expérience, ne me paraissent plus toujours aussi objectifs ou pertinents.  Mais, dans l’ensemble, ce sont ces hommes et ces femmes qui ont permis à l’écologie de persister dans les débats de cette Algérie post décennie noire. A ce propos, « L’Ecologie Oubliée » de M’Hamed Rebah est à considérer comme un inventaire très objectif de l’évolution de la situation écologique de l’Algérie jusqu’à l’an deux mille ; rien d’étonnant que son ouvrage ressemble beaucoup à une revue de presse analysée avec beaucoup de talent et de sens critique.

La littérature consacrée à l’Ecologie en Algérie n’est pas encore à la mesure des enjeux écologiques qui se  jouent quotidiennement dans ce pays.Celle relative à une écologie algérie algérienne.Il serait bon d’y remédier pour que, par exemple, de simples amateurs comme moi, ne soient plus obligés de  le faire avec les  simples moyens du bord. Des publications émanant de  vrais chercheurs, de vrais philosophes, d’hommes publics responsables, seraient à bien des égards plus fructueuses pour que les forêts du savoir écologique Algérien ne poussent pas au gré des quelques graines qui auront été semées ça et là par quelques passionnés…

La base d’une écologie Algérienne, c’est aussi la réflexion intellectuelle.  Une appropriation endémique des concepts en vigueur sous d’autres latitudes géographiques et culturelles, exogènes à notre culture et nature maghrébine.

 

Savoir d'où l'on vient...

Ma rencontre avec l’Ecologie  n’a pas été universitaire ou littéraire, dans l’ensemble. C’est un enchainement d’événements, d’invitations, de partages. Une parfaite illustration de la  douce poésie  de ce « Mektoub » qui fait tant  grincer des dents  tous les chantres de l’hédonisme occidental  post-révolution industrielle. N’en déplaisait déjà à ce  talentueux polémiste Voltaire, de voir le maitre de Candide  croire que toute chose , en bas  ce monde,  est esclave de la Fatalité. Pourtant, sans être si  absolutiste, je vous dirais que c’est une suite d’heureux hasards qui m’ont laissé croire que je ne m’engageais, certes, dans une aventure, mais pas forcement dans une voie aventureuse.

Je suis, à la base, plutôt de formation littéraire et, je crois, de sensibilité résolument  artistique. Durant toute ma scolarité, du primaire au secondaire, jusqu’à mes études universitaires, mes bons résultats en Lettres, puis en Philosophie, me prédestinaient naturellement  à  m’intéresser aux  métiers du Langage, plus qu’à une carrière scientifique. Mes notes, d’ailleurs en biologie ont rarement été excellentes. Mais je dois dire que j’ai toujours eu un faible pour la faune et la flore et, comme tous les gosses, je raffolais des documentaires animaliers. J’étais incollable sur la vie du Lion, de la Girafe, des Hyènes, et de tout un tas d’animaux exotiques. Sous les mers, Cousteau était le Capitaine Némo de ses temps si  « cathodiques », comme  le dira un jour Smaïn, le comique.

Mais de la vraie Nature, des vrais animaux, à part au zoo  ou au salon de l’agriculture, je n’en rencontrais pas beaucoup à Paris. Il y avait bien le parc des Buttes Chaumont, juste à côté de ma petite « cité ». Mais, de là à comparer cela à ce  que j’ai connu en Algérie durant toute mon enfance et adolescence…Autant le faire avec  un coucous royal en conserve  et celui de nos mères! 

Je n’étais pas doué en science, donc. Mais je me souviens, au collège,  avoir exposé en fin de cours  à mon professeur de « bio » une de mes  « théories «  sur les origines de l’Humanité : « Madame, je suis persuadé que la vérité sur l’homme se situe dans le monde microscopique. Le développement d’un embryon humain ne serait-il pas un résumé de toute l’évolution de la vie humaine ? Et le si le   royaume des  Cieux  dont parlent toutes nos religions  se trouvait  plutôt dans le monde des cellules  que dans l’univers des  vastes galaxies ? Peut-être sommes nous, nous-mêmes, les microbes d’une autre dimension ? Et si l’Infini était surtout petit ?  ». 

Et ma "prof" de me demander, très étonnée, où j’avais  bien pu  entendre parler d’une telle théorie ? _ « Je ne sais pas, je lis beaucoup, j’adore les comics de science fiction et, puis,  je passe tous mes étés en Algérie, à la campagne,  chez des gens qui m’ont appris que ce qui est valable dans le  monde du plus petit peut très souvent  s’appliquer  à celui du plus grand. Qu’à l’origine d’un ensemble, il y a toujours des détails qui se rencontrent autour des choses qu’elles ont en commun… » Je ne me suis pas exprimé, bien entendu,   en ces termes exacts. Mais, je me rappelle bien l’avoir « épatée » avec ma théorie  innocente : _ "A ton âge, penser cela, c’est  assez rare, mon jeune garçon… » Me répondit-elle enfin, avec un sourire  dont ma turbulence légendaire   en cours n’avait que très rarement fait  de moi l’heureux élu.

 

La nature comme lien social et création de richesses durables 

Je suis né à Paris, mon identité culturelle et métaphysique est profondément imprégnée par cette ville.  Si ma culture générale  n’a rien à envier à la plupart des Français de mon entourage francilien, je commence à peine à lire des auteurs algériens, à connaitre le nom des  artistes qui font et ont fait l’histoire de l’art algérien. J’essaie  depuis quelques années d’étudier l’histoire de  cette jeune nation avec autant d’assiduité que j’ai étudié celle de mon pays  et de mon continent d’accueil, la France et l’Europe.

Par contre, je ne connais pas vraiment les campagnes de France, je n’ai jamais eu de lien fort avec aucune commune rurale de ce pays où, je suis un pur citadin. Je le regrette mais, avant de connaitre Guerbes, de la vie d’un berger, je ne connaissais que celle du grand-père d’Heidi, et il ne ressemblait pas vraiment au mien !

Mon expérience de la Nature, je la dois à mon grand oncle  ainsi que ma  grande-tante El Haidi et Nouara Latrèche. Je l’ai faite principalement  dans un  douar de Skikda, Guerbes. Ici, aussi, j’ai pu stimuler mon cerveau, mais, en plus, faire vibrer une corde de mon arc que je n’aurais jamais vraiment pu apprécier dans un autre contexte plus urbain, même dans le quartier populaire de Oued EL 3aned , à Annaba, chez mon grand père Aïssa, chauffeur routier pour une « Chérika ».  Guerbes, c’était l’Algérie profonde, coupée du monde moderne, avant que  la  décennie noire ne la défigure et traumatise  pour de longues décennies encore…

La nature, voilà un mot dont j’ai  vraiment  saisi le sens dans mon coin de « bled »,  totalement inconnu de mes camarades parisiens.

Pour moi,  jusque dans  les années deux mille, la France, c’était le pays où l’on nous montrait des images de plages polluées à la télé.  On parlait de crottes de chiens sur la voie publique, de saletés et d’incivismes  en tous genres qui proliféraient   dans l’espace publique. L’écologie commençait bien à émerger comme un mouvement politique à travers l’Europe, et plus particulièrement  en Allemagne. On entendait  aussi parler  dans les journaux télé de Green Peace et d’un scandale capable de faire frémir la République. Mais à mon âge, je ne comprenais pas vraiment de quoi il s’agissait. C’était aussi, ailleurs, l’époque de Tchernobyl, des  gigantesques marées noires, Sting nous sensibilisait sur la déforestation et la destruction de la forêt Amazonienne, « Le poumon de la Terre".  De nouvelles « pestes », avaient fait leur apparition.  « Sida », « la vache folle », on « célébrait » même le Cancer, à travers la lutte contre cette maladie,  dans de très médiatiques  Téléthons. Je me souviens  aussi de ces photos poignantes de famines à travers le monde. Bien plus tard, je fus même étonné de savoir à quel point l’Ethiopie est une grande nation culinaire, tant l’image de ses enfants faméliques est restée  longtemps ancrée dans ma rétine mémorielle.  Plus tard, encore,  l’artiste  britannique Jamiroquaï fera sensation en clamant sur un air ultra funky : « We’re too young to die », sur un fond d’images de massacres de baleines et de saccages en tous genre de la nature sur Terre. Nous sommes trop jeunes pour mourir...Quel drôle d'hymne pour une jeunesse qui raffole, comme ce chanteur, de belles voitures et de technologies...!

A quinze ans, je commençais vraiment à trouver ce monde un peu inquiétant…Mais bon, l’adolescence et ses  égarements plus ou moins  salutaires  pour la suite,  m’ont dirigés plus sérieusement vers la passion pour la musique moderne. La nature, elle pouvait bien passer après et puis, il y a des gens qui s’occupent déjà de la protéger à travers la terre entière. Voilà le dossier clos pour de très longues et tumultueuses années.

A Paris,  depuis mon enfance, je mangeais de tout, et surtout, pour la plus grande fierté de ma mère, de la viande « matin, midi et soir ! »  C’était l’opulence, le dernier soubresaut des Trente Glorieuses ; l’ultime vague de chaleur avant qu’une nouvelle ère glaciaire ne s’installe pour une longue, très longue période : la Crise, avec un grand C, s’il vous plait, tant, depuis,  elle est un des éléments les plus durables et incontesté de notre environnement social économique, au sens économie des sociétés, des marchés de consommations et de productions  ainsi que des écosystèmes urbains et naturels  qui entourent et influencent  l’activité humaine.

 

Les bases d'un engagement personnel

Aussi, quand je retrouvais mon douar, à Guerbes,  chaque vacance d’étés, c’était  à des années lumières de tout cela. Ici, la technologie, les codes barres, ni même la télévision, l’électricité, ni même un simple robinet d’eau courante, n’avaient alors aucune place dans le quotidien de ses gens  chez qui j’adorais passer été.  Une vie de tous les jours, rythmée au fil des pâtures des troupeaux, de l’eau que l’on allait chercher matin et soir au puits, à dos de nos ânes. Il n’y avait pas encore de télévisons, les gens se parlaient beaucoup. On se réunissait le soir autour d’un bon feu et on se racontait des histoires en famille. Il y avait bien entendu une certaine « étiquette »  à respecter, on attendait toujours que le patriarche commence à diner pour nous restaurer,  ainsi que son départ de "siniya"  pour commencer à nous chahuter.

Pourquoi j’insiste sur ce point « autobiographique » ? Je suis trop jeune et je n’ai pas fait grand-chose de concret pour me lancer dans des mémoires. C’est que l’attachement physique à la nature est une des autres bases de l’écologie, algérienne ou pas.

Recemment, j'ai  été frappé par l’étonnement d’un jeune cousin de 10 ans, qui vit dans ce même quartier  Bonois du Ruisseau d’Or, toujours aussi « populaire » pour sa misère, quand je lui montrais un jour une photo de vache que j’avais prise à Guerbes. _ « Elles ressemblent à ça les vaches chez nous ? T’es sûr ? Je n’en avais jamais vu… » Ce qui me paru poignant dans cette manifestation innocente, c’était que je n’arrivais plus à savoir si il était dubitatif à cause de la maigreur de nos vaches locales, ou bien, parce que, tout simplement, il n’avait jamais été dans une ferme, ni  autre part ailleurs que dans son « ghetto » à présent plus géographique et social, qu’économique.  Cet enfant avait une vision « globale » de ce que pouvait être un ovin, il n’avait jamais pu en approcher un localement… C’est un exemple édifiant…

Je suis intimement convaincu que ce qui me lie à la nature de mon pays, c'est d'avoir pu y séjourner enfant, de m'ettre vicéralement attachée à elle....C'est ce qui m'a décidé à changer de cap quand je l'ai sentie trop menacée.

Il faut recréer un lien physique et passionnel entre le citoyen et la nature algérienne. Que les espaces sauvages redeviennent aussi des espaces de loisirs écologiques, sûrs et fréquentables pour toute la société très conservatrice algérienne.  Des fermes d’accueil pédagogique doivent fleurir un peu partout à travers le pays, pour diverses raisons. En voici quelques unes.

La principale, c’est qu’il faut recréer des espaces de rencontres  conviviales entre l’Algérien et sa nature. Les familles en privé, des groupes scolaires, des chercheurs, des journalistes, doivent pouvoir visiter nos espaces naturels sauvages dans de bonnes conditions. Les premiers, seront sensibilisés au respect de la nature, et pourront passer un agréable moment de quiétude familiale dans un cadre capable de leur assurer des services hôteliers typiques. Pour les enseignants désireux d’approfondir leur cours dans ce domaine, pourront disposer des nombreux espaces pédagogiques mis à leur disposition par une équipe d’animateurs locaux et  d’autres, étudiants venus apprendre  les métiers de l’écotourisme  dans un lieu tirant une grande partie de ses financements de cette activité.

La recherche écologique algérienne souffre terriblement de la présence soutenue de nos chercheurs  et de journalistes experts en écologie « sur le terrain ». L’écologie algérienne est devenue justement trop académique, une écologie de bibliothèque.  Surtout depuis la décennie noire, encore…Beaucoup de jeunes chercheurs sont des femmes, elle se retrouvent limitées dans leurs démarches scientifiques à cause de la mentalité qui persiste dans nos campagnes. Ces fermes et leurs équipes logistiques pourraient s' avérer très utiles et rassurant pour elles.  

Ces  fermes seraient de précieuses auberges pour  les héberger et mettre à la disposition de nos scientifiques tout le matériel et les conditions nécessaires à leurs recherches.  Voilà encore des créations d’emplois possibles pour les encadrer. Quels meilleurs guides et informateurs  trouveront-ils que nos paysans locaux ?  Il est possible de leur apprendre à faire des prélèvements, prendre des photos, signaler des éléments extraordinaires. Il suffit pour cela de  bien les former et  payer. 

Sans parler de métiers verts, il est possible de créer de nombreux emplois en développant un écotourisme national, en incluant la diaspora dans les cibles d’une telle nouvelle niche à développer dans tous nos douars, par la mise en valeur de nos traditions et terroirs locaux dont nos fellahs sont les principaux acteurs à intégrer.

A ce titre, bien encadrées, ces fermes d’accueil pédagogiques peuvent s’avérer de véritables maisons de l’écotourisme et du "developpement durable"  locales, permettant de mettre en place une éthique, voire une charte nationale de l’écotourisme en Algérie, incluant toutes les particularités endémiques à chacune de nos régions. Tourisme de loisir, de détente, de villégiature, sportif, scientifique, et pourquoi pas gastronomique ou artistique, les  variations, en fonction des régions et de leurs cultures, sont très variées.

Célébrer la nature algérienne. Ces fermes seront également des espaces de festivités artistiques et culturelles, le cadre idéal pour des colloques ou de simples conférences et pourquoi pas des séminaires et des festivités privées. La nature matérielle  d'un pays ,  la nature immatérielle d'un peuple, voilà l'environnement, tel qu'il devrait être abordé, à mon humble avis.

Nous en  sommes venus  à une autre base de ce que doit apporter l’écologie algérienne : la création de projets à la fois rentables pour la nature et pour les populations, donc pour la société toute entière.

Mais créer des espaces dédiés à la nature algérienne ne suffiront pas à résoudre nos problèmes environnementaux . Je ne voudrais surtout pas que certains s’égarent à me coller le cliché de l’immigré  aveuglé par  son image d’Epinal d'une Algérie rurale  « des vacances », si loin de la réalité urbaine de millions d’Algériens nés en Algérie. C'est une base, tout simplement.

J’ai visité la plupart des grandes villes urbaines algériennes, j’ai partagé pendant de longs séjours la vie d’Algériens, d’Annaba à Tlemcen, en passant par Saïda ou El Oued, à vrai dire il me reste surtout à découvrir le Désert.  J’ai pu constater, dans des classes sociales très différentes, que le respect de l’environnement n’était pas assez inculqué, voir imposé aux Algériens. Le citoyen s’il est malheureusement la cible la plus facile à condamner pour son manque de civisme dans le domaine, l’Etat, lui, semble ne pas être le plus souvent à même de jouer son rôle exemplaire ;  pis encore, les lois décidées à cet effet sont trop rarement possibles à faire appliquer dans l’environnement juridique et institutionnel  actuel.

Voici une autre base de ce que j’aimerais pour l’écologie algérienne : une légitimité constitutionnelle. La protection, la préservation de l’environnement et de la nature, la notion de droits écologiques pour  tous les être vivants en Algérie,  du respect absolu de la santé publique et des lois concernant l’environnement, ces valeurs doivent prendre à présent  une dimension de valeurs fondatrices de la société algérienne moderne. Pourquoi ? Parce qu’une constitution doit assurer à un peuple sa pérennité ainsi que sa souveraineté nationale. Privée d’un environnement sain, qui reste certes  à définir pour notre société, comment assurer tout cela sans échec ?

Un ministère de l’Ecologie et de l’environnement, incluant la gestion des forêts. En parfaite synergie avec les ministères  impliqués dans l’exploitation de nos ressources naturelles ;  il serait bon également de donner un statut moins hybride au M.A.T.E  algérien qui inclue l’aménagement du territoire, et à qui on a même, un temps, voulu « fourrer » la gestion des villes. Moins d’organismes, plus de langage commun et d’émulations entre les divers services  et la société civile sont indispensables également. Dans ces domaines, nos carences sont énormes…

Après de nombreuses années à me poser des questions, à chercher et trouver parfois quelques réponses valables, je pense que le thème de cette dernière réflexion sur les bases d’une écologie algérienne est de loin la plus importante : une crise écologique, c’est comme une crise financière, un crash boursier, c’est avant tout une crise de confiance collective.

  Au début, trop de confiance, on se dit que l’on pourra se gaver indéfiniment dans le meilleur des mondes, que, de toute façon, la science pourra toujours pallier à nos égarements gargantuesques. Il  y a aussi, comme chez nous, la crise de confiance entre une nation et sa population. Plus grand monde ne croit en l’autre. L’Etat ne fait pas assez confiance à la société civile, qui elle, ne veut plus collaborer dans rien qui concerne l’intérêt publique, tant  les citoyens lambda  estiment que leurs intérêts privés ont été largement bafoués par leur dirigeants.  Or, si, ni les dirigeants, ni les dirigés ne se font plus  confiance, comment pourront-ils travailler ensembles efficacement. Plus de confiance,  c'est également moins de vision à long terme, donc d'avantage d'égoïsme,  d'égologie, comme dirait le Pr Chitour, une des voix officielles de l'écologie algerienne renaissante. 

Pour ce que j’ai vu, le manque de communication n’est pas à incomber qu’aux autorités de ce pays. Beaucoup de citoyens ne savent pas communiquer avec elles où, ne prennent pas la peine de pousser loin leur réflexion avant de faire des propositions concernant leur environnement. Trop peu d’experts environnementaux  sont à la disposition de la société civile pour les aider dans ce sens. Nos associations écologiques  doivent être  mieux formées, parfois même professionnalisées quand leurs actions sont d’utilité publique avérées. Les élus locaux et nationaux,  tous les membres actifs des partis politiques , tout ce beau monde manque cruellement  également d’une formation solide en la matière. Ainsi,  en ce qui concernr l’écologie, personne ne parle le même langage en Algérie,  ne comprend de la même manière les problèmes. De graves dégradations deviennent des "détails", pour peu qu’ils ne perturbent pas de formidables bénéfices matériels réalisés ; des dommages collatéraux ?  Circulez, il n’y a rien à voir ! »

Du coup, le citoyen se venge sur la voie publique, ne respecte plus son environnement parce qu'il le considère, presque en éxagérant,  comme une simple  prison à ciel ouvert. Seule la sphère intime compte parce que l'on a le sentiment d'en être propriétaire...Voilà l'erreur et le dommageable lieu commun à étioler dans l'esprit de la société civile  algérienne. La rue, les moindres recoins  de ce pays leur appartiennent collectivement...Ils en sont donc tous ensemble responables aux même titre que de  leurs domiciles.

Dans les villes aussi, le citoyen doit  aussi renouer avec la convivialité, l'envie de bien vivre ensemble. Sinon, pourquoi ferait-il l'effort du civisme si son quotidien n'a rien à lui proposer pour aller dans ce sens?

L'ecologie peut être un radical commun, source d'une vraie réconciliation nationale autour d'une noble cause: redonner de sa superbe à notre pays qui croule sous les déchets. Garantir un futur serein aux générations présentes et futurs, rendre hommage à nos ancêtres.   

Ecologie algérienne ne veut pas dire nationaliste. Mais plutôt patriotique. Il faut s’inspirer de ce qui a été déjà fait à travers le monde. Mais il ne faut pas copier, s’identifier, à ce qui ne pourra pas toujours nous correspondre ou n'a pas fait ses preuves dans un pays similaire au nôtre.  

Il faut la (ré)inventer...

Je dis bien "nous", parce que, même en tant que citoyen français d'origine et de nationalité algérienne , je ne me retrouve pas toujours dans l’Ecologie, trop politisée, à mon sens, des écologistes européens. Pour moi, l’écologie est une science avant tout, à la rigueur une philosophie, mais de là  à focaliser ses concepts   autour d'un organe  politique, cela risque, à long terme, de l’enfermer dans un ghetto, comme celui qui se creuse progressivement pour les « écolos » européens. La France, mon pays de naissance, semble malheureusement un cas d’école en la matière.Pourquoi ne pas profiter des urnes pour faire pression sur tous les partis algériens ?

Un réseau d’électeurs, un lobby des amoureux de la nature algérienne, un pôle national de bonnes volontés? Une écologie politique, mais pas politisée?  Pourquoi pas….Mais avant de voir les choses en grand, que chacun fasse sa part localement ...Pas plus que des gestes quotidiens, un état d'esprit à réapprendre, un Amour à transmettre...

 

Il faudrait consacrer un ouvrage tout entier au sujet… Je me suis permis, modestement,  de vous faire part de quelques unes de mes réflexions à ce propos. Elles sont avant tout à prendre comme l’écho d’une voix  trop silencieuse dans notre pays : celle des amoureux de la nature algérienne, qu’ils soient experts en la matière, ou, comme moi, juste passionnés. Pourtant, cet amour est un radical entre tous ceux et celles qui ont l'Algérie en commun. Voici quelques bases, mais ce ne sont pas les seules, j'en conviens avec la plus grande lucidité à ce propos.

J’ai décidé un jour de mettre  à contribution ma  modeste plume et mon appareil photo pour appuyer leurs témoignages, car écrire  est  la seule  la compétence   vraiment crédible que  je puisse  mettre à leur disposition.

Pour en revenir à cette histoire de diplômes, j’aimerais finir par une anecdote : en 1988, un immigré algérien s’est présenté  auprès des universitaires de la faculté de Bab Ezzouar pour parler de son expérience dans l’agro écologie. A l’époque, il avait été boudé  par la grande majorité de nos chercheurs,  parce que ses thèses n’avaient pas la légitimité d’une formation universitaire… Cet homme, c’est Pierre Rabhi,  qui a  influencé tant de gens à travers le monde, qui est reconnu comme un expert de l’ONU dans ce domaine…

La comparaison doit certes s’arrêter là car cet illustre Monsieur est un homme de terrain qui a pris la plume et moi, je ne suis qu’un enfant de la plume qui  s'est aventuré sur  les chemins du terrain... Pour témoigner…  

 

 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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