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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

Rencontre avec Pierre Rabhi et le collectif algérien Torba, le 23 décembre 2014: « De Terre et d’Esprit… »

 Pierre Rabhi nous reçoit chez lui, à Montchamps

Mercredi dernier, je me suis rendu en Ardèche pour rencontrer, en compagnie de quelques  membres du collectif Torba, Pierre Rabhi, un «  grand  petit homme »-Little big man-, qui fait beaucoup parler de lui en France ;  autant pour ses paroles que ses actes en matière d’agro écologie, qu’au regard de son militantisme philosophique pour une «insurrection collective des consciences », une doxa qu’il n’a de cesse de prôner à chacune  de ses interventions publiques, et qu’il prononcera dès les premières minutes de notre entretien...

Le rayonnement de celui qui allait nous faire l’honneur d’une tasse de thé, autour de sa table, dépasse d’ailleurs largement les frontières de l’Hexagone, sa terre d’accueil et d’adoption. L’Afrique, du Sud au Nord, semble être l’environnement privilégié du paradigme que ce vieux sage au regard de petit prince de St Exupéry s’applique à atteindre.  « Plantes un arbre,  même si c’est le jour de la fin du Monde », ma grand-tante Nouara, elle aussi  un peu philosophe à sa façon, aime toujours  me rappeler cette toute infime partie du Message qui devrait  pourtant en dire si long  à  cette Algérie si prompte à la déforestation abusive de son térritoire. J’ai pensé à cela en rencontrant ce grand rêveur éveillé, qui fuit autant l’état d’être optimiste que celui  de céder à la fatalité ; il agit, au sens purement Aristotélicien  du terme, c’est-à-dire avec l'esprit méditérranéen; au détail près que M. Rabhi, si attentif à l’éducation des enfants, n’aurait sûrement pas engendré un Alexandre conquérant , ni même accepté l’esclavage comme une  pratique naturelle…

« Je suis avant tout un Sahraoui » nous répètera-t-il, tout au long de cet entretien, comme pour nous rappeler qu’il appartient corps et âme au désert. Pour lui, cela semble devoir  transcender toute forme d’identité, qu’elle soit nationale ou bien même d’origine. Pierre Rabhi se considère enfant de la Terre mère,  il est  un des pères  fondateur d’une cause planétaire ;   tanpis  s’il se languit, conscient selon ses propres dires, de ne jamais trouver cure à son chagrin  de n’avoir  jamais vraiment connues ni sa mère et si peu  sa terre natale. « Si j’avais pu choisir, je serais resté dans mon petit douar du Sud-Ouest algérien… »  Sans renier son destin, ni regretter ses trajectoires de vies, un regard bouleversant tant il incarne l’infime nuance qui réside entre la nostalgie et la résignation.

 A l’entendre parler froidement des choses, au sens philosophique de la froideur, c’est-à-dire au service d’un réalisme dénudé du voile des passions, on pourrait parfois  presque oublier tout l’amour qu’il distille dans ses mots caressant le grain d’une feuille de papier. Quand il nous dessine les contours d’un environnement capable un jour, qui sait, d’inspirer des jours meilleurs pour l’ensemble de la biosphère terrestre; où l’humanité et la nature ne seraient plus antagonistes, mais évolueraient de concert . A force de sentir la force de sa conviction, de l’écouter parfois même  faire du « Pierre Rabhi », comme pour masquer ses émotions,  on pourrait être  presque un peu déçu par autant de distance entre lui et la nature de nos sociétés modernes, une méfiance viscérale, un mépris absolu pour ce qui n’est pas  « intelligence », au sens spirituel qu’il nous donnera de ce mot ; pour Pierre Rabhi, de ce que nous avons pu apprendre, l’intelligence sans  Esprit , ne peut être que malice ou aliénation, une bêtise sans inspiration métaphysique…


Lui, évoquera le mot de Dieu, mais laissera la porte ouverte aux autres postulats. Ce qui compte, apparemment pour cet utopiste réaliste, c’est le concret; matérialiser l’immatériel, insuffler l’esprit d’une idée et la diffuser partout   sur la Terre ferme.  En cela, fils du désert, comme tous les prêcheurs inspirés par la vie des vrais  prophètes qui ont rayonnés dans les croyances et les cultures du  monde entier, Pierre Rabhi affiche quelque chose de surhumain, plus qu’inhumain ; la volonté de dépasser une  nature humaine contemporaine …

Mais  il y a ce regard qui ne ment jamais, ni à lui-même, ni à ceux qui s’intéressent vraiment à ce que toute la particularité de Pierre Rabhi peut incarner à elle seule. Au-delà de toute considération ethnique, culturelle  et même nationale. Un homme qui a refusé l’esclavage moderne, sans jamais aspirer à  vraiment être un marginal ; un esprit qui sème, qui récolte la verdure et l’espoir dans les plus arides déserts d’Afrique ; non par magie, ni par miracle scientifique, juste en appliquant une méthode vieille comme le monde : « koul ou welkel », manges et nourris à ton tour, comme on dit chez nous…

Et puis,  on remarque toute suite, aussi, celui de Michelle, son épouse, qui a tout risqué avec lui, au début, afin de vivre en accord avec ses idées et celles de son mari; des yeux rayonnants d'intelligence et de curiosité; une classe folle qui se passe de tout accessoire ou artifice. Voilà sûremment un des secrets de Pierre Rabhi pour être heureux avec pas grand chose. Au côté d'une telle Dame, cela doit être beaucoup plus facile, j'en suis persuadé!

L'agro écologie prône la coopération et non l'antagonisme entre l'Humanité et son environnement. Elle nourrit les vers de terres, soigne et entretien les sols, fait de la mort une source de vie. C'est une méthode que M. Rabhi défend comme une solution durable pour nourrir la planète des humains, tout  en respectant la Terre, berceau de toute une biosphère qui n'est jamais vraiment inerte, comme le reste de la vie  à travers tout  l'univers. Karim Rahal, porté par le collectif Torba, est très sensible à ce discours et s'est déjà attelé à en poser les premières pierres en Algérie, à travers de nombreuses actions très concrètes et éco citoyennnes.

Karim Rahal est un des pionniers de l'agro écologie en Algérie...

L’honneur de cet  entretien en petit comité  à Montchamps, le charmant petit refuge ardéchois du couple Rabhi, je le dois surtout  à quelques modestes coups de main  donnés à un ami reconnaissant,  qui a largement contribué à la création de ce collectif algérien très prometteur ; engagé pour la cause de l’agro écologie en Algérie, mais aussi de la revalorisation de nos cultures locales, au sens agricole et artisanal du terme. Karim Rahal et moi nous rencontrons inlassablement, quel que soit nos divergences sur la forme, autour d’une même idée fondamentale : la nature algérienne et la nature en Algérie sont les deux faces polaires  d’une même unité, une nature à la fois humaine et environnementale.

C’est d’abord à la légitimité des actes et des impulsions données par Torba à la société civile algéroise, avec le noble dessein d’élargir leur champ d’activité à l’échelle nationale et internationale, que je dois ma présence parmi d’autres Algériens réunis autour de la volonté d’impliquer Pierre Rabhi dans cette noble entreprise pour l’Algérie, la terre où il a vu le jour et, il me semble, se languit de ne pas  retourner plus souvent. Une des plus belle aventure de Torba est la récente création de deux AMAP, ou fermes coopératives dans la région de l’Algérois, afin de proposer des produits naturels et locaux à une communauté de consommateurs en relation directe avec un agriculteur. C’est, l’air de rien, une véritable petite révolution dans une Algérie bientôt totalement conquise à la pétrochimie agricole et la « mort dans les assiettes » comme le rappellera « Pierre ».

 « Koul 3outla fiha khayr », à chaque contretemps il y a du bon ; du moins  pour celui ou celle qui croit en la providence et le bienfait naturel des choses. Nous sommes là pour le lui rappeler et Torba est une preuve concrète de la légitimité de l’agro écologie, au sens d’une agriculture naturellement bienfaisante et productive, pour l’Algérie qui se cherche encore une agriculture moderne. Des Algériens, chacune et chacun à leur façons,   unis autour de la volonté de sortir la société algérienne de sa torpeur post-traumatique, après  la décennie noire.

 

Lionel raconte sa première expérience en Algérie...Lionel est métisse franco-algérien. C’est un homme d’action,  un corps taillé  dans la pierre des spartes au service d’une méthode spirituelle qui m’a beaucoup fait penser à celles des sages d’Athéniens ou des penseurs soufis algériens. Un  Marseillais universel plus que marsilien, qui a récemment prit le parti de  s’initier à la part algérienne de sa nature. Une quête, un chevalier, une Algérie qu’il découvre avec les yeux de sa bi culture  qu’il cultive sans antagonisme mais aussi ambiguïté, d’ailleurs. Il  a choisi de s’appeler « Malik » quand il se rend  dans cette autre chez lui, en petite Kabylie.

Houari et Karim écoutent attentivement Pierre...

Houari est un homme calme, sobre dans ces propos, mais  qui, me semble-t-il,  va  toujours au bout de ce qu’ils veulent dire quand ils s’incarnent dans la réalité de nos quotidiens. C’est un bâtisseur, un fermier, un bricoleur hors pair qui n’a pas oublié de se construire une tête bien pleine d’idées et de valeurs. Il est co-gérant  d’un projet, « Les Amanins » qui est une expérience à la fois agronomique, écologique et sociale. Comme moi, il est  né en France ;  mais cela ne l’a ni empêché d’être attaché profondément à son pays d’origine, ni de s’intégrer parfaitement dans son environnement français dont  il est un acteur social et culturel très investi. Il combine la mesure du gentleman Farmer au goût de l’aventure des hommes libres de sa région d’origine, la légendaire Tiaret, qui enfanta le héros des steppes,  Bouaa’mama.

Le thé de l'amitié adoucit les égos...

Ouira est fille d’Arzew,  une  algérienne de la tête au pied qui a cependant trouvé son bonheur en France et au bras d’un Français. Pour moi, et sans aucune démagogie, elle incarne tout ce qu’il y a d’admirable dans la femme Algérienne, Maghrébine je dirais même, méditerranéenne, si j’osais. Ouria est une Algérienne moderne, qui n’a pas oublié le passé de ses origines ; elle est donc par essence, il me semble, une femme capable de s’intégrer  partout où elle peut rester algérienne. Mère, elle veilla à agrémenter notre visite dans l’univers de Pierre Rabhi, de ses douceurs ; soupe de lentille bio et gâteaux orientaux ; grande sœur, elle fut tolérante et patiente quand elle dû m’attendre après plus d’une heure de retard,  à cause d’une erreur de « navigation » de ma part ainsi que de mon ami chauffeur pour l’occasion, Tristan que je remercie au passage. Algérienne, comme nous tous réunis à la table de Pierre Rabhi, avec un message que j’ai beaucoup apprécié : « Venez en Algérie juste en tant qu’être humain né en Algérie, et  pas seulement  Pierre Rabhi de « Terre et Humanisme », foulez le sol qui vous a porté, rien qu’une nouvelle fois, pour vous ressourcer ; avant tout pour vous…Et forcement cela sera bon pour nous, les Algériens du monde entier… »


Nous étions tous d’accord sur la nécessité de profiter de l’expérience de Pierre Rabhi en matière d’agro écologie, jamais il n’a été hostile à cette idée, mais  nous avons tous eut l’impression, mon ami Tristan, également qui fut un témoin « neutre » de cette rencontre, que cela ne se ferait ni tout de suite, ni n’importe comment… « Il nous faut une stratégie et un ancrage dans le concret », ce fut la conclusion de notre entretien… 

En attendant, je sais que tous ceux et celle qui étaient attablés en compagnie de M. Rabhi, mais aussi tous les autres Algériens qu’ils représentaient, ne vont pas attendre sa venue pour faire avancer les choses. « Torba » et tant d’autres initiatives se développent en Algérie ; le mouvement est lancé, il est  national et extranational du fait de l’immigration algérienne ; certes, il est encore un peu dispersé, mais tout le monde, dans la sphère de l’écologie algérienne commence à se connaitre et à collaborer…

Torba rencontre Pierre Rabhi, chez lui

    Ouria, Houari, Karim, Pierre et  Michelle son épouse, Lionel et moi-même...(droite à gauche)

 

Photos de Karim Tedjani, sauf cette dernière prise par Tristan Maurel

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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um-zakaria 26/03/2016 09:19

Vous faites eloge de ce pauvre homme "Pierre" Rabhi qui a perdu toute lumiere de son visage, et ne mentionnez meme pas qui a dit la parole a propos de la plantation (meme si c'est le jour de jugement) ? C'est un hadith rapporte par le dernier des prophetes et messagers qu'Allah le tres Haut nous a envoye: Mohamed que le salut et le paix soient sur lui!

Karim Tedjani 28/03/2016 00:47

Je suis loin de faire son éloge...et je n'ai que faire de vos jugements pseudo religieux...Qui êtes vous pour me fare la morale? Pour moi, la meilleure leçon et message de notre Prophète, A3lih ou salam, c'est la tolérance....