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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

Parc naturel de Tikjda-« Entre mobilisation civile et drame écologique » (3/3) Par Karim Tedjani

Un nid plus que suspect...

                     Quand la chenille du  processionnaire  du pin prolifère dangeureusement ...

 

Après la cérémonie d’inauguration de l’association Tazemurt, nous décidons de nous retrouver, avec le reste de l’équipe pour une excursion dans le col  de Thiroudha , qui culmine à plus de 1700m d'altitude.

Les paysages sont somptueux, l’air vivifiant et la neige est au rendez-vous. Nous passons un agréable moment. Nous parlons beaucoup des projets d’écotourisme prévu par l’association et, au regard des formidables atouts naturels de cette région, il est clair qu’il est vraiment possible de développer ici des séjours très attractifs. Pour Ouchene Samir, le président de cette jeune ONG, il n’y a, à vrai dire, pas beaucoup d’autres développements économiques possibles dans cette région très montagneuse.

J’ai pu également constater à quel point le travail engagé par les habitants de Takerboust pour rénover pas moins de 14 sources a dû être harassant.

_ Nous nous sommes relayés pendant de longues semaines. Ceux qui n’ont pas eux le temps de travailler, participèrent aux frais logistiques, comme le repas des volontaires. A chaque fin de journée, dans le pur esprit de la Tiwiza, tout le monde se retrouvait autour d’un bon festin…

Mais, au fur et à mesure que je me promenais à travers ces paysages somptueux, mon œil quelque peu averti, me révéla de bien triste indices d’une dégradation avancée de la forêt de pin qui s’étalait le long des flancs des montagnes de cette partie du parc naturel de Tikjda.

En effet, tout, d’abord, j’ai pu diagnostiquer tous les symptômes d’un surpâturage avancé causé par une population ovine très importante. Puis, les cicatrices d’incendies qui ont été fort meurtriers pour les arbres de ce site montagneux.

Mais, ce qui m’a frappé le plus, ce fût la prolifération très préoccupante de nids entoilés qui n’avait épargné aucun arbre. De retour à Alger, mon ami Nabil, président de l’association écologique « Explorer », m’expliqua la raison d’un tel phénomène intrigant… Déjà, dans ce qui reste de la forêt de pins maritime de Guerbes, victimes de nombreux incendies et déforestations criminelles, j’avais remarqué la présence de ce genre de nid... Mon cousin Mohamed, un berger, éventra devant moi ce genre de nid, et j’y trouvai des dizaines de chenilles qui se lovaient dans de grands cocons …

De retour à Alger, c’est mon ami Nabil, écologue et président de la très dynamique association « Explorer » qui m’expliqua plus en détail de quoi il s’agissait…

_ Ce sont des chenilles processionnaires du pin , les mêmes qui ont eu raison jadis du barrage vert… Avec la déforestation et le réchauffement des micros climats forestiers, la période de reproduction de ces insectes très nuisibles, s’est sérieusement allongé. D’où leur colonisation de la plupart de nos forêts de pins. De plus, suite au incendies et à de nombreux abattages illicites, le bois mort se met a pulluler et se dégrader, ce qui offre les conditions idéales de leur développement. Ainsi, non seulement elles prolifèrent plus vite, mais s’avèrent encore plus voraces. Après leur passage, les pins finissent totalement dénués de leurs aiguilles, et se meurent parfois, même...

Quand on sait qu'en 2011,  suite à térrible incendie, la majeure partie de la forêt de cèdres et de pins de Tikjda  est partie littéralement en fumée en l'espace de quelques minutes...

Voici donc un phénomène que l’on doit avant tout incomber à une très mauvaise gestion de nos forêts, mais qui dépend aussi de nombreux facteurs qui dépassent de loin le seul cadre de l'écologie...

Qui est responsable de cette mauvaise gestion ? La DGF, en tant qu’organisme chargé de leur entretien? On peut se poser la question.

D’autant, que, partout où j’ai pu me rendre en Algérie, j’ai pu récolter de nombreux témoignages de locaux, m’assurant que  certains agents forestiers, à travers tout le territoire,  sont devenus les meilleurs complices des pires trafics mortifères pour nos forêts !

Mais la  Direction générale des forêts dépend directement du Ministère de L’Agriculture, ce qui est une terrible aberration quand on sait à quel point ce secteur est le plus générateur de déforestation… Cela ne falicite pas les choses pour cet organisme!

Pire encore, beaucoup des terres agricoles ainsi arrachées à nos forêts, font à présent l’objet de spéculations immobilières ! Il est possible de s’interroger sur le laxisme de notre état quant à la protection de notre patrimoine forestier… Une affaire rentable pour certains, un désastre pour la plupart d'entre nous!

Oui, c’est à se demander, parfois, si notre pays n’est pas en train de mener une « guerre secrète » contre ces arbres qui sont pourtant les meilleurs remparts contre la diminution des précipitations ainsi que contre le réchauffement climatique. Dois-je vous rappeler que notre pays figure parmi les nations les plus menacées au monde par l’avancée du désert ?

Bien entendu, il ne faut pas tout voir en noir, voici l'avis d'une  cadre de la DGF, Wissam Toubal :

"Il est vrai que les chenilles processionnaires de pin ainsi que d'autres défoliateurs ravageurs comme "Lymantria dispar", provoquent des maladies et des mortalités d'arbres dans nos forêts, ce  qui n'est pas sans danger...

Mais pour sa part, et même si c'est pas suffisant vu le nombre d’hectares touchés, l'administration des forêts tend à lutter contre les maladies parasitaires à travers la mise en place d'un réseau de veille et l'alerte, englobant les wilayas gravement touchées telles que Oel Bouaghi, Djelfa SBA, Batna, Setif etc.

Je tiens à te rassurer que toutes les wilayas sont prises en charge à travers deux procédés ( le traitement mécanique ainsi que le traitement biologique aérien ). Rien qu'en 2012, pas moins de 25 000 ha ont été réhabilités et traités.... Une superficie moyenne de 100 000 ha infesté à l’échelle nationale, c'est vrai, l'objectif est loin d'être atteint, mais il y a des degrés de gravités, des études menées pour évaluer la gravité qui devrait être plus ou moins nuancée dans certains cas (ou c'est naturel, cyclique et disparate).

Un matériel va être prochainement acquis pour l'éradication mécanique. Il s'agit de gants, lunettes de protection et sectateurs, mais aussi des pièges à phéromones et des capsules pour la lutte par le piégeage massif des adultes de la processionnaire de pin. Je rappelle que la méthodologie de section et incinération de nid se fait conjointement avec l'institut de recherche forestière, pour respecter le protocole délicat  de l'échenillage..."

Mais les lourdeures administratives, la corruption et le laxisme ne vont-ils pas avoir raison de toutes ces bonnes résolutions? Affaire à suivre...

Un autre internaute, Salah Attia, lui,  a une  tout autre vision du problème:

"Il y a des espèces d'insectes qui ont la capacité de s'adapter à différents types de climats (espèces élastiques ou eurytopes). Ce qui leur permet d'élargir leur aire: Elles deviennent cosmopolites. Dans le cas d'insectes forestiers: Lymantria dispar un phytophage qui vit sur les chênes et certains feuillus, cette espèce est originaire de la Corée et du Japon, elle a envahit en 2 à 3 siècles le Caucase, l'Europe et le pourtour méditerranéen. A la fin du 17 siècle on la retrouve aux USA et vers la fin des années 60 elle arrive au Canada. C'est un déplacement en latitude. Platypus cylindrus, insecte xylophage du chêne liège très répandu à travers la péninsule ibérique (Portugal, Espagne) a entamé au début des années 80 un déplacement vers le sud, en 2008 l'espèce arrive à El Kalla où plusieurs hectares ont été infestés (observations personnelles). Pour la processionnaire du Pin, l'insecte se déplace du sud vers le nord, en 2009 il était signalé aux environs de Bonn en Allemagne.

Je n'aime pas le terme de "ravageur" pour désigner certaines espèces d'insectes. Pour moi le plus grand ravageur c'est l'homme (avec un h minuscule), c'est cette espèce qui constitue la principale sinon l'unique créature qui ne cesse de créer le chaos de la vie sur terre (la situation de nos forêts le montre: une véritable déforestation systématique; à Ouled Habeba (sud-est de Skikda des milliers d'hectares de chêne liège et chêne zen ont été coupé durant la décennie noire), Sapin de Numidie (Abies numidica), Cèdre de l'Atlas (Cedrus atlantica) et surtout les Pins). Les insectes forestiers sont des consommateurs secondaires, ils n'arrivent jamais à faire disparaître leur hôtes (arbres ou autres plantes quelque soit leur appétit). Les "dégâts" sont toujours sans danger pour la survie de l'arbre, qui récupère en quelques mois ce qu'il a perdu pendant la période d'activité alimentaire de l'insecte).

Ni les pays du sud, ni ceux du nord n'arriveront à stopper un insecte en pleine invasion ou quand il élargit son aire. Presque toutes les espèces au début de leur apparition, étaient endémiques, très localisées, avec le temps (temps géologique, dérive des continents) plusieurs ont réussi coloniser de nouvelles aires géographiques. La Processionnaire du Pin est en pleine période de déplacement vers le nord..."    

Le sujet n'est donc pas simple à appréhender...

Mon séjour à Tikjda s’achève sur ce triste constat, bien que je ne peux que féliciter la mobilisation des habitants de Takerboust pour se prendre en main et veiller à la protection de la nature qui les entoure…

 

Voir quelques photos

Parc National de Tikjda-« Entre mobilisation civile et drame écologique » (1/3) Par Karim Tedjani

Parc National de Tikjda-« Entre mobilisation civile et drame écologique » (2/3) Par Karim Tedjani

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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