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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

"Un séjour à travers la grande « petite » Kabylie…" Par Karim Tedjani (Reportage) 1/4

        Préambule...


Quand les enfants de la mer rencontrent ceux de la montagne, ils sément l'avenir.

     Quatres communes Kabyles furent représentées lors de la journée de plantation qui s'est déroulée dans l'école        primaire du village de Tifernine  le 22 mars 2014 (Naciria, Ait Smail, Tichy, Tifernine). 

 

 

 

 

Bejaïa est, à mon humble avis de « bled-trotter », une des plus belles  et accueillante wilaya du Tell algérien, mais aussi, malheureusement  à bien des égards,   elle  s’avère aussi   être parmi plus menacée par les  mauvais impacts environnementaux  qu’il faut incomber  sans la moindre réserve au développement économique  algérien  peu soutenable pour l’écosystème  global  notre territoire.

Il y a de cela à peu près deux ans,  lors de mon précédent séjour dans cette wilaya, aux vocations à la fois touristique, industrielle et agricole, j’avais été   plus particulièrement sensibilisé par les membres de l’association Takkucht sur les régulières dégradations qu’endure la forêt de cèdres d’atlas de Takkoutch. Cette forêt est   située à la proche périphérie de la commune d’Aït Smaïl où j’ai séjourné  chez mon ami Karim Abdoune qui  préside à présent cette ONG locale.  Quelques mémorables journées passées à randonner à travers les flancs boisés de ce mont qui abrite, avec Batna, une des rares forêts de cette essence rare et endémique au Maghreb. De même, je me suis baladé, dans les campagnes environnantes et, j’avais été également frappé par les  immenses ravages causés par de récurrents glissements de terrain qui ne peuvent être que liés à la fragilisation des espaces forestiers par l’activité de l’Homme  alors qu’ils sont  largement garants du maintien des sols en pentes.

Récemment, Kherrata, fut le sinistre  spectacle d’une bien attristante vidéo  partagée sur de nombreux réseaux sociaux où l’on peut voir des camions- bennes  gorgés de  poubelles directement déversées dans ses gorges pourtant à la beauté naturelle si enivrante pour quiquonque aime la nature.  Un tel crime écologique n’a pu être commis sans le consentement des autorités locales ou bien c'est que les audit environnentaux ne sont pas assez efficients ou sincères. 

Je n'oserais parler encore du triste sort des singes magots  dénaturés  au contact de l'Homme et de  leur  piêtre santé à trop nous cötoyer, à  manger notre  sale bouffe "nationale", celle du vite fait mal fait , un "pas cher"  saturé de graisse, de sel, de sucre et de produits chimiques en tous genres...

Bejaïa est une des plus belles wilayas d’Algérie, je le redis avec plaisir.

Mais c’est également une région en grand danger d'un point de vue écologique. C'est une wilaya qui a perdu beaucoup de sa superbe forestière et maritime, qui semble s'effondrer à mesure que d'impressionnants glissements de terrains la ronge, croûler sous des oueds de bouteilles de bières jonchant le sol, des millions de détritus gâchant le paysage, je l'affirme avec la triste conviction. J'ai heureusement été rassuré par un fait indéniable: les gens de cette wilayas ont une nature positive, un sens de la responsabilité, un respect du client, de la prestation qui peuvent faire changer les choses. Ils aiment leur Kabylie aux paysages quasi préhistoriques,  

La semaine dernière je fus de nouveau convié à Aït Smaïl, toujours par mon ami Karim, mais  cette fois-ci pour participer le 20 et le 21 mars aux célébrations consécutives de la journée mondiale de l’arbre ainsi que celle de l’eau et l’énergie. J’en ai également profité pour me rendre à Tichy  pour rencontrer les membres de l’association  « Tichy la Verte » présidée par le rayonnant Sofiane El Khaldi. Par la même occasion, j’ai fais un saut à Bougie, le temps d’une longue après-midi en compagnie de mon ami « facebookien »  Fawzi, plus connu sous l’avatar web « Fawmen Kamizole ».

A chaque fois, lors de modestes conférences,  j’ai eu l’occasion de partager  avec  mon auditoire mes convictions, mes doutes, ainsi que mes espoirs quant à un avenir écologique plus radieux pour les générations à venir dans  notre magnifique pays menacée  par toutes les pollutions. J'ai surtout voulu introduire,  par une mise en corrélation la notion de souveraineté nationale  et celle de  la maîtrise environnementale, la néscessité d'une charte nationale l'environnement en Algérie. Comme prélude à ce pacte entre toute la société algérienne, j'ai proposé la rédaction d'une déclaration des droits et devoirs de l'environnement en Algérie. Les débats qui s’en suivirent furent d’une grande maturité et j’ai beaucoup appris  grâce  aux questionnements ainsi que les remarques de mes interlocuteurs. J'ai pu m'entretenir avec des gens de toutes les classes sociales, me rendre dans les APC, rencontrer des gens au hasard, parler de longues minutes avec eux , boulversant quelque peu le timing  de mes visites planifiées par mes hôtes. 

Ainsi, j’ai pu  m’imprégner, le temps d’un court séjour, de ces  trois « petites »  Kabylies à la fois typiques et tryptiques, bien distinctes l’une de l’autres. Toujours, elles me sont apparues  grandes dans le cœur et l’esprit  de ses habitants, chaleureuses au regard de l’accueil ainsi que de la curiosité  de l'autre  affichée par la plupart de  ses habitants. 

L’une,  celle des Aït Smaïl, résolument  plus montagnarde,  plus profonde… Une modeste commune lovée au pied des plus magnifiques monts de la chaîne des Babors. Une région certes quelque peu enclavée, mais qui ne s’est pas pour autant interdit de prendre en marche le train d’une conscience écologique algérienne renaissante sous l’impulsion, notamment, de l’association A.S.E.T (Takkucht), mais aussi grâce  à la persistance  dans ce village de la culture  ancestrale kabyle qui regorge de prescriptions quotidiennes  au respect de l’environnement. Cette Kabylie, je l'ai retrouvé d'ailleurs dans un état encore plus brut, quand je me suis rendu, quelques jours après, dans la commune de Tifernine, dans la daïra de Tichy. J'ai été très touché par l'isolement de ces enfants de son école primaire. Non qu'ils soient mal encadrés, mais plutôt ne serait-ce parce qu'il ne parlaient une langue qui n'est pas assez répendue à travers le pays et le monde pour être exclusive. Les jeunes de Aït Smaïl furent exemplaires à tous les niveaux, toujours joyeux et souriants, mais également sérieux et volontaires...

Je ne suis pas du tout pour une seule arabisation de notre culture, et encore moins pour une francophonie  qui tend à devenir de plus en plus élististe, loin du peuple. Pour moi, la nature de l'Algérien , c'est de parler toutes les langues qui peuvent lui être utiles, comme ces corsaires qui inventèrent une langue universelle pour rester libres d'esprit. J'aimerais  comprendre le Tamizigh aussi bien que le Derja , maitriser l'arabe classique aussi bien que le français. Je me suis senti un peu gêné  de ne pas pouvoir parler avec ses enfants de mon pays parce qu'ils ne parlaient pas la langue la plus parlée en Algérie, autant qu'on avait négligé de m'enseigner cette langue qui a sût gardé une belle partie de la nature algérienne imperméable à nitrate culturel. Qui est  fautif? Sûremment pas eux...

Mais je dirais qu'ils me parurent un peu moins éveillés que ceux qui nous accompagnèrent, des pré ados issus pour la plupart de milieux favorisés. De parfaits bilingues en Tamazigh et Français à qui je me suis fait un devoir de rappeller que le Français fut aussi rude envahisseur que l'Arabe, et que pour cela, il fallait parler  également cette langue comme un  autre butin de guerre. 

_"Allez dire à un Français qu'il est Italien parce qu'il fût jadis gallo-romain... Même si mes lointains  ancêtres  viennent  du Yémen pour mon père et du Maroc pour ma mère, suis  avant tout un Algérien;  comme vous, pas un Arabe..."Je refuse cette appélation, encore plus  dans la bouche de mes cousins Kabyles... J'appartiens moi aussi à une tribu, une Kabila. Je suis de l'Est, du nord au sud de ce pays. Mais je me sens autant chez moi dans toutes les wilayas de mon pays d'origine. Encore plus chez moi que dans mon Paris natal, même si je considère comme mienne cette ville cosmopolite...  C'est seulement que  j'aspire comme tout Maghrébin qui se respecte à rester  un Homme Libre sur sa Terre Matrice...

Tichy, quand à elle,  est plutôt balnéaire et donc  plus ouverte sur le reste du pays et du monde. C’est une daïra  en bord de mer qui dispose de toutes les infrastructures nécessaires à l’accueil touristique et  dont les habitants sont largement  plus accoutumés à la présence « d’étrangers ». Le public, ainsi que les membres de l’association qui défend haut et fort  les couleurs de la  nature  m’ont paru plus perméables aux  valeurs d’une l’écologie universelle.  Mais cela, naturellement, tout en restant profondément ancrés  dans  les particularités de la culture amazighe algérienne. Les gens sont souriants, affables et beaucoup de ceux que j'ai pu côtoyer fort cultivés ou soucieux de le devenir. Ce fut aussi un régal culinnaire, dans le restaurant dont le frère de Sofiane est le gérant... Rarement je n'ai mangé aussi bien et été accueillis en Algérie. La plupart des commerçants sont d'ailleurs très agréables avec les touristes et l'Hôtel où j'ai residé offrait de "bonnes " (selon les critères algériens en vigueur)  prestations pour un prix assez modique comparé aux hôtels où j'ai pu séjourner ailleurs. Beaucoup d'émotions également, de discussions à coeur ouvert avec les membres de l'association "Tichy la Verte" , avec mon nouvel ami Rebah, un merlin aux airs de campagnards, un esprit fin dans un corps de bucheron, l'archétype du Kabyle dans toute sa belle splendeur... Il y eu aussi la rencontre avec Chirkh Nordine, le directeur du C.S.P de Tichy, un homme qui rayonne la bonté et la modestie, avec nous avons beaucoup parlé ..de Musique...  

Enfin, pour finir, Bougie m’est apparue comme  une ville très dynamique ;  un carrefour économique incontournable, doté  d’un port parmi les plus performants du pays, d’un aéroport ainsi que d’une industrie agro alimentaire  d’une grande importance et ce, autant à l’échelle nationale qu’internationale. Une citée à la fois inscrite dans la modernité, mais aussi   qui rayonne d’une âme architecturale  qui n’a pas fait table rase son histoire passée. C’est «  La »  ville touristique algérienne  par définition ; sûre, hormis la saison estivale, un pôle à la fois économique mais aussi culturel  très dynamique, à l’image de sa « Ligue  Scientifique »    dont j’ai eu l’immense honneur de visiter les locaux et de m’entretenir avec son président ainsi que son secrétaire général. Fawzi et tous les amis qu'il m'a présenté sont des gens d'esprit, à la fois rêveurs et pragmatiques. J'ai découvert le vieux Bougie à la lueure de ses néons, comme on rencontre une belle dame qui ne se dévoilera jamais dès le premier rendez-vous...J'ai envie d'y revenir en plein jour ,  du coup...

Une des plus value, pour moi, de ce séjour, fût, tout d’abord,  la présence de mon ami Mohamed Djazaïri, mon hôte attitré  dans la commune de Naciria qui a décidé de m’accompagner cete fois-ci et à qui j’ai proposé d’exposer à Aït Smaïl son expérience du volontariat dans sa petite ville kabyle de la wilaya de Boumerdes. Sa présentation fit beaucoup d'émules et suscita beaucoup de questions. Puis, Karim Abdoune, nous fit l’honneur de nous accompagner durant notre première journée passée à Tichy ; malgré sa grande fatigue justifiée par son implication dans l’organisation de ces deux journées mondiales dans son village. Nous avons fait la connaissance de Madjid Serrah, un militant engagé pour le respect des droits de l'Homme et de son amizaghité qui nous a filmé pendant la dernièree journée passé à Aït Smaïl. Une force tranquille, aussi timide que résolu dans ces actions...

La grande et belle famille de Nouara grandit chaque jour,  j’en suis ravi. Elle s’enrichie comme un jardin  public parsemé de fleurs du Bien. C’est un pôle de bonnes volontés, un arbre social, un jardin virtuel qui étend  aussi ses racines sur le terrain,  à travers  plus d’une dizaine de wilayas. Ce sont des amoureux de la nature algérienne, des enfants de la planète Terre, plus que des écologistes à part entière. Membres d’associations, journalistes, chercheurs, entrepreneurs, fonctionnaires, parfois même politiques, plus que politiciens,  ils sont  avant tout des citoyens d’Algérie,  Algériens d’ailleurs  unis par un radical viscéral, plus que commun ; un amour fou animé par une conscience  lucide des défis à relever, éclairé par la volonté de poser les bases d’une société algérienne rayonnante bien au-delà de ses frontières. Pour sauver la nature de notre pays, il est impossible de rester divisés, car tous les écosystèmes qui évoluent à travers notre immense territoire sont interconnectés. La protection et la préservation de l’environnement doit être une expérience humaine  à l’image de la symbiose qui  a fait de notre pays  une terre naturelle qu’il faut protéger   comme un bien commun  lui-même interdépendant avec le reste de la nature du  monde…

Mes voyages à travers toute la région du Tell, parfois de passage dans les hauts plateaux où aux portes du désert, ils se firent tous  grâce à cette formidable  fraternité qui existe entre ces acteurs  informels de la politique environnementale  de  l’Algérie de demain. C’est une sphère   qui demeure encore, dans l’ensemble,  certes encore un peu  immature, souvent mal organisée. Mais il y a déjà   quelques perles çà et là, de belles initiatives qui mériteraient d’être partagées  à travers le pays. Certaines associations  sont plus crédibles et efficaces,  moins  « folkloriques », plus actives que les autres.  Il y a même quelques ONG qui peuvent s’appuyer sur une expérience plus ancienne que la plupart d’entre elles. Beaucoup mériteraient de se « professionnaliser », pour peu qu’une volonté politique sincère le permette.

Je n’ai jamais été un grand adepte de ces journées officielles où l’on célèbre tout et n’importe quoi, parfois même au risque de faire seulement semblant. J’ai toujours considéré que, par exemple,  tant qu’il existera une journée annuelle  de la femme, cela voudra dire que la condition de la femme n’est pas encore à  la hauteur de tout ce qui fait d’elle l’égale complémentaire de la gente masculine.  Il n’existe d’ailleurs pas de journée de l’homme…

Mais j’ai de même  l’intime conviction que  là où des Algériens et des Algériennes se retrouvent afin de parler et d’agir pour le bien de notre environnement, est  un bon endroit où se rendre. Il y a tellement à prendre, à donner, d’idées à conforter, d’expériences à partager… Alors, comme à mon habitude, je me suis laissé porter par le courant chaud des gens de bon  cœur et, à vrai dire, je n’ai pas eu à le regretter…

 Lire aussi:

 "Un séjour à travers la grande « petite » Kabylie…" Par Karim Tedjani (Reportage) 2/4 

 

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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