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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

«Une évolution sociale naturelle plus qu’une révolution industrielle verte…»

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                   La base d'une économie saine, c'est un échange gagnant-gagnant avec son environnement; les gains ne sont pas toujours financiers...(Photo: Tedjani K.)

 

Le malheur des uns, le développement des autres…

Les crises écologiques sont mauvaises pour tout l’ensemble de la biosphère des nations qui les subissent ; êtres humains inclus. Elles sont généralement systémiques et ont des répercussions sur la sphère sociale et financière des économies nationales en question. De même que  certaines crises de marchés, ou de société,   ont tendance à   être somatisées par leurs environnements. A l’échelle des états et des populations locales, elles sont de véritables épreuves très handicapantes à bien des égards. Dégâts matériels, risques sanitaires, ralentissement des flux financiers, dépenses d’énergie fossile et humaine, traumatismes psychologiques, exodes, même, au bout d’une certaine mesure.

Cependant, comme « la nature fait toujours bien les choses », parait-il, ces dernières s’avèrent être très rentables pour tout un pan de l’économie mondiale qui, n’ayons pas peur de le souligner, est encore toute polarisée  vers une zone bien particulière de la planète. Le malheur des uns fait si bien le bonheur des entreprises seules dotées des  technologies adéquates pour les endiguer efficacement. Du moins c’est le son de glas officiel qui résonne du Nord au Sud comme une fatalité durable.

La mystification verte…

La « révolution verte » en papier recyclé, comme toute les autres révolutions depuis l’invention du moteur à vapeur, du verbe tourner en rond, ne peut-être qu’un leurre si elle ne se transmute, d’un moment à un autre, en une vraie  évolution. Pas seulement un printemps, mais tout le cycle, capable d’un mouvement durable et soutenable ; de se suffire à lui-même… Une utopie ? Peut-être.

C’est pourtant ainsi que semble aller tout un univers. Seules les formes de vies capables  de s’inscrire durablement dans une éthique bienfaitrice vis-à-vis de  leur environnement, durent au-delà des siècles, parfois même des millénaires. Consommer peu, produire beaucoup, se nourrir et nourrir son entourage, être beau et utile à la fois, comme le Soleil dont les rayons donnent même leur poésie à la lumière de nos rêveries lunaires.

Je vous  concède que cette approche peut paraitre un peu trop abstraite ; du moins  d’un premier abord, il me semble. Cela ne veut pas dire qu’il n’est pas possible d’exprimer ce postulat de manière moins imagée Je voulais juste parler, avant de ce faire, un autre langage, celui-ci  très inspiré par le chant des oiseaux de mon douar de cœur, Guerbes, un petit bijou  de la nature de l’est algérien. Faisons d’ailleurs un petit tour par là, dans la wilaya de Skikda, entre Djendel et Ben Azzouz, pas si loin de Annaba, ni de Guelma et  même de Constantine. C’est souvent  sur le terrain que s’illustrent  les meilleures idées…

La plus petite échelle…

Dans « mon » petit paradis naturel, comme il en existe encore, je l’espère, pour chacune et chacun d’entre nous, la nature est si particulière. Depuis que je l’ai rencontrée, un été 1982, elle me colle à la peau comme l’écorce de ces  lièges centenaires qui peinent cependant à persister dans l’enfer de la déforestation qui s’est installé depuis quelques décennies à travers toute  la région. La nature, si  on peut s’exprimer ainsi  justement à propos de la biosphère, n’a plus qu’une valeur matérielle pour les Algériens qui l’exploitent sans aucune planification   vraiment impliquée à  harmoniser leurs activités  avec le bien-être de tout un écosystème ;  où des hommes et des femmes évoluent de concert avec tous ces autres éléments et particules que sont notre environnement.

Dans cet ensemble, tout protagoniste qui ne maîtrise pas l’art d’évoluer, c’est-à-dire de tendre toujours vers  le meilleur et le plus utile pour son environnement, qu’il soit matériel ou immatériel, est condamné au déclin, puis à l'oubli. Sans cela il devient nuisible, seulement parasitaire,  un pacte « gagnant-gagnant », à la base a été floué ; autant moralement que physiquement.  Toute une harmonie naturelle est alors perturbée dans sa course lente vers je ne sais où, petit grain de poussière humaine que je suis...

 

Il était une fois un paradis perdu…

Par exemple, à Guerbes, les forêts, jadis si luxuriantes,  au creux du ventre  d'une terre gorgée d'eau,  en profondeur,  ont fermenté  un humus, une terre variée que toute l’amplitude de ses micros climats accentue généreusement aux grés de ses quatre visages saisonniers. Ici, il faut à la fois parler la langue des collines et des djebels aux belles  toisons  végétales, celle des maquis et des broussailles parfumées. Le sable drape également le décor de son petit désert  humide  qui s’est érigée à la lisière complexe de zones humides réputées à l’échelle planétaire pour leur biodiversité. Les lacs, les marais, les mares et les estuaires sont autant d’ambassadeurs de la Mer sur cette terre d’une grande fertilité, capable de porter en elle tout ce qui supporte, ou aura su se mettre à l’abri d’un élément de taille : le vent salin charrié par la baie de Guerbes. La mer est reine, de loin comme de près, c’est elle qui distribue ici les cartes. Et  d’ailleurs,  la plupart des arbres qui lui font face, chez nous, sont inclinés comme pour lui témoigner une profonde révérence. J’en suis particulièrement  fier, l’endroit qui m’a porté en lui, s’appelait  jadis el « Msajed », en référence à cette particularité.

Dans une certaine mesure, l’élevage des ovins, des caprins et des bovins, ont  été soutenables pour cette région naturelle d’exception, que seule  El Kala et son lac Tonga  peut prétendre égaler, dans la zone est du pays, avec bien entendu, l’Oued Zhor  de  Jijel. L’agriculture a été longtemps vivrière. Par contre, durant la colonisation, et bien après, les ressources naturelles locales  ont été pillées de manière intensive. Le sable des dunes, pourtant chargé de sel et d’humidité, a été vendu en masse pour la construction. Les agriculteurs, pratiquent  depuis presque trente ans une culture complétement impropre à l’équilibre de cette région et qui commence à générer plus de dégâts écologiques que de bénéfices économiques pour leurs auteurs. Ajoutez à cela des incendies souvent volontaires et les impacts d’un succès touristique non maîtrisé, et vous comprendrez pourquoi je n’ai pas eu besoin de faire tant de voyages à travers le pays pour  prendre en pleine figure toute l’ampleur du désastre qui se trame méticuleusement autour de notre environnement ; notre, parce qu’il est celui du peuple de mes ancêtres et donc de ma patrie mère.

 

Un défaut de nature…

Le dinar est le roi des lieux, voilà où réside le vrai  problème de nature à Guerbes et un peu partout  ailleurs en Algérie. L’euro est son suprême seigneur, me semble-t-il, souvent,  et, apparemment, même plus  que Dieu à Guerbes –on voudrait nous le   faire croire seulement-; puisque qu’un lieu aussi chargé d'un passé mystique local, qui a accueilli les prières de tant de voyageurs d’antan, n’est plus respecté par ses propres habitants. Bouteilles  et canettes d’alcool vides ; papiers, bouteilles, sachets,  objets en tous genres, un torrent continuel de déchets en plastique gâché, de surcroît. Bientôt, quelques générations futures  au plus, le sol sera imprégné de la poussière de toutes ses tonnes de détritus. Mais ce n’est que la face visible du monstre tapis dans chaque parcelle de cette campagne qui me fait tant rêver depuis mon enfance. Jusque-là, encore, la magnificence de ses paysages , ses vues incomparables et sa variété d'espèces,  unies par une poésie si particulière, jusque-là Guerbes  arrive encore à sauver les apparences; comme toutes les  vraies natures  sauvages inspirées…

Mais la pastèque a besoin d’espaces, pas de beauté ou de morale pour pousser. C’est ce que se disent les agriculteurs qui détruisent chaque année des dizaines d’hectares de forêts pour agrandir leurs « domaines » arraché dans la plus outrageuse illicité,  à coup de buldozer,   pillent un patrimoine forestier  collectif  censé être protégé par une institution nationale  ainsi qu'une administration locale.

Là où elle s’installe, surtout si elle vient de loin et qu’il lui faudra  donc beaucoup d’eau et d’intrants chimiques  pour subsister, elle  épouse  le désert et enfante une désolation sur le long terme. La pastèque aime  tant les sols sablonneux et légers ; tellement qu’aucun arbre digne de ce nom ne peut s’y enraciner vraiment. La pastèque, à Guerbes, c’est une fièvre. Elle a ses adeptes, ces missionnaires, et même ses agents espions ; que dis-je ?! C’est un véritable culte, une secte, peut-être, une horde de  petits barons assoiffés d’argent, la pastèque…

« Si je pouvais me sortir de ce cercle vicieux, wallah, j’arrêterais tout ce cirque dès demain ; mais je dois nourrir ma famille et les opportunités de le faire ne sont pas légions chez nous. » Je n’ai jamais jugé ces hommes, je veux dire les fellah locaux,  mais ceux qui profitent de leur précarité et de leur manque d’imagination. Ce n’est pas aux pauvres propriétaires de ces concessions que ce bizness profite véritablement , mais à une toute autre population, elle souvent citadine, en fait. Ce sont les investisseurs et  les intermédiaires, les journaliers, le Souk, et les marchands de graines…

Seul le crime écologique paie ? 

Sorti de cette sphère d'intérêts individuels, tout le monde est perdant. Les éleveurs, les apiculteurs, les chasseurs, les randonneurs, et tous les habitants de la quaria qui voient leur paradis se transformer en  progressivement en désert. La poussière et le sable s’invitent partout ; la pluie déserte même le printemps ; les sols s’appauvrissent et le climat s’est sensiblement réchauffé ; la biodiversité  sauvage est en voie d’extinction ; tout cela parce que les arbres se font de plus en plus rares, que les grandes dunes ont déjà disparues, que le sable et le vent marin ne rencontrent plus autant d’obstacles à leurs assauts féroces, pour la  plus grande ruine et la désertification de la région.

Que font les autorités ? Quelle autorité ? Depuis quand a-t-on déjà vu un forestier patrouiller dans la région ? Il suffit de constater l’état de ruine et d’abandon de la maison forestière locale, pour comprendre que cette nature est totalement livrée à la cupidité de certains. Pire encore, certains petits fonctionnaires sans vergognes ou bien encore allégeant à leur tribu familiale, se font les complices actifs et parfois, pour le moins pire, passif de cette dégradation !

Les pollueurs ne paient pas, ni de leur bourse, ni devant la justice algérienne pourtant si  pertinente  dans sa législation environnementale. Les tueurs d’arbres, et donc de tout un écosystème corollaire, ne paieront leurs méfaits que devant une justice suprahumaine, à Guerbes, comme un peu partout en Algérie, ils seront à l’abri de toute véritable sanction. Tout l’argent qu’ils pompent à cette nature, ne sert pas la communauté et, en plus, compromet la pérennité de la biosphère locale, c’est-à-dire  de l’ensemble de la vie de toute une région habitée par des gens très pauvres et  pour la plupart mal éduqués,  au sens  strictement civique du terme.

Retrouver l’Algérie dans toute sa splendeur…

 Guerbes, un exemple parmi tant d’autres…Une pathologie d’ampleur nationale…Un mode pervers de penser le développement… Une colonisation endémique inspirée par un mondialisme globalisant tout ce qui le touche de près ou de loin…On exagère à peine quand on fait un tel constat… On ne critique pas  le progrès, mais on réclame avant tout une évolution, une mentalité plus saine et patriotique, tout simplement!

Du producteur au consommateur, du maître à l’élève, du maire à son village,  et ainsi de suite, toute personne qui prend doit rendre une part en retour à son environnement, humains inclus. La magie de la bienveillance, et je crois que c’est une valeur inscrite dans les fondements même mystiques de cette jeune et belle nation que demeure encore l’Algérie, le miracle, à mon sens, c’est que l’on en reçoit toujours en retour ; comme la haine où la méchanceté que l'on sème…d’ailleurs…

Nous devons penser une Algérie propre et saine, dans tous les sens du terme.  Une formule aussi simple  qui implique, certes,  un vaste défi à relever pour un environnement aussi corrompu que celui des Algériens d'aujourd'hui ;  pour vous comme pour moi, d’autant que j’ai sûrement dû être conditionné en Europe par une façon de vivre nettement plus toxique- sur le temps et dans l’intensité- que la plupart de celui de mes lectrices et lecteurs nés en Algérie.

Se retrouver soi-même...

Cela commence par nous-même, c’est évident, par  notre plus intime entourage, comment contredire cette évidence?  Mais cela ne suffira pas, peut-être. Il s’agit d’étendre cette chaine de bienveillance à l’échelle de tout un pays, de tout le Maghreb ; de devenir réellement un leader africain, souverain de son destin  à 100 pour cent ; un vrai partenaire pour tous les peuples d’Afrique, parce que ce continent  est notre environnement continental  ainsi que celui de toutes nos sœurs et frères africains. De  notre  travail local, de nos échanges internationaux, de nos collaborations régionales en matière d’environnement, dépendent largement l’équilibre de chacune de nos jeunes  nations "fraîchement" indépendantes, mais toujours dépendantes de leurs partenaires étrangers. 

Chaque peuple porte en lui  une  nature millénaire , plus qu’il ne subit généralement une identité contemporaine. C’est cette  ou ces identités fragmentées qu’il faut réconcilier avec la nature originelle  et originale   d’un pays et d’un peuple ; recréer un environnement d’émulation, moderniser les hommes et non plus seulement les infrastructures; faire de l’économie humaine et non seulement de marchés et de cours  boursier. Pas pour être chauvin, ni nationaliste, mais pour donner au reste de monde  le meilleur de soi et de son pays, notamment en matière d'écologie.

Existe-t-il meilleure façon de coopérer avec nos partenaires occidentaux? D'égaux à égaux, notamment  dans la maîtrise et la capacité de respecter l'intégrité de leur environnements nationaux respectifs qui sont interdépendants, planète oblige. Responsables, visionnaires, bienveillants  envers notre terre et la Terre, en bon citoyen d'Algérie, d'abord et du Monde, après, c'est évident. 

Evoluer, vivre et laisser vivre en paix…

Sans autre révolte que contre  d’abord  soi-même ; car le mal vient de nous, de notre passivité, de nos résignations, de nos rêves étouffés. La mécanique bien huilée qui pollue ce pays et tant d'autres états  d'Afrique, se nourrit de cette énergie négative  qu’elle  semble considèrer bien plus précieuse que le pétrole, je n’en doute plus à présent. Comment lui reprocher d’exploiter un filon si régulier et productif dans son improductivité ? Comment ne pas se régaler de cette bergerie sans autre bergers locaux que les loups, les chacals, les chiens et les hyènes, dans ce qu’ils ont de moins nobles, il faut le préciser à la décharge de tous ces animaux qui eux, au moins, respectent naturellement leur part de marché  écologique avec leur environnement. Mais tout n'est aussi noir que ce tableau réthorique, il reste encore beaucoup de lions et de lionnes pour veiller pour que l'Algérie ne sombre pas en une jungle chaotique. 

Personnellement, j’ai choisi la voie du lombric, de l’arbre et de l’oiseau. Je pars du plus petit pour aller vers le plus haut. J’en suis encore loin ;  on ne change pas un homme en cinq ans. Je découvre tous les jours de nouveaux aspects du problème. J’imagine souvent des solutions. Mais je préfère encore faire mûrir ma réflexion et poursuivre mes observations sur le terrain pour proposer à mon pays d’origine une des solutions possible pour préserver non seulement Guerbes, mais aussi,  Inchallah, tant d’autres trésors de la nature en Algérie…

Je ne suis pas un écologiste; je ne crois pas à l'écologisme, encore moins quand il est mondialiste; j'ai juste envie de voir la parcelle de cette planète qui m'est la plus intime, rayonner de sa vraie et pure lumière, en harmonie avec  tout le reste du monde...

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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