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Nouara Algérie.com

Ecologie, environnement, nature, économie verte et développement durable en Algérie

Voyage au Sahara – Voyage 1976 (2) Temoignage d'un couple de français.

 


GEMINI & DANIEL COLOGNE

Récits

« SAHARA 1976 (1) – Le retour de In Salah à Tamanrasset

Sahara – Voyage 1976 (2)

par Gemini

 

 

Les rencontres se suivent et ne se ressemblent pas.

Un couple de Français présente tous les symptômes d’une grande détresse. Depuis deux jours, les essais pour faire redémarrer leur combi restent infructueux. Oh rage, oh désespoir, personne ne s‘est arrêté pour leur porter assistance, malgré le passage de plusieurs véhicules… Soulagement, il existe des âmes compatissantes acceptant de les aider. Revoilà leur moral à l’endroit et le sourire renaît. Après plus ample connaissance, on passe aux choses sérieuses, les hommes plongent dans la mécanique, les femmes pensent à la popote… Tout le monde est affamé, la réserve alimentaire de nos nouveaux compagnons a subi une cure d’amaigrissement… Qu’importe, on s’organise à la fortune du pot.

Le jour suivant, tout à coup, à l’ombre d’un arbre carbonisé, la visite inopinée d’un nomade flanqué de quatre ‘’chameaux’’. Il désigne son outre vide (en fait, une demi chambre à air fermée aux extrémités par des bouts de ficelle…). Nous comprenons qu’il sollicite de l’eau, essentielle dans cette région. Avec plaisir nous le réapprovisionnons. Nous constatons qu’il a les yeux irrités et gonflés. On le soulage avec du collyre et lui laisse le flacon en cadeau. Il repart, nonchalant, comme il est venu vers son destin. Inch Allah…

Après moult tests sans résultats, enfin, eurêka, le moteur fonctionne !

Nous faisons une partie de trajet ensemble et rejoignons les motards rencontrés précédemment. Sympathiques et agréables retrouvailles débordantes de joie. Les deux lascars nous indique un mausolée à environ une quarantaine de kilomètres. Cette proposition trouve rapidement un consensus et la petite troupe effectue le pèlerinage de concert.

Le parcours n’est pas des plus commode, prudence de rigueur. Certes il existe des balises mais difficile à repérer. Il faut garder une certaine distance entre les véhicules car ils soulèvent un nuage de poussière donnant l’impression aux suivants de rouler dans le brouillard…

Nous trouvons le mausolée de Moulay Hassan, un bâtiment blanc cubique surmonté de tourelles où flotte un drapeau. Un endroit sans grand charme. Plusieurs gardiens surveillent l‘endroit. L’un d’eux nous informe de la coutume de tourner trois fois autour de la bâtisse ‘’pour conjurer le mauvais sort ’’. Bien volontiers nous nous conformons à cette coutume.

Les projets de nos compagnons différent des nôtres et le groupe se sépare.

Le légendaire Hoggar s’annonce, dans le lointain on aperçoit les formes étranges de ses montagnes.

Pour les atteindrent il faut emprunter la voie principale en direction d’In Ecker, jalonnée d’amas de grosses pierres très éloignées les unes des autres.

Il convient d’être vigilant car des pistes parallèles tentantes partent en tout sens, leur seul avantage : absence de tôle ondulée mais par contre les ensablements constituent des pièges savamment dissimulés. On se rend vite compte qu’il est préférable de reprendre la piste traditionnelle. Elle longe une clôture de barbelés (!) pendant des dizaines de kilomètres, au travers de laquelle on aperçoit jonchant le sol des tôles tordues à la fois rouillées et noircies, un amoncellement de pièces informes, des sortes de poutres et autres barres éparpillées.

A cette période nous ignorions longer une zone sinistrée, ancienne base atomique avancée de l’armée française.

A partir du 13 février 1960, les Français effectuèrent des essais nucléaires. D’abord quatre expériences aériennes à Reggane, dans le désert du Tanezrouft, sous le nom code de ‘’Gerboises’’. Ensuite treize expériences souterraines à In Ecker, dans le Hoggar.

Sous la montagne Taourirt Tan Afella , massif volcanique granitique, il fut creusé une galerie de tir. A partir du deuxième essai (nom code Béryl) les choses tournèrent mal. Rien ne se déroula comme prévu, un nuage radioactif de gaz, de particules, de scories s’échappèrent hors de ce massif . Cet accident (!) du 1 mai 1962 laissa d’importantes cicatrices. Depuis lors ce mont a pris une couleur rougeâtre, il est devenu poreux, craquelé, fissuré ! C’est une vision d’horreur ! Ce lambeau de terre balafré est devenu à la fois malsain, stérile, lugubre procurant un sentiment de malaise indécelable.

Malgré cette température de fournaise, on a froid dans le dos, de la chair de poule et une sensation d’oppression !!!

Les années écoulées, n’ont pas effacés les stigmates de ces expériences.

Un peu plus loin, In Amguel fut la ‘’base de vie ’’ des militaires lors des essais. Cette région souffrit aussi de dommages collatéraux .

Encore sous le choc de la vision cauchemardesque d’ In Ecker nous ne faisons qu’un passage éclair. Du reste cette localité ne présente pas un intérêt particulier.

A quelques encablures passe la ligne symbolique du Tropique du Cancer.

Enfin, voilà le cœur du Hoggar, constitué de massifs montagneux et volcaniques aux reliefs d’une variété infinie, pleins de contrastes. Des chaînes élevées enserrent des vallées étroites, un monde à part, un désert de dunes et de pierres. A certains endroits on croirait voir un château fort médiéval avec ses tours, ses sentinelles. Le mont Tahat ressemble à un donjon culminant à plus de 3.000 mètres !

Par ailleurs des pleines sablonneuses et ondulantes s’étendent a perte de regard, l’horizon s’adoucit en apparence. Véritable labyrinthe de rochers, univers minéral grandiose où des pics volcaniques s’élèvent jusqu’au ciel. Ces géants impressionnants, fils de Vulcain, jaillirent des entrailles de la terre en crachant le feu. Le jour ils protègent des ardeurs du soleil, la nuit ils observent et s’amusent des caprices de dame Lune, timide lorsqu’elle se cache derrière la Terre, quand elle se fait rousse ou noire, quand elle est gibbeuse, nouvelle ou pleine. Ils tutoient les étoiles, servent de refuge aux Djinns.

Cet environnement d’une âpre beauté, d’un calme et d’un silence de qualité exceptionnelle, invite à la méditation. Un éblouissement permanent.

Nous faisons une pose pour nous repaître de ce splendide spectacle, quand s’arrête un véhicule tout terrain. Le conducteur nous demande si nous venons de chez ’’Jojo… ’’ . Devant notre air interloqué, il enchaîne ’’vous ne connaissez pas ?’’ Non ! C’est super, il y a une source, suivez-nous. Nous empruntons pendant quelques kilomètres une piste empruntant des méandres entre rocailles et parties sableuses. A un certain moment ,sans crier gare, notre guide fonce vers la gauche, et là, surprise, devant nous quelques véhicules rangés le long d’un large chemin goudronné. Cette voie mène à une petite battisse, au portail garni d’une épaisse tenture. En y pénétrant nous ressentons immédiatement une agréable fraîcheur, il y règne une douce pénombre et l’on distingue plusieurs silhouettes sur des sofas garnis de coussins. Un salut à la ronde, puis nous entendons , ’’ attention où vous marchez, vous pourriez tomber dans l’eau !?’’ En effet, au beau milieu de la pièce, à ras du sol, une vaste ouverture remplie d’eau. C’est la fameuse source ‘’Chapuis‘’, plus connue sous le nom de ‘’Tahabort’’ ! On apprécie ce précieux breuvage, légèrement pétillant avec un arrière goût salé. Vu le contexte, on a l’impression d’avaler un véritable nectar !

Un délicieux fumet nous chatouille les narines. Le suivant, on aboutit dans une autre salle, là on rencontre ’’Jojo’’, petit Algérien replet, tout sourire, au regard espiègle, très absorbé par la préparation d’un repas. Après les salutation d’usage, il nous lance, installez-vous à côté, cela va être prêt. Après une savoureuse collation une petite sieste s’impose… Nous sommes tirés de notre somnolence par un tonitruant ’’ Ach, ils sont de nouveau là ces Allemands !’’ ( avec accent garanti ! ) (ça c’est de l’humour…) ce qui provoque l’hilarité générale et une ambiance au beau fixe. Ce sont les trois gaillards rencontrés et dépannés précédemment, un vrai plaisir de les revoir.

Intrigué par des sons mêlés de rires, d’éclats de voix venant de l’extérieur, la curiosité nous poussent à sortir. Un spectacle inattendu s’offre au regard, quelques-uns participent à une partie de pétanque, d’autres se torturent les neurones devant un échiquier…

Mon attention est attirée par quelques dames revenant avec des fleurs de l’arrière du bâtiment. Où les avez-vous trouvées ? Dans le jardin ! Ah ! L’une d’elle m’invite à les découvrir. Quelle surprise ! Un coin de paradis, comment imaginer une telle abondance de végétaux en plein Sahara, on se croirait transporté dans un conte de fée. Ravie de cette aubaine et, avec l’accord de Jojo, je confectionne à mon tour un petit bouquet.

Impossible de décrire le Hoggar sans évoquer ses formes douces et arrondies côtoyant des arêtes et angles vifs. Un relief érodé à l’aspect sauvage, sa forêt de pics et d’aiguilles rocheuses semblant vouloir griffer le ciel. Comment ne pas évoquer la palette de ses teintes, de ses nuances, de sa clarté diurne, de la beauté sublime de son crépuscule lorsque le soleil s’empourpre et se glisse doucement entre les sommets de l’Atakor, tandis que deux rubans de satin s’efforce de ralentir sa course vers d’autres horizons. On ne peut que rester muet d’admiration devant cette vision enchanteresse. La contemplation de ce panorama procure un sentiment d’éternité et transcende l’âme

Avec déplaisir il faut saluer notre hôte ainsi que les autres voyageurs car la grande horloge annonce l’heure du départ vers Tamanrasset, située à environ 1400 mètre d’altitude et bénéficiant d’une température moins élevée que les régions voisines.

Au bord de rues rectilignes des maisons rouges sombre ou en crépi d’ocre, quelques-unes en argile, certains bâtiments administratifs possèdent deux étages, les habitations privées seulement un.

La cité prend de plus en plus d’essor, sans avoir complètement perdu son caractère saharien. Néanmoins son parfum d’exotisme s’évapore dans le sillage de très nombreux voyageurs de tout bord.. A son aspect hors du temps, sa nonchalance et sa douceur de vivre succède petit à petit le tumulte propre aux villes du nord. Cependant le marché garde son originalité où se côtoie une grande variété d’ethnies.

Depuis des temps immémoriaux elle fut le fief ancestral des

Touaregs et des Berbères surnommés ’’Hommes bleus’’. Tam donne l’impression de ne plus s’appartenir et de s’asphyxier suite à l’affluence de touristes. Un aéroport est installé, une route asphaltée sera prochainement opérationnelle. Sous peu elle perdra son âme, ne sera plus que l’ombre d’elle-même, une zone urbaine artificielle s’adaptant à la modernité… !

Ici, malgré une fin moins idyllique que souhaitée, s’achève mon odyssée saharienne.

Je ne regrette rien car j‘ai pu partager les derniers moments d‘une époque révolue à jamais !

Proverbes Touareg

‘’En quelque pays que tu entres conformes-toi à ses mœurs’’.

‘’La parole ne suffit pas à faire d’un homme ce qu’il n’est pas’’.

Cet article a été écrit par Gemini-Cologne et publié sur février 21, 2010 à 4:23 et archivé sous Uncategorized. Enregistrez le permalien. Ne manquez aucun commentaire avec le Flus RSS de cet article. Laisser un commentaire ou laisser un TrackBack: Trackback l'URL.

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À propos

Karim Tedjani

Karim Tedjani est un blogeur indépendant très concerné par les questions de l'environnement ainsi que de l'écologie en Algérie... Depuis 2009 , il sillonne autant le web que son vaste pays d'origine; afin de témoigner, d'apprendre, mais aussi de militer...
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